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Chronique

Salt Lake City 2002 : les Jeux de la tricherie

Il l'enlace et elle pleure.

Les patineurs canadiens Jamie Salé et David Pelletier, juste après l'annonce de leur pointage aux Jeux olympiques de Salt Lake City.

Photo : Reuters / Rick Wilking

BILLET - À compter du 30 mai, Radio-Canada présentera chaque semaine l’émission Souvenirs olympiques qui revisitera 14 grands moments de l’histoire olympique canadienne et internationale.

On m’a demandé d’accompagner cette diffusion d’une chronique hebdomadaire, chronique rappelant mes propres Jeux par la même occasion. J’en ai couvert 14 de près ou de loin depuis 1992.

Dans ce premier rendez-vous, diffusé samedi à 18 h 30 sur ICI Télé, nous reviendrons sur la conquête de l’or olympique en patinage artistique par le couple canadien Jamie Salé et David Pelletier.

Deux médailles d’or ont été accordées en 2002 à l’issue de la compétition en couple. Le duo russe composé d’Elena Berejnaïa et Anton Sikharulidze l’avait d’abord reçue, Salé et Pelletier avaient alors été relégués au deuxième rang.

Trafic d’influence

Il a fallu des pressions médiatiques et politiques soutenues pour qu’une enquête menée par le Comité international olympique (CIO) et l’Union internationale de patinage (ISU) conduise à ce double couronnement.

La juge française Marie-Reine Le Gougne avait avoué avoir subi l’influence du directeur de sa fédération nationale, Didier Gailhaguet, pour favoriser le couple russe en échange d’une faveur comparable de la part d’un juge russe au profit des patineurs français dans la compétition de danse.

L’histoire avait jeté sur le patinage artistique international un discrédit qui a été long à réparer. Je vous laisse le plaisir de revoir la quête de Salé et Pelletier dans l’émission de samedi.

Beckie Scott aussi

La tricherie a fait d’autres victimes canadiennes à Salt Lake City.

Parlons d’abord de Beckie Scott.

Quand elle a enlevé la troisième place et la médaille de bronze le 24 février en poursuite individuelle, personne n’a crié au scandale. On était même bien content dans le camp canadien.

C’était une première médaille historique pour un athlète canadien en ski de fond.

Sur le podium, Scott avait un sourire grand comme la troisième marche.

On ignorait encore qu’elle obtiendrait les trois médailles, tour à tour.

Elles sont sur le podium avec leur médaille au cou et elles lèvent les bras,

Larissa Lazutina, Olga Danilova et Beckie Scott

Photo : Associated Press / DARRON CUMMINGS

Des tricheuses

Deux skieuses russes (qui l'aurait cru?) l’avaient devancée. Olga Danilova, médaillée d’or, et Larissa Lazutina, médaillée d’argent, ont tour à tour été disqualifiées pour dopage. Scott s’est retrouvée médaillée d’argent, puis médaillée d’or en 2004.

J’ai connu Becky Scott il y a 20 ans, à l’occasion de reportages préolympiques tournés avec elle et l’équipe canadienne de ski de fond. La classe!

Elle a depuis représenté le Canada à l’Agence mondiale antidopage qu’elle a quittée avec fracas en 2018 quand l’organisme a recommandé la fin de la suspension de l’Agence antidopage russe, la RUSADA.

Désormais, elle peut écouter l’hymne canadien en boucle si ça lui chante. Mais ce qui me peine, c’est qu’elle ne l’a pas entendu à Salt Lake City. Il y avait deux tricheuses devant elle qui écoutaient leur « toune ».

Et Québec

Le duo Salé-Pelletier et Becky Scott ont ceci en commun que l’affront qu’on leur a fait à Salt Lake City a été réparé. Pas toujours adroitement, il faut le reconnaître, mais il y a eu réparation.

La dernière victime que je veux évoquer ici n’a jamais été dédommagée. Je parle de la ville de Québec qui avait aussi posé sa candidature pour accueillir les Jeux de 2002, mais à qui on a préféré Salt Lake City.

La candidature de Québec avait une faiblesse : la montagne destinée à la descente. Mais les membres du CIO avaient laissé entendre au comité organisateur que ce n’était pas insurmontable. Québec avait d’ailleurs franchi avec succès la première étape des mises en candidature et faisait partie des quatre finalistes.

Des cadeaux

À l’époque, pour éviter que les villes candidates n’achètent le vote des membres du CIO, on avait durci la réglementation relative aux cadeaux. Québec s’y était conformée.

On avait, par exemple, accueilli le grand-duc de Luxembourg à Québec, à l’endroit où il avait brièvement séjourné pendant son exil forcé de la Deuxième Guerre mondiale. On lui avait permis de renouer avec les gens qu’il avait croisés à l’époque et, pour tout cadeau, on lui avait remis une simple photo souvenir.

Des gens sont massés dehors pour accueillir la nouvelle.

Des feux d'artifice illuminent la ville de Salt Lake City lors de l'annonce du résultat du vote le 16 juin 1995.

Photo : Getty Images / Vince Bucci

Sept petits votes

Sans être exagérément optimiste, la délégation québécoise, avec Richard Pound pour la guider, croyait en ses chances. Mais le 16 juin 1995, quand les membres du CIO ont voté, Salt Lake City l’a emporté de façon écrasante avec 54 voix contre 14 pour la ville suédoise d’Östersund, 14 pour la ville suisse de Sion et seulement 7 pour Québec.

Le nombre était si petit que la délégation québécoise savait parfaitement qui avait voté pour elle et qui l’avait laissé tomber.

Ce n’est que trois ans plus tard, en 1998, qu’on a découvert que Salt Lake City avait acheté des votes en versant, par exemple, de généreuses bourses d’études à des proches des membres du CIO.

Les dirigeants du comité organisateur américain ont dû démissionner. Ils ont été poursuivis en justice, mais jamais ils n'ont été condamnés. Le CIO a entrepris une enquête qui a conduit à l’expulsion de 10 de ses membres et à des sanctions pour 10 autres.

Mais jamais on n’a indemnisé Québec ni réparé de quelque façon le camouflet dont elle a été victime.

Bientôt

Nous reviendrons dans quelques semaines sur les Jeux de Salt Lake City. Parce qu’il s’y est aussi produit de belles choses… et des choses étonnantes.

D’abord, la semaine prochaine : Atlanta 1996.

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