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Quand Michael Jordan a privé le Canada d'une médaille olympique

Jordan tente d'empêcher Simms de lancer le ballon vers le filet.

Michael Jordan (9) et Tony Simms lors de la demi-finale des Jeux olympiques de 1984.

Photo : Getty Images / Bettmann

Olivier Paradis-Lemieux

Michael Jordan se souvient encore aujourd’hui du Canadien qui ne le lâchait pas d’une semelle en 1984 aux Jeux olympiques de Los Angeles : Jay Triano, ex-entraîneur des Raptors de Toronto... et désormais son employé, avec les Hornets de Charlotte.

Je me souviens d’une discussion avec Michael avant l’un de nos matchs [des Hornets] sur le terrain lors de l’échauffement. Je lui ai dit : "Tu te souviens que j’ai joué contre toi!" Et il m’a dit : "Oh oui, bien sûr que je m’en souviens, tu es l'un des joueurs les plus salauds que le Canada n'a jamais eu!", raconte l’Ontarien de 61 ans, qui a fait partie de l’équipe nationale de 1977 à 1988.

Au moins, il se souvenait de moi, ajoute en riant l’adjoint principal des Hornets, joint chez lui à Charlotte où il se prépare à un retour au jeu de la NBA.

Mais la première chose qui est sortie de la bouche de Jordan, se remémore encore Jay Triano, était : Qui a gagné? Hein? Qui a gagné?

Et Jordan connaissait très bien la réponse à cette question. Les Américains, deux fois.

Une première fois lors du tournoi préliminaire et une seconde en demi-finales en route vers la médaille d’or olympique.

C’est exactement ce que The Last Dance a montré. C’est à quel point il était compétitif. Il se souvient de la victoire, tout le temps. Et il se souvient de ce qu’il lui a fallu pour l’emporter.

Jay Triano, membre de l'équipe nationale de 1977 à 1988
Jay Triano

Jay Triano a été le meilleur marqueur de l'équipe canadienne aux Jeux olympiques de Los Angeles.

Photo : La Presse canadienne / J. Merrithew

Le pointage de ces deux matchs disputés à l’été 1984 est trompeur. Deux larges victoires américaines (89-68 et 78-59) qui semblent indiquer que l’équipe canadienne, dont Jay Triano était le meilleur marqueur à l’époque, ne pouvait faire le poids face à la puissante machine de nos voisins du sud. Mais les Jeux olympiques ne s’étaient pas encore ouverts aux professionnels en 1984 et l’équipe canadienne profitait d’une enviable continuité, à l’image de l’autre puissance en basketball de l’époque, la Yougoslavie.

C’était différent à l’époque, relève Jay Triano. L’équipe nationale était constituée de 12 joueurs et ces 12 joueurs étaient essentiellement de toutes les compétitions. Nous sommes allés aux Jeux universitaires mondiaux, aux Jeux panaméricains, au tournoi de qualification olympique et aux Olympiques avec la même équipe.

Nous sommes restés ensemble longtemps et Jack Donohue [l’entraîneur de l’équipe canadienne de 1972 à 1988, NDLR] a fait un excellent travail de nous développer en tant qu’équipe parce que, sur le plan du talent individuel, nous n’étions pas grandioses. Mais on jouait si bien ensemble parce qu’on passait tellement de temps ensemble. Alors qu’aujourd’hui, les effectifs changent lors de chaque compétition.

Jack Donohue et deux de ses joueurs

Jack Donohue (à gauche) a été l'entraîneur du programme canadien de basketball masculin de 1972 à 1988

Photo : La Presse canadienne

L’année précédente, les Canadiens avaient d’ailleurs réalisé l’exploit de battre l’équipe américaine, alors menée par les futurs membres du Temple de la renommée Charles Barkley et Karl Malone, en demi-finales des Jeux mondiaux universitaires, puis de triompher lors du match de la médaille d’or contre la Yougoslavie.

L’événement avait fait grand bruit au pays en 1983, puisque les Jeux se déroulaient à Edmonton, mais c’était déjà la troisième en fois en trois ans que les Américains s’inclinaient devant les Canadiens habilement dirigés par Jack Donohue.

Nous étions survoltés. Jouer contre les Américains à Edmonton avec toute l’attention médiatique voulait dire beaucoup pour nous. Je pense qu’ils se voyaient déjà avec la médaille d’or au cou, mais nous avons joué un très bon match [...] Nous avons certainement retenu leur attention avec cette victoire.

