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Sans échéancier, rien n'est facile pour les préparateurs physiques

Il discute avec l'entraîneur Thierry Henry, la main devant son menton.

Jules Gueguen (à gauche) est le préparateur physique de l'Impact de Montréal.

Photo : Pablo A. Ortiz/Impact de Montréal

Olivier Tremblay

Les préparateurs physiques d’équipes professionnelles, même s’ils recommencent tout juste à côtoyer leurs protégés, ne chôment pas en confinement.

Jules Gueguen occupe ce poste à l’Impact de Montréal. Il a supervisé à distance les programmes d’entraînement personnalisés de la trentaine de joueurs qu’il doit garder dans une forme optimale. Cette lourde tâche a donné les résultats escomptés, estime-t-il après quelques journées passées au centre d’entraînement du Bleu-blanc-noir.

Le préparateur physique de 34 ans, passé l’an dernier à la première équipe de l’Impact après quatre ans à l’académie, s’est entretenu avec Radio-Canada Sports.

(L’entretien a été remanié aux fins de clarté et de synthèse.)


Q. Après quelques jours d’entraînements individuels, quel bilan peut-on tirer du travail des joueurs pendant le confinement?

R. Je peux comparer ça au retour de la saison morte en MLS, qui est très longue, comparativement à l’Europe. Là-bas, au maximum, les équipes ont quatre semaines de pause. Nous, cette année, c’est allé jusqu’à 12 semaines. Même s’il y a du travail individuel, il peut y avoir du laisser-aller. Quand tu reprends, tu peux avoir des surprises, bonnes ou mauvaises.

On a un gros système de suivi pour les entraînements : voici les programmes, voici les questionnaires à remplir après les entraînements, envoyez-moi vos temps de course. Quand on est partis après la COVID, on ne savait pas si ça durerait 5 jours, 10 jours, 2 semaines. Finalement, ç’a duré 10 semaines. Évidemment, on se demandait s’ils arriveraient comme après la saison morte.

On parlait au quotidien avec les joueurs, et ils nous semblaient très concentrés, surtout qu’on sortait d’un match aller de la Ligue des champions et d’un bon début de saison dans l’ensemble. Les gars étaient sur un high.

Quand ils sont arrivés, tout de suite, on a vu la différence comparativement après la pause en janvier. Les gars ont quand même bien suivi le programme. Tu le vois dans la prise de poids, dans l’intensité des exercices. En pleine saison, les gars n’ont pas eu le même état d’esprit que pendant la saison morte habituelle. Mais ça ne fait que deux jours, et on verra sur la durée.

Shamit Shome, de l'Impact, court en solitaire sur le terrain.

Les joueurs de l'Impact sont de retour à l'entraînement individuel au Centre Nutrilait depuis le 25 mai.

Photo : Courtoisie/Impact de Montréal

Q. À quels obstacles particuliers se sont heurtés les joueurs de l’Impact pendant cette période?

R. La première difficulté, c’était de ne pas savoir quand on allait reprendre. Quand tu as un objectif au bout de 10 jours, c’est facile de les motiver. Mais sans échéancier, c’était complexe, surtout qu’on sortait de la présaison.

Est-ce qu’on coupe l’entraînement pour repartir graduellement, quand on sait déjà que ça prend du temps pour arriver à une certaine qualité de vitesse, de répétitions, d’intensité, ou est-ce qu’on reste énergique dans le programme? On a choisi la deuxième option, mais c’était une problématique dans les 10 premiers jours, car on ne savait pas si on avait le droit d’aller dehors.

Quand on a appris qu’on pouvait courir dehors en faisant attention, on s’est réapproprié les intensités, les courses à grand volume dehors, etc. C’est le suivi qui était complexe.

Il y a d’abord le côté subjectif du suivi, où le joueur évalue l’intensité de son entraînement. Mais il y a aussi les données des GPS que les gars portent habituellement au Centre Nutrilait. Ça me permet de faire l’analyse. Il y a des applications mobiles qui font un peu le travail, surtout pour la distance totale, mais c’est rare que ça comprenne l’accéléromètre.

Il court, ballon au pied.

Zachary Brault-Guillard joue au poste de défenseur latéral droit pour l'Impact.

Photo : Jerome Miron-USA TODAY Sports

Par exemple, Zachary Brault-Guillard, qui va peut-être au maximum à 34 km/h, s’il ne touche pas à 90 % de sa vitesse maximale, il subira une perte de sa vitesse maximale et une mauvaise adaptation sur le plan musculaire. Mais Zach, il ne pouvait pas vraiment savoir s’il allait à 34 ou à 25. C’était problématique. Les gars étaient en motivation intrinsèque. Sprint maximum, vas-y.

