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Souvenirs olympiques : Alain Goldberg se rappelle l'affaire Salé-Pelletier

Les patineurs Jamie Salé et David Pelletier en action

Jamie Salé et David Pelletier aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002

Photo : Getty Images / Gary M. Prior

Olivier Paradis-Lemieux

À l'occasion du premier épisode de Souvenirs olympiques diffusé samedi soir à 18 h 30 sur ICI Télé, qui revient sur l'affaire Salé-Pelletier lors des Jeux de Salt Lake City, Radio-Canada Sports s'entretient avec Alain Goldberg, analyste en patinage artistique lors de l'événement, qui a vu le documentaire en avant-première.

Souvenirs olympiques est diffusé tous les samedis à compter du 30 mai à 18 h 30 à ICI Télé (en rediffusion dimanche à 21 h 30, à ICI RDI, et lundi à 12 h 30 à ICI Télé).

Synopsis du premier épisode : Le monde du patinage artistique ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui s’il n’y avait pas eu une controverse aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002. Après un programme libre sans faille, le couple canadien formé de Jamie Salé et de David Pelletier est victime d’une des plus célèbres injustices impliquant les fédérations française et russe. Retour sur des jeux de coulisses qui ont fait et défait des champions olympiques.

Q. Quelle a été votre première impression en voyant le documentaire?

R. D'abord, beaucoup d'émotions. Ça résume très bien ce que j'ai vu et ressenti à l'époque, et ce qu'il se passait. C'est vraiment un moment de vie et une étape dans une vie. Après, on a mesuré la grandeur de ce que ça représentait parce qu'au moment où on le vit, on ne sait pas toutes les conséquences que ça va avoir. Maintenant, on sait ce qu'il s'est passé par la suite. Mais c'était un moment hors du commun. Et quand j'ai rouspété, quand j'ai crié, je hurlais mon désarroi de beaucoup d'années de commentateurs, précédemment, où je n'ai pas pu dire qu'il y avait des malversations.


Q. Qu'est-ce que ce documentaire fait de bien ou de différent des autres reportages sur Jamie Salé et David Pelletier depuis 20 ans?

R. Ça pose parfaitement le décor autant sur le plan politique et olympique, que sur le plan sportif. Tout y est. Ça passe comme un petit déjeuner au soleil avec un immense plaisir et trop rapidement.


Q. Est-ce que vous réentendre vous a permis de vous remémorer les émotions que vous aviez à ce moment?

R. J'avais quasiment peur en réentendant ce que j'avais dit. Évidemment, je n'entendais pas ce que disaient les autres commentateurs, et je m'engageais personnellement dans une position où c'était comme le pouce en l'air, le pouce en bas à l'époque romaine. À la vie, à la mort. Quand on commente, on prend des risques.

Alain Goldberg, analyste de patinage artistique canadien

Alain Goldberg, analyste de patinage artistique canadien

Photo : Radio-Canada


Q. Est-ce que vous aviez une appréhension avant le programme libre de Jamie Salé et de David Pelletier, qu'on s'apprêtait peut-être à faire face à une controverse liée aux notes des juges?

R. C'était très plausible que ça puisse se produire avec les déclarations de [Didier] Gailhaguet précédemment, qui avait dit au journal L'Équipe que la compétition ne se gagnait pas que sur la glace. Dans son esprit, c'était pour faire de la politique autour pour obtenir ce qu'on veut. Et c'était vrai. Et c'est ce qu'il a fait.


Q. À quel point cette performance, pour l'époque, était exceptionnelle?

R. Elle était tout à fait exceptionnelle et elle le reste encore, quand on voit la finition, la qualité du patinage qui a été présenté. C'était vraiment hors du commun et phénoménal. Le faire aux Jeux olympiques, sans accroc, avec la pression que les patineurs reçoivent, c'est ça qui est difficile, avoir la capacité de faire aussi bien. Il faut se rappeler qu'à Vancouver, aux Championnats du monde, ils étaient premiers devant Elena Bereznaya et Anton Sikharulidze, et c'était une longue tradition du patinage russe qu'il fallait battre. Et c'était très difficile, avec les juges, on le savait, et il fallait patiner, plus sur les lames, mais quasiment sur la tête.


Q. Selon vous, quel écart existait-il entre le couple canadien et le couple russe? Quelles auraient dû être les notes de Salé-Pelletier?

R. La bonne note, c'était 5,9 en technique pour Salé-Pelletier et 6 en artistique. Il n'y avait aucune erreur. Tout était fait à la perfection. Sans aucune vibration, sans aucun moment où ça accroche, où ça freine, où quelque chose ne va pas. Tous les gestes arrivaient à propos. Quand ils voulaient se donner la main, ils étaient au bon endroit. Il y a tellement de sources d'erreurs en patinage.


Q. Est-ce que les Russes avaient subi suffisamment de points de déduction pour leurs erreurs?

R. La faute n'est pas gigantesque, mais elle doit se marquer par rapport au couple canadien. Il y aurait dû y avoir un écart. Ma sensation du moment était que les patineurs canadiens avaient mieux patiné que les Russes.


Q. Quand les notes arrivent, dans la boîte des commentateurs avec Richard Garneau, quelles étaient vos émotions?

R. On l'entend. Et en le réécoutant, j'avais l'impression de bouillonner à nouveau! Quand je me réentends, je ne regrette rien de ce que j'ai dit. Je me suis réécouté pour savoir si j'avais poussé la chose trop loin ou pas. Il faut être capable de s'autocritiquer, il ne faut pas être constamment content de soi-même. Quand on se réécoute, je me dis que je ne pouvais pas faire autrement que ce que j'ai fait. Au moment où ça s'est passé, ce sont ces mots qui sortaient. Il fallait avoir un jugement technique et une appréhension, puis accompagner le patinage. C'est ça qui est difficile. Mais c'est un plaisir et un privilège qu'on me donne de le faire sur des performances athlétiques au-delà du commun.


Q. Avez-vous été surpris du soutien, à l'époque, envers Jamie Salé et David Pelletier?

R. Quand on est en train de commenter, on n'entend pas les autres. Mais tout d'un coup, on voyait que la rumeur prenait de l'ampleur et ça confirmait la prise de position que j'avais prise. Et Richard Garneau et moi, la prise de position qu'on avait prise, c'était de dire qu'il y avait malversation. Et d'avoir Richard qui tentait de me temporiser, de me calmer, parce que parfois j'allais trop loin, et on voit tout le grand professionnel qu'il était, dans sa capacité à maîtriser le moment exceptionnel.


Q. Est-ce que le sport est mieux jugé aujourd'hui?

R. C'est un sport qui est mieux jugé, mais il y a encore des progrès à faire. Mais ç'a été une véritable révolution dans le monde du patinage. Le patinage a continué de progresser techniquement et artistiquement. Et le niveau qu'on atteint maintenant est encore plus exceptionnel. Le jugement est de plus en plus compliqué parce que les gens font des quadruples sauts.


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