Jay Triano

Le petit miracle sur le parquet d’Edmonton avait permis aux Canadiens de sortir de l’anonymat dans lequel ils évoluaient depuis quelques années. Le boycottage des Jeux de Moscou avait empêché de nombreux joueurs de l’équipe, dont Jay Triano, de réaliser leur rêve.

Pour le natif de Niagara Falls, qui a été repêché tardivement par les Lakers en 1981 après ses années universitaires à Simon Fraser, en Colombie-Britannique, où il s’est lié d’amitié avec Terry Fox, les Jeux olympiques ont toujours été l’objectif principal de sa carrière.

Jay Triano

Jay Triano a été l'entraîneur de l'équipe nationale canadienne de 1998 à 2004, puis de 2012 à 2019.

Photo : Getty Images / Harry How

Les Jeux olympiques de Montréal en 1976 ont été vraiment importants pour moi. J’étais à un âge (17 ans) où j’étais vraiment impressionné par les Olympiques. J’ai vu les matchs. J’ai vu le Canada faire si bien avec une 4e place. J’adorais le basketball et j’imaginais à quel point ce serait fantastique de représenter le Canada avec la feuille d’érable sur la poitrine, et d’y jouer, dit Jay Triano.

C’est donc gonflés à bloc et privés d’Olympiques en 1980 que les Canadiens ont débarqué à Los Angeles en 1984, sans complexes d’infériorité face aux Américains, même s’ils étaient conscients que quelques rebonds favorables seraient nécessaires afin de se hisser sur le podium tant convoité.

Les États-Unis avaient également changé leur formation de 1983. Les têtes d’affiche de l’équipe à Edmonton, Charles Barkley et Karl Malone, n’avaient pas été retenues par l’entraîneur Bob Knight, qui avait laissé les clés des destinées américaines au tout récent troisième choix du repêchage de la NBA : Michael Jordan, fraîchement auréolé de sa carrière universitaire avec les Tar Heels de la Caroline du Nord.

Il n’était pas seul dans cette équipe, mais il était certainement leur meilleur joueur. Je ne peux pas dire que je pensais qu’il deviendrait le meilleur joueur au monde ou le meilleur à avoir joué au basketball. Je ne pense pas que nous nous attendions à ce qu’il n'ait la carrière ni la renommée qu’il a eues. Je pense que c’est quelque chose qui a évolué après ça, quand il est devenu professionnel, précise Jay Triano.

Un match de basketball

Michael Jordan aux Jeux olympiques de 1984

Photo : Getty Images / AFP

Nous savions que les États-Unis étaient la meilleure équipe du monde et qu’il était le meilleur joueur de cette équipe. Il était le premier joueur dont nous parlions, il était de tous les rapports de dépistage et nous nous demandions comment on allait le contrer. Mais c’était une bonne équipe. Ils avaient Patrick Ewing, Chris Mullin, Sam Perkins et bien d’autres joueurs de grande qualité.

La bulle dans laquelle jouait l’équipe canadienne depuis des années allait également être mise à mal par la folie des Jeux olympiques. Soudainement, familles, amis et médias étaient de la partie et les 12 joueurs tissés serrés autour de Jack Donohue passaient leur journée à explorer la métropole de la côte ouest américaine.

Les joueurs de la NBA aujourd’hui font face à ce genre de distractions au quotidien et apprennent à briller malgré elle. Mais, à cette époque, tout ce qui se passait autour de nous lors des Jeux nous a rendus décousus, soutient Jay Triano.

Après une première défaite serrée, par un point, contre l’Espagne, le Canada n’a jamais été dans le coup face aux Américains. Le dos au mur avec une fiche de 0-2, l’équipe s’est toutefois ressaisie et a enchaîné avec des victoires contre la Chine, l’Uruguay, la France, puis l’Italie en quarts de finale, pour pouvoir prendre sa revanche contre les États-Unis, en demi-finales.

Comme lors de chaque confrontation entre les deux rivaux nord-américains, c’est à son capitaine Jay Triano que Jack Donohue donnait la tâche, presque impossible, de défendre le panier canadien à un contre un face à Michael Jordan, qui était tellement plus athlétique que nous tous.

