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La formule E peut-elle donner une deuxième chance à Montréal?

Des voitures de course dans un virage

Le circuit de formule E dans les rues de Montréal en 2017

Photo : La Presse canadienne / Tyler Remiorz

Selon le directeur général de la formule E, le Montréalais Jamie Reigle, Montréal n'a pas perdu son attrait pour le championnat, qui cherche à être plus présent en sol nord-américain.

Une fois la pandémie terminée, la FE reprendra sa mission d'élargir ses horizons.

En ce moment, ses monoplaces ne tournent pas et Jamie Reigle cherche à les remettre en piste. La saison 2019-2020 a été interrompue après cinq courses. Il en faut six pour désigner officiellement un champion.

L'objectif du directeur général est d'en disputer au moins une autre.

Comme tous les sports, on a espoir de recommencer. La Bundesliga a recommencé en Allemagne. Notre plan, c’est de recommencer mi-juillet ou début août, explique le dirigeant canadien à Radio-Canada Sports.

Il a prévu trois scénarios. Le troisième, et le pire, c'est l'annulation de la saison.

J’espère que ce ne sera pas ça, admet le Québécois. Le scénario no 1, c’est trois fins de semaine avec deux courses chacune en Grande-Bretagne, en Allemagne et peut-être en Corée. Ça ferait 11 courses au total. Ce qui est OK.

Il y avait 12 courses lors de la première saison du championnat.

Le scénario no 2, si on ne peut pas se déplacer, on choisirait un circuit, et on irait là deux semaines au mois d’août en isolation avec les équipes et les pilotes, et on ferait quatre à six courses en l’espace de cinq à six jours, juste pour finir la saison.

Jamie Reigle regarde à la caméra, de face, et sourit.

Jamie Reigle en entrevue à Radio-Canada de son domicile de Hong Kong

Photo : Société Radio-Canada

L'arrêt complet des championnats est synonyme de pertes financières importantes, ce qui oblige certains sports à trouver des solutions, comme l'a fait la Bundesliga, avec des réactions mitigées à la reprise du soccer à huis clos en Allemagne. Il manque un ingrédient indispensable, le public.

Ce n'est pas le cas de la course automobile. Une fois la course partie, on n'entend plus le public, mais le bruit des moteurs, et avec un mélange savant d'images et de sons des pilotes, comme le fait avec brio la série NASCAR, le spectacle est aussi intense que d'habitude.

Si la F1 arrive à créer sa bulle sanitaire, le spectacle sera au rendez-vous et les télédiffuseurs pourront souffler d'aise, tant les montants négociés dans le cadre de ces contrats sont élevés.

Vu qu’on est un petit championnat, moins développé que les autres sports, on n’a pas autant de revenus qui viennent des médias. Les grandes ligues comme le hockey ou le football ont de gros contrats de télédiffusion, et si tu ne présentes pas d’événements, c’est clair qu’il y a des remboursements qui sont dus. Pour la FE, ce chiffre d’affaires là est petit, donc c’est moins problématique pour nous.

Celui qui a dirigé les destinées commerciales de Manchester United et des Rams de Los Angeles de la NFL admet que, si la saison devait se terminer après cinq courses, il devra négocier avec les commanditaires associés au championnat de formule E.

Les commanditaires achètent de la visibilité, mais aussi, ils s’associent à notre mission d’aborder les questions environnementales. Nos partenariats vont au-delà des montants négociés, affirme M. Reigle. Mais bon, si notre saison devait se terminer ici, on devra discuter avec nos commanditaires. On a des partenariats à long terme, on veut continuer avec eux, et c’est clair qu’on fera des compromis.

La création d'un championnat électronique de formule E a permis d'aller rechercher une partie de l'auditoire du début de saison et de recueillir des fonds pour l'UNICEF.

Nos audiences en eSports sont 40 à 50 % de nos vraies courses, indique le Québécois. Donc, ce ne sont pas de vraies courses. Mais vu que notre fenêtre est le samedi, où il n’y a pas beaucoup de sports à la télé, les gens sont intéressés. Et pour nous, c’est très positif.

La formule E partenaire de l'UNICEF

La formule E partenaire de l'UNICEF

Photo : Formula E - UNICEF

Le mot d'ordre dans les bureaux de la formule E, c'est la créativité.

On doit être créatif sur le côté télédiffusion, sur l'heure de la course, sur la journée de la semaine, et on a de la flexibilité. Car on aurait dû avoir les Jeux olympiques cet été, et ils ont été repoussés à 2021. Ça nous donne une opportunité, car les gens vont vouloir du sport, parce que le sport leur manque.

Montréal, un bon souvenir pour la famille de la FE

Le litige avec la Ville de Montréal n'est toujours pas réglé. La FE réclame des millions de dollars à l'administration actuelle pour ne pas avoir respecté les termes du contrat de trois ans. La mairesse Valérie Plante avait en effet promis l'abandon du rendez-vous de la FE durant sa campagne électorale en 2017.

Les avocats sont en discussion. Alors, sur le côté légal, je ne peux pas faire de commentaires, mentionne Jamie Reigle.

Mais le souvenir d'un week-end réussi pour les équipes et les pilotes est encore frais. C'est pour l'instant la seule mais bonne raison qui pourrait laisser croire à un retour de la formule E au Québec.

Tous les gens de la FE parlent souvent du week-end à Montréal comme un des meilleurs dans l’histoire de la FE. On a fait des sondages avec les pilotes, et les pilotes ont dit que c’était un des meilleurs week-ends.

Jamie Reigle, directeur général de la FE
Tous les pilotes sont assis sur leurs voitures.

