•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jesse Owens et les 45 minutes qui ont changé l’athlétisme

Jesse Owens avec le maillot de l'Université d'État de l'Ohio en 1936

Jesse Owens avec le maillot de l'Université d'État de l'Ohio en 1936

Photo : Associated Press

Alexandre Couture

Il y a 85 ans aujourd’hui, l’Américain Jesse Owens réécrivait l’histoire sportive avec 4 records du monde en seulement 45 minutes aux Championnats universitaires d’athlétisme d’Ann Arbor, au Michigan.

C’était le 25 mai 1935. Un jeune Jesse Owens de 21 ans s’apprête à participer au Big Ten, une compétition annuelle prestigieuse.

L’Américain arrive alors avec une solide réputation, obtenue après un parcours rempli de succès au secondaire et à sa première année universitaire. Owens n’a toutefois pas encore connu la gloire que lui amèneront les Jeux olympiques de Berlin l’année suivante.

L’athlète originaire d’Oakville, en Alabama, n’est pas à son mieux en début de journée. Une blessure subie quelques jours plus tôt au bas du dos l’ennuie et l’idée de faire l’impasse sur la compétition lui traverse même l’esprit. Après avoir discuté avec son entraîneur Larry Snyder, il décide finalement de tenter le coup, une épreuve à la fois.

La prochaine heure fait partie des annales du sport.

Jesse Owens

Jesse Owens

Photo : Getty Images / Hulton Archive

Owens amorce sa journée historique à la course de 100 verges (91 m), avant laquelle il sent la douleur disparaître, comme par magie. Malgré un lent départ, il retrouve sa foulée habituelle dans le dernier tiers de la course et égale le record mondial de 9,4 s.

Deux des quatre juges notent un temps de 9,3 s, mais les règles stipulent qu’en cas de chronos différents, le moins rapide doit être utilisé.

Moins d’une dizaine de minutes plus tard, Owens est de retour sur la piste pour le saut en longueur. Pressé par les épreuves qui s’accumulent, l’Américain n’a le temps que pour un essai.

Il ne rate pas son coup avec un saut de 8,13 mètres qui fracasse le record du monde du Japonais Chuchei Nanbu de 15 centimètres. Owens est le premier à dépasser la barrière symbolique des 8 m et son record restera intact pendant plus de 25 ans.

Neuf minutes après son saut historique, il s’installe à nouveau sur les blocs de départ pour la course de 220 verges (qui se faisait alors en ligne droite aux États-Unis). Le futur médaillé olympique réussit un temps de 20,3 s, une nouvelle marque mondiale.

Il est maintenant 16 h, après une pause salutaire de quelques minutes, Owens se prépare pour le 220 verges haies (qui étaient alors plus basses d’environ 30 cm). Les haies ne sont pas sa spécialité, mais sa vitesse entre celles-ci lui permet de rivaliser avec n’importe qui. Encore une fois, la magie opère. Owens devient le premier à descendre sous les 23 s avec un temps de 22,6 s.

Jesse Owens (à gauche) en compagnie de Ralph Metcalfe

Jesse Owens (à gauche) en compagnie de Ralph Metcalfe

Photo : Getty Images / Keystone

C’est un quatrième record du monde en 45 minutes pour l’étudiant de deuxième année de l’Université d’État de l’Ohio.

Pour ajouter à l’exploit, plusieurs historiens du sport lui reconnaissent dorénavant les records du monde du 200 m et du 200 m haies pendant cette même journée. En raison de la différence métrique, ces records n’avaient pas pu être officialisés à l’époque.

Avec le dos en compote, Jesse Owens retourne péniblement au vestiaire sous les acclamations des 5000 spectateurs. La petite histoire veut qu’il ait dû utiliser la fenêtre du vestiaire pour échapper à la foule compacte.

Ce jour-là, le visage du sport a changé à tout jamais et la légende de Jesse Owens est née.

Un avant-goût des Jeux de Berlin

Les performances historiques d’Owens en 1935 ont préparé sa consécration l’année suivante.

Le sprinteur afro-américain est devenu une icône du sport en remportant quatre médailles d’or (100 m, 200 m, 4 x 100 m et saut en longueur) aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936, sous les yeux d’Adolf Hitler.

Il est devenu un symbole de la lutte contre le racisme, un peu malgré lui.

Il lui faudra toute une vie pour comprendre ce qu'il a représenté et ce rôle qu'il n'a pas su jouer. C'est ironique de le voir devenir ce symbole de l'antiracisme alors que c'était un pauvre garçon noir, qui s'est forgé tout seul, avait expliqué l’ancienne athlète Maryse Ewanje-Epée lors des commémorations des 40 ans de la mort d’Owens.

Jesse Owens lors de sa victoire au 100 m aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936.

Jesse Owens lors de sa victoire au 100 m aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936.

Photo : Getty Images / Keystone

Selon elle, le petit-fils d’esclave né sous le nom de James Cleveland Owens a néanmoins été un modèle pour une génération d’athlètes afro-américains issus de milieux difficiles.

Jesse Owens, c’est le symbole que l’on peut sortir de sa condition par le travail. C’est un vrai modèle, avait déclaré Ewanje-Epée, autrice du livre Jesse : la fabuleuse histoire de Jesse Owens.

En 1955, le président Dwight Eisenhower a honoré le sprinteur en le nommant ambassadeur du sport. Et il a reçu la médaille présidentielle de la Liberté des mains de Gerald Ford en 1976.

Le 31 mars 1980, à l’âge de 66 ans, Owens s’est éteint d’un cancer des poumons quelques mois après avoir fustigé la décision des États-Unis de boycotter les JO de Moscou.

Bien que l’histoire se souvienne des Jeux de Berlin, la véritable légende de Jesse Owens a pris son envol sur la piste d’athlétisme d’Ann Arbor, le 25 mai 1935.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Athlétisme

Sports