Des joueurs de basketball

Les Canadiens Jay Triano et Geralad Kazanowski tentent le piège contre un joueur américain aux Jeux olympiques de Los Angeles. Au deuxième plan, Michael Jordan (9) regarde la scène.

Photo : La Presse canadienne / J. Merrithew

Leur première rencontre avant les Olympiques, au Venezuela, avait d’ailleurs été mémorable pour Triano, dans la mesure où une commotion cérébrale peut l’être.

Je déposais mon coude sur le sien chaque fois que nous nous faisions face afin de l’empêcher de sauter. Il était de plus en plus frustré par la situation, et cela a dû atteindre un point de non-retour parce que, les détails ne sont plus très clairs, mais je me suis réveillé au sol. On m'a expliqué que lorsque j’ai laissé le coude de Michael aller, il m’a mis le sien sur la tempe après avoir tiré. C’est la seule fois de ma carrière que j’ai été sans connaissance pendant un match… Et c’est à cause de Michael Jordan , raconte Jay Triano, qui a publié son autobiographie Open Look : Canadian Basketball and Me, en 2018.

Maintenant, ils ont éliminé les bagarres, mais c’était comme du hockey à l’époque! Nous nous battions continuellement au fil de nos voyages dans le monde.

Jay Triano

La stratégie face à Jordan n’avait pas changé lors des Jeux olympiques.

Il fallait le contrer face à face, sans jamais lui tourner le dos, et être physique avec lui, se souvient-il. Il fallait l’empêcher de prendre son erre d’aller parce qu’il était tellement athlétique et il pouvait lancer le ballon, attaquer le panier et sauter par-dessus nous. Mais nous avons fait du bon travail contre lui.

Jay Triano a ainsi limité Michael Jordan à 13 points lors de la demi-finale, alors qu’il a lui-même marqué 16 des 59 points du Canada. Sans grand talent, précise Triano, mais avec une soif intarissable de s’améliorer qui l’anime encore aujourd’hui, l'ailier de 1,96 m (6 pi 5 po) est parti du bout du banc canadien à ses premières années comme 12e homme, où il a observé Jack Donohue diriger ses coéquipiers tout en rongeant son frein à l’entraînement, jusqu’à contenir et se démarquer face à celui qui allait devenir le meilleur joueur de l’histoire. Mais c'était insuffisant pour triompher ce jour-là.

Avec 20 points, Chris Mullin a mené les Américains à une confortable victoire par 19 points, et les rêves d’une médaille d’or se sont envolés pour les Canadiens.

Il restait toutefois encore l’espoir de monter sur le podium et le match pour la médaille de bronze face à la Yougoslavie demeure, 36 ans plus tard, un souvenir amer pour Triano.

À l’époque, tout le monde disait : "Les Américains ont inventé le basketball et les Yougoslaves l’ont perfectionné." En tant que Canadien, j’ai quelques objections avec la première partie, mais pas avec la seconde.

Jay Triano

En 1984, la Yougoslavie est menée par un marqueur naturel et l’un des meilleurs joueurs de l’histoire à n’avoir jamais joué dans la NBA en raison du rideau de fer : Drazen Dalipagic.

Lors du match pour la médaille de bronze, il inscrit 37 points, alors que l’attaque canadienne est nettement plus équilibrée avec 6 joueurs, dont Triano, qui inscrivent au moins 10 points. Le pointage final est de 88 à 82 pour les Yougoslaves.

Être aussi près d’une médaille, c’est dur à avaler, avoue-t-il. Particulièrement une fois que les Olympiques sont terminés. C’est long entre deux JO. Quatre années où il faut se donner chaque jour à l’entraînement. C’était tout ce à quoi on pensait pendant tout ce temps.

Quatre ans plus tard, le Canada a terminé 6e à Séoul, puis Triano a pris sa retraite du basketball international pour amorcer une fructueuse carrière d’entraîneur, qui allait faire de lui, 20 ans plus tard, le premier Canadien à diriger une équipe de la NBA, quand il a été nommé à la tête des Raptors de Toronto en décembre 2008.

Depuis l’arrivée des professionnels, en 1992 à Barcelone, l’équipe nationale masculine n’est retournée qu’une seule fois aux Jeux olympiques, à Sydney, en 2000.

Le Canada était alors dirigé par Jay Triano.

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