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chronique

Remplir des chandails : voilà le rôle du CH pour terminer la saison

Les joueurs du Canadien célèbrent un but.

Les joueurs du Canadien célèbrent un but.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

BILLET - Quand une équipe manque cruellement de profondeur et que ses joueurs de soutien ne sont pas de calibre, on dit de ces derniers qu’ils sont là uniquement pour « remplir des chandails », parce que l’entraîneur est obligé d’avoir 20 joueurs en uniforme.

La même chose se produit lors des camps d’entraînement. Il n’y a généralement qu’une poignée d’espoirs ou de nouveaux venus qui intéressent les dirigeants quand le camp se met en branle. Mais pour compléter les groupes d’entraînement et aider les partants à traverser le calendrier préparatoire, on invite un certain nombre de figurants qui remplissent joyeusement des chandails.

Tout cela nous ramène au plan de retour au jeu concocté par la LNH ces dernières semaines, et à propos duquel les joueurs sont en train de voter. Ce plan a été négocié par un comité mixte formé de dirigeants de la LNH, de représentants de l’Association des joueurs et d’un groupe restreint de joueurs, dont Connor McDavid et John Tavares, entre autres, faisaient partie.

Pour l’instant, la LNH apporte beaucoup moins de précisions sur des détails insignifiants comme la santé, la sécurité et la quarantaine des joueurs en temps de pandémie. On aura toutefois amplement le temps d’y revenir.


À la lumière des informations qui ont filtré de ces négociations, les membres du comité mixte se sont entendus sur une formule qui éliminera d’entrée de jeu les sept équipes les moins bonnes de la ligue. Ça signifie que les formations qui occupaient les 12 premières places de chaque association, quand les activités de la LNH ont été interrompues le 12 mars dernier, auront le droit de se battre pour l’obtention de la Coupe Stanley.

Avec raison, la présence du Canadien parmi ces 24 heureuses formations est très contestée. Quand la ligue a stoppé son calendrier, le CH accusait 10 points de retard sur le dernier rang donnant accès aux séries et il se dirigeait tout droit vers une médiocre récolte de 82 points. Les hommes de Claude Julien avaient autant de chance de participer aux séries que de remporter le gros lot de la Lotto Max deux semaines de suite.

Ilya Kovalchuk

Ilya Kovalchuk

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

À la date limite des échanges quelques semaines plus tôt, Marc Bergevin avait logiquement lancé la serviette en échangeant Ilya Kovalchuk aux Capitals de Washington, Marco Scandella aux Blues de Saint Louis et Nate Thompson aux Flyers de Philadelphie contre des sélections au repêchage. Si le DG du Tricolore avait su...

Les joueurs du CH ne sont pas dupes non plus. Il y a quelques semaines, le capitaine Shea Weber disait lui-même qu’il serait injuste pour les équipes qui étaient vraiment engagées dans la course aux séries que le Canadien obtienne une chance de se battre pour la Coupe. Phillip Danault et Brendan Gallagher donnaient aussi l’impression d’en avoir assez vu. Au lieu de revenir au jeu cet été en vitesse et en se préparant avec les moyens du bord, ils préféraient profiter d’un bon été d’entraînement et repartir sur de nouvelles bases la saison prochaine.


La LNH aurait aussi pu ne retenir que les 16 formations qui étaient qualifiées pour participer aux séries le 12 mars dernier, mais elle aurait ainsi créé une injustice encore plus grave.

Dans l’Ouest, par exemple, les Canucks de Vancouver occupaient le 9e rang avec 78 points, à égalité avec les Predators de Nashville. Le Wild du Minnesota venait tout juste derrière avec 77 points, tandis que les Coyotes de l’Arizona, avec 74 points en banque, pouvaient toujours rêver aux séries. Et dans plusieurs cas, ces faibles écarts s’expliquaient parce que les équipes n’avaient pas disputé le même nombre de matchs.

Certains accuseront la LNH d’avoir lancé l’intégrité du sport par-dessus bord et d’avoir bêtement pensé à ses finances en adoptant une formule à 24 équipes. Il est vrai qu’en maintenant les participations d’équipes comme le CH, les Rangers de New York et les Blackhawks de Chicago, la LNH permettra à ses télédiffuseurs — ses plus importants partenaires — de générer davantage de programmation et d’obtenir de meilleures cotes d’écoute.

Ce n’est certainement pas le premier stratagème douteux imaginé par la LNH pour mettre la main sur quelques dollars de plus. Mais en situation de pandémie susceptible d’ébranler le système économique de la ligue pour plusieurs années, qui osera lancer la première pierre? En quoi ce plan d’urgence est-il différent des nouveaux plans d’affaires que toutes les autres entreprises de la planète élaborent pour tenter de sauver les meubles?


D’un point de vue sportif, en principe, le CH ne devrait que faire acte de présence dans le scénario de retour au jeu imaginé par la LNH.

Histoire de se retremper dans le bain, les quatre premières formations de chaque association disputeront entre elles un tournoi à la ronde (3 matchs chacune). Pour qu’il y ait un enjeu, on se servira des résultats de ces confrontations pour redéfinir l’ordre des quatre premières têtes de séries au début des séries éliminatoires.

Taylor Hall et Carey Price

Taylor Hall (no 91) et Carey Price (no 31)

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Quant aux huit autres équipes de chacune des associations, elles participeront à un tour préliminaire trois de cinq, et les quatre équipes gagnantes obtiendront leur laissez-passer officiel pour les séries. Les affrontements seront déterminés en fonction de la position au classement des équipes : la 5e place affrontera la 12e, la 6e jouera contre la 11e, la 7e croisera le fer contre la 10e, et la 8e retrouvera la 9e.

Selon cette formule, en raison de sa 12e place, le Canadien se mesurera aux Penguins de Pittsburgh dans ce tour préliminaire. Et dans l’Ouest, les Blackhawks de Chicago (12e) se frotteront aux Stars de Dallas (5e).

Si tout se déroule logiquement, les équipes de bas de classement ne rempliront que des rôles de faire-valoir. Le Bleu-blanc-rouge et les Hawks baisseront pavillon, les séries éliminatoires s’en suivront normalement et personne n’aura quoi que ce soit à redire.

Le hic, c’est qu’au hockey, il n’y a rien de plus dangereux qu’une équipe qui n’a rien à perdre. Et que plus les séries sont courtes, plus elles sont imprévisibles. Sans compter tous les facteurs extérieurs attribuables à la pandémie et sur lesquels les joueurs et les équipes exerceront bien peu de contrôle : retour au jeu dans un contexte hautement compétitif devant des gradins vides après une longue période d’inactivité; danger accru de blessures; vie en quarantaine dans un milieu peu familier; changement des habitudes de vie en équipe, etc.

Dans un contexte normal, on se dit toujours que les meilleurs finiront par l’emporter. Mais cette année, ce seront probablement ceux qui sauront s’adapter le plus rapidement au chaos régnant autour d’eux qui soulèveront la coupe Stanley.

L’intégrité du sport est un concept assez vague et très malléable dans l’imaginaire collectif. Parions toutefois qu’il en sera énormément question si jamais le Canadien se met à connaître du succès et à expédier des équipes favorites en vacances.

Peu importe la qualité de leur parcours, il se trouvera toujours quelqu’un pour rappeler aux joueurs du CH qu’ils n’avaient pas mérité d’être là au départ. Ce qui sera par ailleurs rigoureusement exact.

Il sera intéressant de voir comment ils composeront avec cette situation fort peu enviable.

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