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La pandémie a cassé l'élan de Jessica Klimkait

Jessica Klimkait en maillot blanc, de profil, regarde au loin, la main gauche sur la hanche.

Jessica Klimkait

Photo : Jessica Klimkait

L'Ontarienne Jessica Klimkait venait de remporter le grand chelem de Düsseldorf quand la pandémie l'a forcée à se cloîtrer chez elle, à Montréal, sans possibilité d'aller voir ses parents.

Quand Radio-Canada Sports l'a jointe, elle était pour quelques jours dans sa famille à Whitby, près de Toronto, afin de rassurer ses parents après deux mois de confinement.

Jessica Klimkait en robe bleue tient dans ses bras son chien dans un jardin.

Jessica Klimkait

Photo : Jessica Klimkait

Jessica Klimkait aurait aimé les étreindre, mais ils se sont contentés de se toucher du coude. Elle comprend que la prudence doit dicter chacun de ses gestes.

Maintenant que les rassemblements extérieurs sont permis, ce sera plus difficile pour moi d'aller à Whitby, car une fois qu’on aura commencé ces séances en extérieur, je serai plus en contact avec d’autres, et donc plus à risque, précise l'athlète de 23 ans.

Je suis rentrée à Montréal lundi et, en attendant les entraînements extérieurs, je vais continuer à la maison à faire mes exercices selon le programme que je me suis bâti.

En plein élan

La fermeture de l'Institut national du sport du Québec (INSQ), où elle s'entraîne, et le confinement obligatoire sont tombés à un bien mauvais moment pour Jessica Klimkait.

La judoka avait remporté le 21 février le grand chelem de Düsseldorf, et s'était installée au 2e rang du classement mondial, juste derrière sa compatriote Christa Deguchi.

Düsseldorf était ma dernière compétition et on entendait des rumeurs sur le virus, que c’était sérieux, se souvient-elle. Mais je n’avais aucune idée que ça allait s’accélérer aussi vite et devenir aussi gros.

Quand j’ai gagné Düsseldorf, j’avais retrouvé mes repères, je m'étais donné une impulsion pour les mois de qualification olympique, affirme-t-elle.

Jessica Klimkait agenouillée sur le tatami pendant un combat au grand chelem de Düsseldorf

Jessica Klimkait au grand chelem de Düsseldorf

Photo : You Tube / IJF

Pour moi, à partir de ce moment-là, tout ce qui comptait pour moi, c’était ma confrontation avec Christa, révèle-t-elle. Comment m’y préparer au mieux? À quelle compétition participer? Comment me préparer mentalement pour ce face-à-face? Toutes ces questions tournaient dans ma tête après ma victoire à Düsseldorf.

Rappelons que le Canada n'a droit qu'à une représentante par catégorie de poids. Si Klimkait et Deguchi restent dans le top 8 mondial des moins de 57 kg, elles devront s'affronter dans une confrontation deux de trois, un mois avant les Jeux olympiques.

Le début du confinement a été dur pour moi. J’étais nerveuse, car je ne savais pas si les Jeux olympiques auraient lieu, si la confrontation aurait lieu. Moi, je ne pouvais plus m’entraîner, et je ne savais pas comment ça se passait au Japon, si Christa pouvait s’entraîner ou non.

Jessica Klimkait
Une judoka tente d'en projeter une autre au sol.

Jessica Klimkait (à gauche) et Christa Deguchi

Photo : Équipe Canada / Twitter

Jessica Klimkait a senti la pression tomber quand le Canada a annoncé son intention de n'envoyer aucun athlète à Tokyo cet été et, quelques jours plus tard, quand le Comité international olympique (CIO) a reporté d'un an la présentation des Jeux olympiques.

Ça m’a soulagé, car ça ne me mettait plus dans la position de devoir disputer une confrontation alors que je ne suis pas parfaitement préparée. Je ne voulais pas que ce soit organisé à la dernière minute, explique-t-elle.

Elle a pris deux semaines à trouver les exercices qui lui convenaient et les outils qui lui manquaient puisqu'elle n'avait qu'un petit élastique.

Les deux, trois premières semaines, j’ai eu de la difficulté. J’ai eu du mal à me faire un régime d’entraînement, un horaire, et avoir la discipline de m’y tenir, admet-elle. Les seuls moments où on peut s’arrêter, c’est pendant les vacances. Donc, on n’est pas habitué à ce genre de situation, où on doit continuer par nous-mêmes en dehors de nos séances officielles d’entraînement, de nos routines de travail.

