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Sport-études au Québec : attentes et inquiétudes

Ils sont sur la glace.

Joueurs de hockey

Photo : Nathalie Lussier

Diane Sauvé

La LNH a beau avoir annoncé son plan de relance, elle ne sait toujours pas si elle pourra le mettre en branle. Imaginez alors les 600 programmes sport-études des écoles secondaires du Québec. On nage encore dans le brouillard.

Le cabinet du ministère de l’Éducation nous le confirme ainsi : Il est actuellement prématuré de statuer si les programmes sport-études pourront être offerts.

Non seulement ces programmes sont tributaires du déconfinement de leur sport et de leur fédération sportive, mais aussi de la disponibilité des plateaux et, surtout, de la nature de la rentrée scolaire en septembre prochain.

On a beaucoup d'incertitude, beaucoup de questionnement. Beaucoup de gens sont inquiets, y compris nous , lance Benoît Rajotte, le responsable du programme hockey à l’école secondaire De Mortagne, à Boucherville. Un établissement avec l'une des plus grosses offres sport-études au Québec.

C’est la semaine prochaine que Hockey Québec déposera son plan de relance auprès du ministère de l’Éducation. Mais pour les jeunes athlètes, les rendez-vous manqués s’accumulent.

C'est le cas de Nathan Baril, 15 ans, meilleur marqueur bantam AAA dans la Ligue d’excellence au Québec. Le joueur du programme De Mortagne a non seulement raté les championnats provinciaux (la Coupe Dodge), mais il espérait aussi être sélectionné au camp d’évaluation U-16 et se retrouver au sein d'une équipe midget AAA. Bref, de belles occasions et de la visibilité qu’il n’aura pas.

Il sourit et pose avec son chandail et son bâton de hockey.

Nathan Baril

Photo : Nathalie Lussier

Si le moral tient bon et qu’il s'entraîne à l’occasion avec son célèbre père, l’humoriste Jean-François Baril, la motivation en prend parfois un coup.

Maintenant après plus de deux mois à s'entraîner chaque jour, ça devient un peu plus dur de se motiver. On s'entraîne pour le match de "on sait pas quand”. Ma crainte, c’est que tous les efforts que j'ai mis soient gâchés par cette crise, puis que je ne puisse pas atteindre mes objectifs à cause de ça, explique Nathan.

Assez pour que l'adolescent considère maintenant d’autres options : aller jouer ailleurs. Il a reçu des offres de l’Ontario et des États-Unis.

Je vais aller jouer à la première place qui ouvre. Peu importe, c’est où, je vais essayer d'y aller. Le plan idéal, ça reste la décision que j'avais prise avant le confinement, c'est-à-dire de rester dans la structure, d'aller jouer pour les Gaulois. J’ai (maintenant ) des opportunités de partir du Québec. Si certains de ces endroits-là repartent avant le Québec, ça se peut que je me dirige vers là-bas.

Nathan Baril

Entraîneur cherche emploi

Pascal Jobin est entraîneur et mandataire du programme sport-études de basketball, aussi à l’école De Mortagne. Le basket étant un sport intérieur, il sait que son déconfinement pourrait tarder.

On est comme des spectateurs qui attendent d’avoir les permissions. Pour l'instant, il n'y a absolument rien.

Ils posent en groupe dans le gymnase

L'équipe de basket du sports-études à l'école De Mortagne

Photo : École secondaire De Mortagne

Pascal Jobin aimerait bien pouvoir tenir des entraînements à l’extérieur en groupes restreints pour permettre aux jeunes de développer leurs habiletés individuelles. Parce que, dit-il, les jeunes s'entraînent déjà.

Ça se fait. C'est déjà commencé. Pourquoi ne pas le contrôler? Pourquoi ne pas avoir un entraîneur qui peut au moins faire une petite supervision, s'assurer que tout soit bien fait.

Pascal Jobin vit à 100 % du basketball. En plus du programme sport-études, il est entraîneur-chef au Cégep Édouard-Montpetit, en plus d’avoir son camp d’été. Bref, il n’a aucun revenu depuis mars. Il a dû entamer des démarches pour trouver un autre emploi.

Mon C. V. se promène. Je l'ai changé à saveur plus professionnelle que basketball. J’ai dit à mon partenaire d'affaires : "Il faut que je me trouve une job." Je ne sais pas ce qui se passe en septembre.

Pascal Jobin, entraîneur de basketball à l'école De Mortagne

Entraîneurs jusqu’au bout

Justement, le statut des entraîneurs inquiète les responsables des programmes sport-études puisque, pour la plupart, ils ont été mis à pied. Seront-ils capables de les retenir si les décisions tardent? Plusieurs se tourneront peut-être vers d’autres avenues.