Q. Dans quelle mesure le reste du personnel technique participait-il à cette préparation physique inusitée?

R. Moi, je suis en soutien. C’est Thierry qui me dit comment il veut qu’on joue, et j’ajuste mon travail en conséquence. Le style qu’on veut préconiser, c’est un jeu très entreprenant. Tout ce qui est sprint, ça prend une adaptation.

Si tu as été habitué à faire du volume toute ta vie et que, soudainement, on te demande de courir les 100 m au sprint, il y a des risques de blessures, et ce sont des gestes inhabituels auxquels tu dois t’ajuster. Il faut adapter la philosophie aux joueurs de manière graduelle.

On a vu 12 semaines de pause, 4 semaines de préparation pour un match de Ligue des champions contre une équipe avec 11 matchs dans les jambes, 2 semaines et demie de plus ensuite pour la saison, et on a tout de suite une coupure. Donc, sur les 30 dernières semaines, les gars ont eu 7 semaines d’entraînement de qualité. Le reste, c’est de l’entraînement individuel ou des vacances.

Quand tu regardes la différence avec la Bundesliga allemande, où ils jouent et s’entraînent toutes les semaines depuis août, ils ont eu quatre semaines de pause forcée avec entraînement à la maison, puis quatre semaines d’entraînement individuel et de groupe. La différence est majeure, surtout comparativement à la MLS.

Q. Quel échéancier permettrait d’atteindre un bon niveau de forme pour la reprise?

R. Si on avait deux semaines en individuel, on pourrait remettre à niveau certains trucs. Les gars ont couru en volume, on a gardé un certain volume d’entraînement, mais on a peu fait de changements de direction, d’accélérations et de décélérations sur une surface naturelle qui est totalement différente du béton.

Après, en petits groupes, c’est un peu du jamais vu. Imaginons des groupes de six joueurs maximum : tu tombes dans du jeu réduit presque tout le temps. Beaucoup d’explosivité, d’accélération et de décélération. Dans cette période en individuel, je dois préparer en amont ce qui vient après, soit les jeux réduits. On ne pourra pas faire du 11 contre 11.

Clairement, je crois que ça prend quatre semaines d’entraînement minimum – six, c’est l’idéal – avec, à l’intérieur de ça, des matchs présaison pour préparer le volume. Les gars qui n’ont pas joué 45, 60 minutes pour aller jusqu’à 90 minutes, c’est dur.

Mais sans échéancier, c’est dur d’anticiper ce qui s’en vient. Si on fait deux semaines en individuel pour être de retour en match dans deux semaines, on est dans le trouble. Je suis dans l'attente. On se consacre au travail individuel, à la qualité des entraînements qu’on peut avoir. On réévaluera quand on aura un nouvel échéancier.

Des séances d'entraînement en petits groupes

La MLS a annoncé jeudi que les clubs pouvaient désormais organiser des séances d'entraînement en petits groupes de six joueurs sur les terrains d'entraînement extérieurs.

Ces séances, précise la ligue dans un communiqué, doivent être organisées en conformité avec les protocoles de santé et de sécurité détaillés mis en œuvre avec des experts médicaux et en maladies infectieuses.

Toutes les séances d'entraînement en petits groupes se font sur une base volontaire et ne peuvent pas être incompatibles avec les politiques émises par les autorités locales de santé publique et gouvernementales, souligne la MLS.

Les équipes devront toutes fournir à la ligue un plan révisé et approuvé par le personnel médical du club et par des experts locaux en maladies infectieuses avant d’amorcer cette nouvelle phase de retour à l’entraînement.

Les joueurs devront continuer de respecter les protocoles d’éloignement physique. Les entraîneurs et les membres du personnel technique, pour leur part, devront porter un masque en tout temps et demeurer à l’extérieur des terrains.

Les clubs peuvent diviser chaque terrain complet en un maximum de deux moitiés égales et peuvent affecter un groupe de joueurs sur chaque terrain complet ou chaque moitié de terrain, écrit la MLS. Dans une moitié de terrain, les clubs peuvent délimiter un maximum de six zones clairement définies, distantes les unes des autres d'au moins 3 m.

Un seul joueur pourra se retrouver dans chaque zone à tout moment, et il ne pourra interagir qu’avec les autres membres de son petit groupe. Les gardiens ne pourront pas cracher dans leurs gants, qu’ils devront nettoyer et désinfecter après chaque séance.

Le moratoire sur les entraînements collectifs demeure par ailleurs en vigueur jusqu'au 1er juillet inclusivement.

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