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chronique

Les Jeux de Montréal et la petite histoire de la médecine sportive québécoise

Un patient en physiothérapie

Brigitte Léger traite un patient dans sa clinique de médecine sportive

Photo : Louise Beaumont

Marie-José Turcotte

Avec les Jeux de Montréal en 1976 est apparu chez nous le début d’une organisation sportive à tous les niveaux. C’est de là que s’est formée la médecine sportive telle qu’on la connaît aujourd’hui. Avec le recul, on réalise qu’il fallait avoir du cran, à cette époque, pour acheter une clinique et vouloir la mettre au service des meilleurs athlètes.

On s'est fait rabaisser parce qu'on était trois femmes qui démarraient cette clinique-là. On s’est fait dire : "Ça ne marchera pas, la chicane va pogner là-dedans." À date, on a été la clinique qui a toughé le plus longtemps à Montréal et même au Québec en médecine sportive...

Louise Beaumont, fondatrice de la physiothérapie du sport du Québec avec Janie Barette et Brigitte Léger il y a 33 ans

Rêve de jeunesse

Cette belle histoire prend racine dans la tête d’une adolescente. En 1975, Louise Beaumont a 16 ans. Elle fait partie de l’équipe nationale de handball en vue des Olympiques de Montréal. Avoir l’occasion de vivre de l’intérieur toute la mécanique du sport de haut niveau a été révélateur, et elle découvre la physiothérapie.

À 16 ans, c’est une grande maigre, qui n’a pas fini sa croissance. Résultat : elle se blesse souvent. Elle devient une abonnée de la clinique du CENA (Centre d'entraînement national du Québec) située dans un hangar de Canadair, à Saint-Laurent.

Si ce type de suivi médical était courant dans les pays où le sport était développé, dans notre paysage sportif des années 1970, c’était une révolution.

Pour maintenir l’intégrité physique de nos athlètes en vue des Jeux de 1976, on a créé un lieu de soins pour les athlètes d'élite. L’Américain Bob William, un soigneur issu du milieu du hockey professionnel et qui arrivait de New York, en était le responsable. Avec un jeune physiothérapeute de chez nous, René Joyal, il a mis en place le premier centre médical dédié au sport amateur de haut niveau.

Louise est jeune et n’a qu’une seule idée en tête : jouer à tout prix. Les traitements et les bandages magiques font en sorte qu’elle peut rester sur le terrain, c’est le bonheur.

Il me traitait avant, pendant, après mes entraînements, et puis il venait avec nous en voyage, raconte-t-elle. Je me disais : "C'est le fun, c’est extraordinaire comme job." J'étais un peu innocente. Pour moi, la physio, c'était ça, c'était le fun. Alors je me suis dit : "Je m'en vais en physiothérapie." À l'université, j’ai fait face à la réalité. Ma première sortie, c'est dans le sous-sol de l'Hôpital Notre-Dame, dans un département de physio avec du monde en jaquette, les pattes dans les airs, des machines, et là je fais : "C'est pas ça que je veux faire." Dans ma tête, tout est mêlé, pis les profs ne parlent pas du tout de médecine sportive.

Un grand choc! C’est là que Louise prend conscience que ce qu’elle a vécu avec l’équipe nationale, ou encore ce qu’elle a vu lors de ses nombreux voyages en Europe n’existe pas ici. La médecine sportive chez nous n’a même pas encore vraiment de nom. Tout est à faire.

Passer à l’action

En parallèle à ses études, Louise Beaumont est toujours membre de l’équipe nationale de handball. Mais la clinique de physiothérapie de la Société des sports du Québec, installée à Canadair pour la période des Jeux, a été déménagée dans l’est de l'île de Montréal.

On s'entraînait à Robillard et il fallait faire des milles en métro pour se rendre de Robillard au métro Frontenac, pour aller se faire traiter, se souvient-elle. Je trouvais ça complètement aberrant. Je me disais : "La clinique, il faudrait qu'elle soit à Robillard."

Louise prend des notes. En 1982, une fois son diplôme en main, elle travaille dans un centre d'accueil. Mais elle fait aussi quelques heures semaine avec René Joyal, toujours à l’emploi de la clinique sportive de la rue Ontario.