Michaël Bélanger, responsable du programme de baseball à l’école secondaire De Mortagne, sait que ses entraîneurs, officiellement sans emploi, gardent contact avec les jeunes. Et ce ne sont pas les seuls à le faire.

Le baseball pourrait bientôt faire partie des sports déconfinés et M. Bélanger veut sauter sur l’occasion pour offrir aux jeunes de son programme des camps d’été. La réponse des parents a été favorable à 95 %, dit-il.

Les jeunes ont véritablement besoin du contact un à un avec leurs entraîneurs.

Ce que je trouve le plus plate là-dedans, c’est quand on est chez nous. On a beau s'entraîner, des fois, on pourrait avoir des points à travailler davantage, note Hugo Ménard, 15 ans. On est laissé à nous-mêmes. Nos entraîneurs sont quand même vraiment trippants. Ils sont cool avec nous.

Ils posent pour la caméra avec leur uniforme de baseball, leur gant et une balle qu'ils lancent dans les airs.

Guillaume Bussières et Hugo Ménard du programme sports-études de l'école De Mortagne

Photo :  Louis-Philippe Godin (LP Photographie)

Son coéquipier Guillaume Bussières sait bien qu’il ne peut pas se développer autant que d’habitude sans le personnel et tout l’équipement voulu. Il sait aussi tout ce qu’il lui a passé sous le nez depuis le début de la crise .

Cette année, ç'aurait été une de mes plus belles années de baseball. J'avais les Jeux du Québec. J'avais une chance aux Championnats canadiens à la fin de l'année. Tout ça a été annulé. Il y a aussi la Classique Claude-Raymond au milieu de la saison. Puis, ç'aurait été ma première année au niveau midget AAA.

Mais pas question pour lui d’arrêter de travailler. Pas question que quelqu’un d’autre prenne sa place.

Programmes plus vulnérables?

Il reste que ces sports risquent d’être relancés avec de gros ajustements et même sans pouvoir disputer des matchs. Et cela risque de rendre les différents programmes sport-études moins attrayants.

Est-ce que maintenant les athlètes d'élite vont vouloir encore payer un montant X pour avoir un sport qui va être dénaturé entre guillemets, lance Michaël Bélanger.

Puis, il y a une réalité qui risque encore de faire plus mal, celle des parents qui ont perdu leur emploi et qui ne pourront pas offrir du sport-études à leur enfant.

Un sujet tabou entre jeunes, avoue Hugo Ménard, mais un sujet bien réel.

Des filles patinent sur la glace l'une derrière l'autre.

Le programme sport-études de courte piste à l'école De Mortagne

Photo : École secondaire De Mortagne

Kathleen Roy, responsable du programme de patinage de vitesse sur courte piste à l’école De Mortagne, ne compte que 10 athlètes. Elle n’a pas eu vent de désistement des parents de ses patineurs, en partie, dit-elle, parce que ses frais ne sont pas trop élevés.

Je sais que cette question va se poser dans plusieurs foyers où le sport-études est beaucoup plus dispendieux. On met les priorités. On mange avant d'envoyer son enfant faire une activité sportive de 25-30 heures par semaine. C'est sûr que, dans certains foyers, c'est cette question va se poser.

Kathleen Roy, responsable du programme de patinage de vitesse sur courte piste à l’école De Mortagne

Les désistements pourraient amener les responsables de programmes à augmenter leurs frais, sans compter les chèques qu’ils ont dû rembourser ce printemps pour service non rendu.

Tout cela peut fragiliser de petits programmes comme celui de Kathleen Roy. Mais elle voit les deux côtés de la médaille.

On est plus vulnérable au niveau de l'existence financière. D'avoir une augmentation du coût des glaces, d'avoir peu d'athlètes, ça nous met plus vulnérable à ce niveau-là. Si on n'a pas d'athlètes qui s'inscrivent et qu'on a beaucoup de finissants, c'est sûr que les coûts ne sont plus les mêmes. Mais est-ce que ça va être plus facile à gérer au niveau de la distance physique, des mesures sanitaires? Je pense que oui.

En fait, ce qui inquiète surtout les athlètes et les entraîneurs de Kathleen Roy, c’est le fossé qui pourrait se creuser entre ce qui se passerait ici et ailleurs sur les glaces de patinage de vitesse sur courte piste. Ils craignent de prendre du retard par rapport aux autres.

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