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Les nouvelles révélations de Lance Armstrong, loin d'être un « acte de repentance »

Lance Armstrong avec le maillot jaune du Tour de France, le 24 juillet 2002

Lance Armstrong avec le maillot jaune du Tour de France, le 24 juillet 2002

Photo : Associated Press / PETER DEJONG

« Quand me suis-je dopé pour la première fois? Je devais avoir 21 ans, c'était lors de ma première saison professionnelle. »

C’est par cet aveu-choc que commence le documentaire de la chaîne américaine ESPN qui a présenté un extrait de 30 secondes aux médias du monde entier. Après avoir avoué s’être dopé une première fois à l’émission d’Oprah Winfrey en 2013, l’ancien champion déchu récidive dans un documentaire diffusé en deux parties les 24 et 31 mai.

Ce qui est nouveau, c’est que Lance Armstrong se serait dopé dès le début de sa carrière professionnelle, donc pas seulement durant son apogée. Cette confession pourrait remettre en question son premier et seul titre mondial en 1993, à Oslo.

La chute de l’ex-vainqueur de sept Tours de France est due à un long travail d’enquête de deux journalistes, le Britannique David Walsh et le Français Pierre Ballester. Durant des années, ils ont recueilli des confidences d’ex-coéquipiers de l’Américain et de son entourage immédiat. En 2004, ils ont publié le livre L.A Confidentiel, les secrets de Lance Armstrong, qui révèle que le dopage et le Texan ne faisaient qu’un. Un ouvrage qui sera le début de la longue déchéance du cycliste rescapé du cancer et qui faisait l’admiration du public.

Radio-Canada Sports s’est entretenue avec Pierre Ballester, aussi ancien grand reporter du quotidien français L’Équipe, qui a réagi aux nouvelles révélations sur Armstrong avec rire et humour.

C’est peut-être l’effet du confinement! Je ne pense pas que cela soit un acte de repentance, c’est plutôt son art de faire le buzz pour réapparaître. Il distille une nouvelle information, mais, franchement, cela ne surprendra pas grand monde dans le monde du vélo. C’est un nouvel élément pour un tome 1, il y aura sans doute, un tome 2 et un tome 3!

Pierre Ballester

Durant des années, Ballester et Walsh ont réussi à faire parler des soigneurs, des mécaniciens, d’anciens coéquipiers, tout convergeait vers un dopage organisé et l’étau se resserrait de plus en plus sur l’Américain.

On savait que le dopage était largement ancré dans le monde du cyclisme et qu’il s’était propagé un peu comme le coronavirus sur l’ensemble des équipes. En ce qui concerne Lance Armstrong, tout a débuté après son titre mondial en 1993. Il était au top de sa forme, mais malgré cela, il n’arrivait pas à battre notamment les Italiens. Ce qui lui semblait curieux, c’est que quelques semaines avant des courses importantes, il arrivait à faire jeu égal avec eux. Mais lorsque se présentaient de grandes courses, il les perdait. Il va commencer à interroger ses coéquipiers pour découvrir que de nouveaux produits performants circulaient. Dès lors, il veut savoir qui les fournit? Quel produit? Comment les utiliser? Surtout, comment ne pas se faire prendre.

Lance Armstrong, en juin 2016

Lance Armstrong, en juin 2016

Photo : La Presse canadienne / Mark Bugnaski

C’était le chef de la mafia

Toutes les réponses, il les obtiendra du Dr Michele Ferrari, une sorte de docteur Mabuse du monde du sport qui sera d’ailleurs banni à vie. L’enquête des deux journalistes va aboutir à la sortie de L.A Confidentiel, les secrets de Lance Armstrong qui déclenche les foudres de celui qui a déjà remporté cinq Tours de France à l’époque.

Ah! Ça oui. Des poursuites, on en a eu et pas à vélo, dit avec ironie le journaliste français.

Il faut se rappeler que c’est Lance Armstrong. Il est Texan et, surtout, il bénéficiait d’une protection divine. C’était le chef du peloton, c’était le vainqueur du Tour. Il prédominait la scène avec cette certitude, cette suffisance. Il avait toujours le dernier mot. Alors, quand des voix s’élevaient un peu contre lui, il suffisait de les foudroyer du regard ou de les menacer pour les intimider. L’intimidation était dans son bagage, le mensonge aussi lui était très familier. Les omertas vivent de cela, vivent du mensonge. C’était le chef de la mafia!

Après la parution du livre, Lance Armstrong va poursuivre les deux journalistes et leur éditeur. Il veut dans un premier temps stopper sa diffusion, puis réclamer un droit de réponse. La justice française le déboutera à de nombreuses reprises. Loin d’être découragé, le champion, qui voit sa notoriété entachée, va réclamer, dans une nouvelle poursuite, deux millions de dollars en dommages et intérêts. Il subira un autre revers. Malgré toutes ces révélations, il continue de courir.

Lorsqu’en 2005, le journaliste Damien Ressiot, du journal L’Équipe, confond Lance Armstrong de prise d’EPO à plusieurs reprises sur le Tour de France 1999 avec des preuves irréfutables, autant l’USADA, l’Agence américaine antidopage, a lancé une enquête, autant l'Agence mondiale antidopage (AMA) n’a rien fait, ni même l’Union cycliste internationale (UCI). Une fédération dirigée par Hein Verbruggen qui a continué à le protéger. De protection en protection, il était considéré comme le Dieu vivant. Il aurait dû être disqualifié, sanctionné, perdre ses titres et rembourser ses primes. Il n’en a rien été, dit Pierre Ballester.

Il regarde devant lui pendant une compétition de vélo de montagne.

Lance Armstrong

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Il y a encore des choses à découvrir

Selon le journaliste français, tout n’a pas encore été dit sur ce scandale. Comme il se plaît à le dire : On a eu l'entrée, le plat principal, il ne reste que le dessert, ce sont les complicités. Il a bien fait des aveux devant les caméras d’Oprah Winfey et maintenant celles d’ESPN, mais comment a-t-il pu rester au sommet aussi longtemps sans véritablement être inquiété?

Il avait énormément de complicité et il le sait au premier chef. Il avait des complicités au niveau de la fédération internationale, il finançait le laboratoire attaché à l’UCI, là encore c’était une autre manière d’intimider. Ce sont des procédés mafieux d’une certaine manière. Il y avait donc des complicités actives et des complicités passives.

Pierre Ballester

Sur ces complicités passives, on peut parler de cascades. On peut parler des partenaires, des dirigeants des équipes qui se sont succédé, des organisateurs, des médias et même du public d’une certaine façon. Tout le monde a contribué à un certain laxisme. Dans 2 ou 3 ans ou dans 20 ou 30 ans, si Dieu lui prête vie jusque-là, Lance Armstrong nous proposera peut-être d’entrer dans les coulisses. Ce n’est pas parce qu’il est parti qu’il n’y a plus de dopage.

Pour Pierre Ballester, Armstrong n’incarne pas à lui seul le dopage, il n’en est que l’un de ses artisans. Finalement, il ne faisait qu’imiter les autres, sans véritable remède miracle. Des remèdes qui malheureusement existent toujours et des complicités aussi.

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