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chronique

Atlanta 1996 : la grande victoire du relais canadien et la petite réaction américaine

Ils tiennent le drapeau canadien et sourient.

Robert Esmie, Bruny Surin, Donovan Bailey et Glenroy Gilbert après leur victoire au relais aux JO d'Atlanta.

Photo : AP / Denis Paquin

BILLET - L’émission Souvenirs olympiques vous proposera samedi de revivre l’épopée de Donovan Bailey et celle du relais canadien, vainqueurs aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996.

J’étais à Atlanta avec Radio-Canada. La victoire du relais canadien au 4 x 100 m m’a particulièrement marqué.

L’ombre de Johnson

Le 27 juillet, il y a d’abord eu le triomphe de Bailey au 100 m. Dans un sursaut de fierté nationale, huit ans après Séoul et la disqualification de Ben Johnson, un coureur canadien remportait de nouveau l’épreuve reine.

Pour faire bonne mesure, Bailey avait ajouté à sa victoire un record mondial qu’on aurait dit conçu par une entreprise de relations publiques.

Il célèbre sa victoire au 100 m des Jeux olympiques de Séoul, en 1988.

Le doigt levé de Ben Johnson au fil d'arrivée à Séoul avait marqué l'imaginaire collectif.

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

9,84 secondes, ça faisait sérieux, solide, crédible, mais sans verser dans la science-fiction, croyait-on, comme les 9,79 de Johnson, en 1988.

De la retenue

La délégation canadienne à Atlanta, les médias y compris, a célébré cette victoire avec modération. Encore une fois, on se souvenait qu’à Séoul, on avait déchanté rapidement. Ça n’avait pas été facile de remettre le champagne dans les bouteilles.

À Atlanta, les jours ont passé. Pas de disqualification cette fois.

Et une semaine plus tard, la nouvelle victoire, au relais, a libéré les tensions.

Chez l’ennemi

Rappelons-nous le contexte. Les quatre membres de l’équipe canadienne, Robert Esmie, Glenroy Gilbert, Bruny Surin et Donovan Bailey, n’étaient pas les meilleurs amis du monde. Bailey a lui-même avoué, quelques années plus tard, qu’il avait des attitudes de tyran.

Robert Esmie n’était qu’un remplaçant pour Carlton Chambers, titulaire, mais blessé et décevant en qualifications.

Ils s'enlacent.

Donovan Bailey, Bruny Surin, Robert Esmie et Glenroy Gilbert célèbrent leur victoire à Atlanta le 3 août 1996.

Photo : La Presse canadienne / Denis Paquin

En plus, les Américains allaient courir chez eux, devant leur public. Ils n’avaient jamais été battus depuis 1896. En un siècle, seuls les témoins perdus et les disqualifications les avaient privés de l’or olympique.

Et ils avaient faim!

Aucun d’entre eux n’était monté sur le podium en finale du 100 m.

Boum!

Avant celui du pistolet de départ, il y a eu celui de l’autoroute.

Le jour de l’épreuve, alors qu’il roulait vers le stade, le quatuor canadien a vécu un accident de la route. Pas de blessé, heureusement. Mais on a dû attendre les policiers qui, une fois le rapport rempli, ont servi d’escorte jusqu’au stade. Ça aurait été trop bête d’arriver en retard.

Reboum!

Et dans un stade plein, à l’heure convenue, c'était le départ.

Je laisse à Souvenirs olympiques le soin de vous faire revivre la course.

Bruny Surin se trouve derrière Donovan Bailey qui amorce la dernière portion de la course.

Bruny Surin lève les bras en l'air après avoir passé le témoin à Donovan Bailey en finale du 4 x 100 m en 1996 à Atlanta.

Photo : Reuters / Oleg Popov

Permettez tout de même que je me souvienne du relais de Bruny Surin, le troisième. Je me rappelle avec émotion cette courbe parfaite qu’il a franchie comme le vent pour offrir à Bailey, avec le témoin, une avance insurmontable.

Et au fil d’arrivée, l’immense joie des coureurs canadiens, la nôtre aussi, dans un stade américain presque silencieux.

Ça n’a pas duré

Le silence n’a pas duré. Je garde un souvenir amer des commentaires éditoriaux de quelques chroniqueurs américains qui, aussitôt la course terminée, ont remis en question la légitimité du relais canadien composé de quatre coureurs nés hors du pays.

Robert Esmie et Donovan Bailey sont nés en Jamaïque, Glenroy Gilbert à Trinidad et Bruny Surin à Cap-Haïtien.

D’accord. Mais on ne les a quand même pas embauchés avant les Jeux comme joueurs autonomes! Tous sont arrivés au Canada encore enfants et y ont grandi.

Et que je sache, les relayeurs américains John Drummond, Tim Harden, Michael Marsh et Dennis Mitchell ne sont pas arrivés aux États-Unis à bord du Mayflower. En ces temps troublés par les manifestations et les émeutes au sud de la frontière, est-il nécessaire de rappeler leur origine?

Pure mesquinerie de la part des chroniqueurs américains de l’époque! Les grandes victoires font parfois les petits perdants.

Et cela a été une grande victoire. Peut-être la plus belle de l’histoire de l’athlétisme canadien.

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