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chronique

La MLB se dirige-t-elle vers un été sans point ni coup sûr?

Rob Manfred

Rob Manfred

Photo : La Presse canadienne / John Raoux

BILLET - Il y a un peu plus de deux mois, les propriétaires de la NFL ont remporté une éclatante victoire à la table des négociations en soumettant au syndicat des joueurs une proposition finale qui visait à diviser ses membres. Et voilà que les propriétaires de la MLB, qui tentent de négocier un protocole de retour au jeu avec leurs athlètes, ont fait exactement la même chose mardi. S’agit-il d’une coïncidence? Probablement pas.

Les commissaires et propriétaires d’équipes des quatre sports majeurs nord-américains échangent beaucoup d’informations en matière de relations de travail. Ils sont d’ailleurs souvent représentés par les mêmes cabinets d’avocats, le plus notoire étant le cabinet new-yorkais Proskauer Rose, où Gary Bettman et l’ex-commissaire de la NBA David Stern ont commencé leur carrière.

Dans ce contexte, dès que les dirigeants d’un sport majeur parviennent à arracher des concessions à leurs joueurs, leurs homologues des autres disciplines les inscrivent immédiatement à leur liste de demandes. Et la roue tourne ainsi de négociation en négociation.

Cela dit, les syndicats représentant les joueurs font exactement la même chose.

Dans sa biographie intitulée Don’t Be Afraid to Win, l’avocat new-yorkais Jim Quinn, qui a tour à tour conseillé et représenté les associations des joueurs de la NBA, de la NFL, de la MLB et de la LNH au cours des dernières décennies, raconte d’ailleurs à quel point le monde du sport a changé après le lock-out ayant mené à l’annulation de la saison 2004-2005 dans la LNH.

Durant le lock-out, un putsch avait été mené par quelques agents influents contre le chef de la direction de l’Association des joueurs de la LNH, Bob Goodenow, et ce long conflit de travail s’était soldé par une capitulation totale des joueurs. Gary Bettman avait ainsi réussi à imposer le plafond salarial le plus restrictif de toute l’industrie.

Pour les syndicats représentant les joueurs, c’était le pire désastre de l’histoire [...] Le lock-out survenu au hockey laissait présager une nouvelle ère d’instabilité dans le monde du sport [...] Et nous savions tous que les athlètes allaient en payer le prix, écrit Jim Quinn.


Revenons un peu à nos moutons. Il y a deux mois, les propriétaires de la NFL ont réussi à faire accepter leur proposition finale par une courte majorité de 51,52 % des joueurs. Pour un négociateur syndical, un tel résultat et une telle division des membres relèvent du cauchemar.

Alors qu’un lucratif nouveau contrat de télévision pointait à l’horizon et que les joueurs semblaient en position de force, les propriétaires de la NFL ont soumis aux joueurs une proposition visant à augmenter de façon substantielle le salaire minimum des joueurs.

Il tient une conférence de presse.

DeMaurice Smith, chef de la direction de l'Association des joueurs de la NFL (NFLPA)

Photo : Getty Images / Alex Trautwig

En revanche, ils se sont attaqués à une vache sacrée en demandant que le calendrier soit bonifié et que les équipes aient à disputer 17 matchs au lieu de 16. L’Association des joueurs de la NFL, qui représente les athlètes dont les carrières sont les plus courtes (3,3 ans en moyenne), avait toujours catégoriquement refusé de faire cette concession.

Mais comme 60 % des joueurs de la NFL touchent le salaire minimum, le vote s’est divisé et la proposition des propriétaires a été acceptée. Jeu, set et match.


Par les temps qui courent, tout le monde s’enthousiasme à l’idée de voir la LNH planifier, à tâtons, la présentation de ses séries éliminatoires. Mais la joute la plus intéressante se déroule indéniablement du côté de la MLB, où les négociations entre les propriétaires et l’Association des joueurs sont véritablement en train de tourner au vinaigre

Il n’y a pas eu de conflit de travail dans le baseball majeur depuis la grève de 1994-1995. En pleine crise de la COVID-19, de nombreux observateurs croyaient que cette longue paix industrielle allait donner une longueur d’avance à la MLB et permettre à ses acteurs de reprendre leurs activités sans trop de heurts dès le début du mois de juillet.

À la fin du mois de mars, propriétaires et joueurs avaient même rapidement convenu d’une première entente.