À ce moment-là, c'était le gouvernement du Québec qui était propriétaire de la clinique de physiothérapie de la Société des sports du Québec, et le Centre Claude-Robillard appartenait et appartient toujours à la Ville de Montréal.

Malgré de nombreuses discussions, il avait toujours été impossible de déménager la clinique à Claude-Robillard. C’était sans compter sur la ténacité de Louise.

Dans ma tête, une clinique, j'avais vu ça à Canadair, c'était là où les athlètes s'entraînent. Ça fait qu'en 1987, j'ai acheté la clinique avec deux chums [Janie Barette et Brigitte Léger, NDLR] pis là, nous sommes retournées voir la Ville. On leur a dit : "Nous autres, on n’est pas le gouvernent, on veut s'en aller à Robillard." Et là, on s'est accoté sur Daniel Robin, un pionnier qui s'occupait du sport amateur, à la Ville de Montréal.

On s'est battu, on était déterminées. Après ça, Daniel, il riait, il disait qu’on a été le premier PPP (partenariat public privé). On a dit à la Ville : "On va s'autosuffire, on ne vous demandera rien. On va ouvrir et on va traiter gratuitement les athlètes d'élite avec l'aide du gouvernement puis on va accepter les gens de l'extérieur qui sont des sportifs, comme ça on aura notre argent, vous n'aurez pas besoin de nous subventionner."

Louise Beaumont

Au début, notre comptable s'est arraché les cheveux. On ne faisait pas d'argent. On n'était pas des femmes d'affaires, mais nous étions déterminées.

Elles choisissent un nouveau nom : physiothérapie du sport du Québec. Elles en font un lieu de traitement multidisciplinaire, avec des médecins, des massothérapeutes, des ostéopathes, des acupuncteurs.

On voulait que les athlètes aient tout à la même place, explique Louise Beaumont. C'est ce que je voyais quand j'ai voyagé partout à travers le monde avec l'équipe nationale parce que je m'en allais aux Jeux olympiques. Je n'aurais jamais fait ça si je n'avais pas été aux JO. Je voyais comment la médecine était organisée autour des athlètes et je me disais : "C'est ça qu'il faut qu'on ait."

On a été les premiers à acheter un Kin-Com, un appareil qui nous permettait de faire des tests de force et d'endurance élaborés. C'était bien trop cher pour notre budget. Mais moi, je l'avais vu au centre national à Colorado Springs, en 1989. Les Américains avaient ça et j'avais dit : "Ça nous prend ça." Mes chums Janie et Brigitte, ç’a été des pionnières aussi, puis on voulait avoir le meilleur pour les athlètes.

Redonner au suivant

Louise, Janie et Brigitte ont toujours poursuivi leur travail sur le terrain. Toutes trois ont été physiothérapeutes pour différentes équipes nationales. Ce qui leur a permis de voyager et de voir ce qui se faisait ailleurs. Ici, leur approche globale, centrée sur l’athlète, a fait des petits comme nous l’explique Louise :

Il n'y avait tellement pas de médecine du sport dans ce temps-là et après, on a beaucoup aidé au développement de la médecine sportive parce qu’on était un centre pour les internats. En physiothérapie, quand tu faisais ta physio, tu devais faire quatre mois d'internat, et on a pris beaucoup d'internes, on a beaucoup développé de physiothérapeutes qui se sont ouvert par la suite des cliniques de médecines sportives, poursuit-elle. C'est vrai qu'il y a beaucoup de bannières qui ont vu le jour grâce à notre influence.

Aujourd’hui, la médecine sportive fait partie de la vie autant des athlètes du quotidien que des sportifs de niveau olympique. Ce type d’encadrement s’est développé chez nous, entre autres parce que nous avons tenu les Jeux à Montréal en 1976 et parce que trois jeunes femmes, il y a plus de 30 ans, se sont entêtées à faire vivre leur vision.

Encore une preuve qu’il faut croire à ses rêves!

Trois femmes fêtent le 30e anniversaire de leur clinique de physiothérapie

Louise Beaumont, Brigitte Léger et Janie Barette fêtent la 30e anniversaire de leur partenariat

Photo : Louise Beaumont

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