Jessica Klimkat sourit à la caméra pendant une entrevue.

Jessica Klimkat en entrevue à Radio-Canada

Photo : Hangouts Meet

Si je ne me sens pas bien dans ma routine, ça me démotive. Mais après deux semaines, j’ai pu trouver ce qui me convenait. En plus, je devais gérer une blessure au genou. Donc, j’étais plus limitée.

Jessica Klimkait s'est en effet fait mal au genou juste avant la fermeture de l'INS Québec.

L'Ontarienne a rendez-vous pour un test d'imagerie par résonance magnétique (IRM) vendredi, à Montréal, question de savoir ce qu'elle peut et ne peut pas faire avant de retourner à l'entraînement. Elle y va à reculons, portera masque et gants et se croisera les doigts.

C’est peut-être ce qui a été le plus dur pendant le confinement, le report de mon IRM, estime-t-elle. Je n’avais pas de nouvelles de l’hôpital. J’ai reçu un appel vendredi dernier. Bien sûr, ça ne me rassure pas (d'aller à l'hôpital), mais ça va calmer mon inquiétude.

De toute façon, avec le report des Jeux olympiques, la judoka n'a pas besoin d'être à 100 %. Le tout est de travailler sérieusement, un peu chaque jour.

Le moment clé pour moi, c’est la confrontation avec Christa qui est donc remise d'un an, répète Klimkait. Donc, je ne me suis pas trop stressée avec l’entraînement. Mais je dois m’assurer que, lorsque l'on retournera sur le tatami, quand on retrouvera une certaine intensité, je veux que mon corps soit capable de suivre avec le cardio.

Les séances de travail en groupe que Judo Canada a mises sur pied lui permettent de vérifier si son travail quotidien est efficace, et ça lui permet de voir ses coéquipiers et de se sentir moins seule.

Des photos prises pendant une visioconférence

Jessica Klimkait pendant une séance de travail de groupe organisée par Judo Canada

Photo : Catherine Bauchemin-Pinard

Une étape à la fois

Dès que l'INSQ rouvrira ses portes, Jessica Klimkait retrouvera ses habitudes. Elle attend impatiemment de revoir le dojo.

La première chose, c’est de retourner au gym. Ça va nous aider à rebâtir une bonne base pour notre condition physique, avec les vélos et les équipements dont ils disposent, ça va nous éviter des blessures.

Une fois au dojo, il faudra retourner à la base, retravailler tous les petits détails pour retrouver nos sensations, notre rythme, la fluidité dans nos mouvements en action et en réaction. Ce sera bon pour augmenter l’intensité des entraînements dans le but de recommencer à combattre entre nous.

Et elle sait que ses doigts, fragiles, souffriront de devoir agripper à nouveau les judogis de ses partenaires.

J’ai peur pour mes doigts, ce sera sans doute le pire pour moi, affirme-t-elle. Les doigts, les avant-bras, le dos, vous savez, le judo demande tellement au corps. Il m’est arrivé dans ma carrière de devoir quitter les tatamis et les judogis pour quelques mois en raison de blessures. Et je sais que retourner sur le tatami, ça va être physiquement très éprouvant.

Elle met du ruban sur ses doigts.

Jessica Klimkait se prépare pour une séance d'entraînement.

Photo : Société Radio-Canada

Jessica Klimkait croit qu'en deux semaines, elle pourra retrouver ce qu'elle appelle sa zone de confort. Et elle sait déjà que le retour à la compétition ne sera pas aussi éprouvant.

Je suis dans une excellente position, car beaucoup de ces athlètes auront en tête de marquer le plus de points possible en vue de leur qualification. Je n’ai pas ce souci-là. Je n’ai pas à me préoccuper des points, précise-t-elle. Je dois juste m’assurer de revenir au niveau qui est le mien.

Jessica Klimkait aimerait passer à l'étape suivante, mais le plus dur est derrière.

Je me suis surprise moi-même de voir à quel point j’ai réussi à gérer cette situation, car c’est un coup très dur pour les plans et les aspirations que peuvent avoir les athlètes, fait-elle remarquer. Je n’ai pas perdu ma motivation, je la sens en moi, je suis contente du travail que je fais chaque jour, et j’attends impatiemment la prochaine compétition.

Ce sera peut-être cette année, peut-être l’an prochain, conclut-elle.

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