Tenant compte des circonstances exceptionnelles provoquées par la pandémie, les joueurs avaient renoncé à leur plein salaire, acceptant plutôt d’être rémunérés au prorata des matchs disputés. En gros, les joueurs avaient ainsi accepté de faire une concession de plus de 2 milliards de dollars en diminuant leurs salaires de moitié. En échange, les propriétaires avaient convenu de leur reconnaître une année d’ancienneté, même si aucun match n'était disputé.


Depuis ce temps, les propriétaires formulent des demandes supplémentaires. Ils veulent que les joueurs tiennent compte du fait que les matchs de la saison 2020 seront disputés à huis clos et que les revenus découlant de la vente de billets ne seront pas au rendez-vous.

Pour appuyer leurs demandes, les propriétaires, dit-on, tardent à fournir des états financiers complets.

En plus des 2 milliards de salaires concédés par les joueurs en mars dernier, les proprios ont proposé ces dernières semaines un partage des revenus 50-50 durant la saison 2020. L’Association des joueurs (MLBPA), qui a toujours été contre toute forme de plafond salarial, s’y est férocement opposée.

Et voilà qu’hier, les propriétaires ont soumis une proposition qui pourrait avoir le même effet que celle formulée il y a quelques mois à la table de négociations de la NFL : la division du syndicat.

Mike Trout de dos

Mike Trout est des deux plus hauts salariés de la MLB.

Photo : Getty Images / Sean M. Haffey

En gros, les propriétaires proposent des réductions salariales légères pour les petits salariés et des coupes draconiennes pour les supervedettes qui détiennent les plus lucratifs contrats. Ainsi, selon le quotidien USA Today :

- Les joueurs qui auraient touché 285 000 $ durant un calendrier réduit de 82 matchs devraient sacrifier 23 000 $ de plus et obtenir un salaire de 262 000 $.

  • Les joueurs dont le salaire se situe à 1,01 million auraient droit à 736 000 $;
  • Ceux touchant 2,53 millions auraient droit à 1,64 million;
  • Ceux touchant 5,06 millions auraient droit à 2,95 millions;
  • Ceux touchant 10,1 millions auraient droit à 5,1 millions;
  • Ceux touchant 15,2 millions auraient droit à 6,95 millions;
  • Ceux touchant 17,7 millions auraient droit à 7,84 millions.

Au bout du compte, si vous faites le calcul, une supervedette ayant entrepris le camp d’entraînement avec un contrat garanti de plus de 35 millions se retrouverait cette saison avec un salaire de 7,84 millions.


Sachant que 369 des 899 joueurs de la MLB touchent le salaire minimum prévu à la convention collective et que les joueurs les moins fortunés sont les plus susceptibles de faire des concessions supplémentaires pour revenir au jeu, les propriétaires viennent de lancer un véritable ballon de discorde dans la cour de l’Association des joueurs.

Tout cela alors que les deux parties sont encore très loin d’une entente en ce qui a trait au protocole de santé-sécurité, de l’administration des tests de dépistage de la COVID-19 et des autres enjeux reliés aux conditions de travail en temps de pandémie.

Lorsqu’on regarde froidement la situation, les propriétaires n’agissent pas comme des gens qui ont l’intention de présenter une saison de baseball cet été. Pour lancer leurs activités au début de juillet et tenir un court camp d’entraînement en juin, il leur faudrait s’entendre avec la MLBPA au cours des 7 ou 10 prochains jours.

À moins qu’une des deux parties n’effectue rapidement un virage à 180 degrés, ce qui apparaît illusoire, un tel rapprochement ne surviendra pas.

Quelle est la stratégie des propriétaires de la MLB? Tentent-ils un coup à la Bettman? Avec la possibilité d’encaisser des pertes ou de faire des profits modestes cette année, ont-ils décidé que le temps était bien choisi pour viser la jugulaire, provoquer l’annulation de la saison et faire une démonstration de force avant la négociation de la prochaine convention collective à la fin de 2021?

Ou tentent-ils la même manoeuvre que celle qui a souri à leurs homologues il y a quelques mois, en semant la division parmi les joueurs et en pariant sur le fait que le syndicat sera forcé de faire un important compromis?

Chose certaine, il s’agit d’un bien étrange moment pour déterrer la hache de guerre. Et plus le temps passe, plus on a l’impression de se diriger vers un été sans point ni coup sûr.

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