Photo de famille dans le paddock de Montréal en 2017

Photo : La Presse canadienne / Tom Boland

Ce n'est pas parce que le directeur général de la formule E est un Montréalais, depuis septembre 2019, que les chances de Montréal de réintégrer le championnat sont plus grandes.

On aimerait bien y retourner, insiste M. Reigle. Il faut regarder les critères sur lesquels on se base pour choisir les villes, et Montréal a tous les ingrédients.

Y a-t-il un public amateur de sport? À Montréal, avec le Canadien, c’est clair. Y a-t-il un public qui aime la course automobile? Avec le Grand Prix du Canada, c’est clair aussi. Est-ce une ville qui comprend les défis des changements climatiques? Pour le Québec et pour Montréal, c’est très important, précise M. Reigle.

Un pilote en course dans une voiture bleue

Le pilote suisse Sébastien Buemi de l'équipe Renault e.dams dans les rues de Montréal en 2017

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Sans compter que le marché est intéressant pour les équipes et les commanditaires.

Montréal est une grande ville en Amérique du Nord qui a une résonance, c’est une belle ville que les gens aiment bien visiter. Pour moi, tous les ingrédients sont là.

Jamie Reigle ne peut pas s'empêcher de répéter qu'il y a d'abord un litige à régler.

Moi, j’aimerais bien ça (retourner à Montréal), mais c’est assez compliqué d’avoir un alignement entre la Ville et la FE, se borne-t-il à dire sur les discussions de coulisse.

Y a-t-il espoir d'un règlement? La mairesse Valérie Plante a dit le 15 mai 2019 qu'elle n'était pas forcément contre un retour de la formule E à Montréal. Si c’est pertinent et si c’est bien fait, avait-elle dit.

Le championnat de formule E a grandi depuis l'étape de Montréal, il a trouvé d'autres destinations, et de grands constructeurs se sont ajoutés depuis 2017, notamment Audi, Mercedes-Benz et Porsche.

Beaucoup d’autres villes ont les ingrédients nécessaires. Les nouvelles courses qu’on aurait dû présenter avant la pandémie, c’était une course à Londres, une à Séoul, une à Jakarta. Les changements climatiques sont importants pour ces villes-là aussi. Il y a beaucoup de demandes pour les courses de FE.

Jamie Reigle

Si la formule E devait à nouveau s'intéresser à Montréal, ce serait dans la perspective d'ajouter une ville au programme nord-américain du championnat.

Quand je parle aux constructeurs, aux commanditaires, ils me disent qu’ils ont aimé leur séjour à Montréal, et à l’avenir le marché nord-américain est très important. C’est très important pour les constructeurs européens comme Porsche, Mercedes-Benz, BMW, Audi.

Ils me disent souvent qu’il faudrait avoir plus de courses en Amérique du Nord, parce qu’ils vendent beaucoup de voitures dans ces marchés-là. En ce moment, on a une course à New York et une à Mexico. J’aimerais avoir une voire deux courses de plus en Amérique du Nord. Et quand on regarde les villes où on pourrait faire ça, Montréal est clairement une très bonne candidate.

Les monoplaces de FE tournent dans l'ancien stade de baseball de Mexico.

Les monoplaces de FE tournent dans l'ancien stade de baseball de Mexico.

Photo : Formula E

Et la formule E aura la bénédiction de la FIA.

Bien sûr que je suis d'accord que Montréal réintègre le championnat, avait dit le président de la FIA Jean Todt sans hésiter dans le paddock du circuit Gilles-Villeneuve l'an dernier.

On voit la passion des amateurs canadiens pour la F1, la fascination de Montréal pour la compétition automobile. Montréal a une chaleur particulière.

L'enthousiasme du public justifie complètement que Montréal revienne au championnat, avait ajouté Jean Todt. Je ne rentrerai pas dans le débat politique qui a pu avoir lieu et qui fait que Montréal n'est plus au calendrier. Mais j'espère que son retour pourra être reconsidéré.

Pas au circuit Gilles-Villeneuve

La formule E refuse d'envisager de courir sur le circuit Gilles-Villeneuve, mais est prête à étudier d'autres quartiers de la ville, plus loin du centre-ville, pour s'y installer.

C’est très important pour nous qu’il y ait une séparation avec la F1, que la FE soit dans un environnement urbain. Ce n’est pas nécessaire que ce soit juste à côté du centre-ville. Parce qu'on est conscient que ça dérange les habitants, admet Jamie Reigle.

À Séoul, en Corée du Sud, la course se déroulera à l’intérieur et à l’extérieur du stade des Jeux de 1988. À Londres, la course aura lieu autour d’un centre des congrès, l'Excel Center.

C’est de l’urban racing (course urbaine), même si ce n'est pas dans les rues publiques de la ville, précise-t-il.

Un plan d'une piste de courseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le circuit de formule E passe dans le stade olympique de Séoul.

Photo : Formula E

En prenant Séoul comme exemple, pourquoi ne pas envisager l'étape de Montréal autour d'une des signatures de la ville, le stade olympique des Jeux de 1976?

On peut être très flexible sur les circuits. L’idée de faire ça autour du stade olympique à Montréal, c’est possible, mais il faut avoir encore beaucoup de discussions pour qu’on y arrive, a conclu Jamie Reigle, insistant sur le fait que le litige doit d'abord se régler.

Et pourquoi ne pas penser à faire passer les voitures dans le stade? Avec des monoplaces à motorisation électrique, sans émissions polluantes, c'est envisageable. La course de Séoul servira de banc d'essai.

Rappelons pour l'anecdote que la première ébauche du circuit de F1 pour le Grand Prix du Canada de 1978 faisait passer les monoplaces dans le stade olympique.

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