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Les 25 ans de la quasi-perfection de Pedro Martinez

Pedro Martinez lors d'un match à San Diego en 1996

Photo : The Associated Press / Mike Poche

Jean-François Chabot

Les parties parfaites sont un phénomène rare au baseball majeur. En fait, on n’en dénombre que 23 dans l’histoire. Il y a 25 ans, en ce 3 juin, Pedro Martinez a frôlé l’exploit avec les Expos de Montréal.

Déjà, en juillet 1991, un autre Martinez, Dennis celui-là, avait inscrit son nom dans le grand livre en lançant un match sans faille contre les Dodgers à Los Angeles.

Pedro Martinez, lui, appartient à un autre club sélect, qui ne compte que deux membres : lui et Harvey Haddix. Ils sont les deux seuls artilleurs à avoir laissé filer un match parfait au-delà des neuf manches réglementaires.

En 1995, Martinez figurait parmi les lanceurs les plus dominants des ligues majeures. Son gabarit presque squelettique n’était pas un obstacle à ses prouesses et la balle rapide avec laquelle il défiait les frappeurs adverses était son arme de prédilection.

Le 3 juin de cette même année, à San Diego, les Padres goûtaient à sa médecine.

À part le fait que l’attaque des Z’Amours ne lui avait pas procuré le point d’avance qui aurait fait toute la différence, tout a marché comme sur des roulettes pendant neuf manches pour le no 45 des Expos.

Durant les neuf premiers actes, Martinez a enregistré neuf retraits au bâton. Malheureusement, les Montréalais avaient été limités à seulement trois coups sûrs et n’avaient été que cinq à se rendre sur les buts contre le partant des Padres Joey Hamilton.

Pedro Martinez

Pedro Martinez, à Montréal, à l'occasion d'un match préparatoire entre les Blue Jays de Toronto et les Red Sox de Boston, en mars 2016.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les Expos allaient s’inscrire au tableau de pointage en début de 10e manche face au releveur Brian Williams. Jeff Treadway avait poussé Shane Andrews au marbre avec un simple après deux retraits.

À trois retraits de la légende, Martinez a finalement accordé un double à Bip Roberts, premier frappeur des Padres en fin de 10e. Retiré du monticule par le gérant Felipe Alou, le partant a vu Mel Rojas préserver la victoire de 1-0.

Il est donc le seul lanceur de l’histoire du baseball majeur à avoir été parfait pendant neuf manches pour finalement récolter la victoire en prolongation.

Témoins de l'époque

Jacques Doucet était bien sûr à la description de cette rencontre à la radio pour le compte de la station CKAC 73 AM.

Un quart de siècle plus tard, la voix du baseball au Québec parle d’une grande injustice à l’endroit de Pedro.

Je trouve ça tellement plate parce que, pour moi, un match de baseball, c’est neuf manches, c’est 27 retraits, et il les avait faits. Mais que voulez-vous… ils en ont décidé autrement. J’étais d’accord pour que des matchs parfaits ou sans point ni coup sûr de cinq ou six manches ne soient pas homologués. Mais tu lances neuf manches parfaites, tu devrais l’avoir, même si tu dois mettre un astérisque à côté, s’insurge encore celui qui sera intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien.

Maintenant âgé de 80 ans, Doucet a eu l'occasion de décrire deux matchs parfaits officiels au cours de sa carrière : celui de Dennis Martinez en 1991 et celui de l’as des Yankees de New York David Cone contre les Expos, le 18 juillet 1999.

Jacques Doucet

Jacques Doucet

Photo : Gracieuseté

Le vétéran descripteur garde le souvenir d’un jeune joueur qui n’était pas le plus volubile.

Je ne me souviens pas de lui avoir parlé après le match dans le vestiaire. C’est sûr qu’il devait avoir le feu quelque part parce qu’on ne lui avait pas laissé terminer la rencontre et qu’il venait de rater un match parfait.

Jacques Doucet, descripteur et commentateur de baseball

De son côté, même s’il était l’un des scribes attitrés à la couverture des Expos pour le Journal de Montréal, Serge Touchette n’était pas de ce voyage sur la côte ouest américaine.

C’est donc chez lui, dans sa cour, qu’il a en partie écouté le déroulement du match à la radio. Ce n’est que le lendemain matin qu’il a appris ce qui venait de se passer.

C’est toujours surprenant quand un gars lance un match de ce genre. Mais on s’attendait à ça de Pedro. On savait que ça s’en venait. On s’attendait toujours à un coup d’éclat de sa part. Ce n’était pas quelque chose d’improbable dans son cas, tellement il avait du talent. Il montrait les premiers signes de la grande carrière qu’il avait devant lui, souligne celui qui se passionne toujours autant pour le baseball.

Comme tant d’autres experts de l’époque, Touchette ne pensait jamais que ce gringalet deviendrait aussi bon.

À son arrivée à Montréal, Pedro avait la forme d’une allumette. À l’époque, l'échange réalisé par le directeur général Dan Duquette n’avait pas été très populaire à Montréal. Il avait échangé Delino DeShields aux Dodgers pour mettre la main sur Martinez. Les amateurs de baseball chialaient et critiquaient l'échange.

Serge Touchette, chroniqueur de baseball

Il parle d’un jeune lanceur qui n’agissait qu’en longue relève à Los Angeles. Dans ce temps-là, quand tu n’étais ni partant ni de la courte relève, tu étais un nobody, enchaîne-t-il.

Devant le tollé médiatique, Dan Duquette avait pris la peine de téléphoner à Touchette pour attirer son attention sur une statistique à laquelle peu de spécialistes prêtaient attention tellement elle était nouvelle. On était à l'aube de l'utilisation des statistiques avancées.

Duquette m’avait alors pointé du côté de la moyenne des frappeurs adverses contre Pedro Martinez. Celle-ci était inférieure à ,200, ce qui lui valait une place parmi les cinq meilleurs lanceurs de la Ligue nationale à ce chapitre. Même s’il n’avait lancé qu’une centaine de manches, c’était quand même impressionnant, rappelle le journaliste.

Un peu plus de deux ans après son rendez-vous manqué avec l’histoire, et quelques semaines après avoir remporté le trophée Cy-Young, remis au meilleur lanceur de la Ligue nationale, Pedro était échangé aux Red Sox de Boston.

Il les a aidés à remporter la Série mondiale en 2004 pour mettre fin à une disette de 86 ans.

On comprend mieux maintenant l'envie d'Elvis Gratton de réécouter la cassette du match contre les Padres!

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