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Le DG montréalais de la formule E veut en faire un sport d’« avenir »

Un homme pose devant une monoplace.

Jamie Reigle, directeur général du Championnat de formule E

Photo : Formula E

Le Montréalais Jamie Reigle est devenu le directeur général de la formule E en septembre 2019 après avoir travaillé avec Manchester United et les Rams de Los Angeles de la NFL. Il explique à Radio-Canada Sports les objectifs du championnat, sa vision d'avenir et le partenariat avec l'UNICEF.

La formule E est une entreprise très différente, explique-t-il de son domicile à Hong Kong. C’est un sport, la course automobile, mais avec un alignement sur le côté des changements climatiques pour accélérer l’adoption des véhicules électriques.

Alejandro Agag (à droite) serre la main de Jamie Reigle devant une réplique grandeur nature d'une monoplace Gen 2 de formule E.

Le président fondateur Alejandro Agag (à droite) accueille Jamie Reigle dans la famille de la formule E en septembre 2019.

Photo : Formula E / Andrew Ferraro

C’est rare qu’un sport ait un but qui soit plus grand que le sport lui-même. Dans le hockey, dans le football, l'objectif c’est de gagner le match. Pour nous, on a le côté sportif, et le côté changement climatique qui est très important.

Il y a aussi le fait que le championnat de formule E est encore très jeune, mais sa progression a été constante. Après six saisons, il est déjà présent dans 12 pays, en Europe, en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et du Sud.

Pour la saison 2019-2020, deux constructeurs se sont ajoutés, Mercedes-Benz et Porsche, pour porter le total d'entreprises automobiles inscrites à sept. Il y a 12 équipes en lice.

On est au début de notre mission, explique Jamie Reigle. C’est un sport, mais dans un contexte de start up (entreprise innovante en démarrage), on a encore beaucoup d’opportunités de croissance du côté médias, du côté commandites, du côté licensing (l'usage d'une licence de marque par le détenteur des droits).

Nous ne sommes pas encore un sport comme la NFL, la Premier League ou la F1 pour le nombre d’amateurs qui nous suivent, précise le dirigeant québécois. On n'en a pas assez. Mais notre offre est très particulière dans le monde du sport. On peut faire de l’expansion dans d’autres pays, dans d’autres villes, parce que le défi qu’on veut relever, c’est un défi global.

Avec une offre différente des autres championnats de sport automobile, des circuits urbains, un calendrier d'hiver, le surplus d'énergie électrique à la demande des amateurs (Fanboost), la formule E veut se distinguer de la F1 qu'elle ne veut surtout pas concurrencer.

Quand tu es entrepreneur et que tu pars ta société, tu ne veux pas faire concurrence aux grosses compagnies qui existent depuis 50 ans, affirme M. Reigle.

On ne veut pas déplacer la F1, insiste-t-il, on a un énorme respect. La F1 a 70 ans d’histoire, de championnats, de champions, tout l’historique. J’avais ça chez Manchester United quand j'y travaillais, on n’a pas ça en FE.

Mais pour nous, on a l’avenir, lance Jamie Reigle. On peut définir notre trajectoire pour nous-mêmes.

La formule E a comme meilleur argument de vente les changements climatiques et les changements réglementaires et gouvernementaux concernant les véhicules électriques.

On prouve la pertinence des véhicules électriques et on a une plateforme de marketing et médias pour raconter des histoires aux consommateurs, précise le dirigeant canadien. L’audience qu’on aborde est plus jeune et plus urbaine.

Jamie Reigle regarde à la caméra, de face, et sourit pendant une entrevue à Radio-Canada.

Jamie Reigle en entrevue à Radio-Canada de son domicile de Hong Kong

Photo : Société Radio-Canada

La F1 a compris dès 2014, avec l'arrivée du championnat de formule E, qu'elle devait elle-même évoluer. L'arrivée des moteurs hybrides turbocompressés, avec des systèmes plus perfectionnés de récupération d'énergie, a permis à Mercedes-Benz de s'illustrer avec Lewis Hamilton.

C’est évident que la F1 fait beaucoup de changements. Les budgets sont très élevés et il y a beaucoup de pression des écuries pour les réduire.

Pour nous aussi, c’est la réalité, fait-il remarquer. On est en discussion avec les équipes, les constructeurs, sur le côté budgétaire, même si nous, on est beaucoup plus bas. C’est la réalité dans laquelle on se trouve en ce moment.

Les budgets en F1 et en FE ne sont pas comparables. La formule E avait mis en place avant la saison inaugurale un plafond budgétaire annuel de 4,5 millions de dollars canadiens pour les dépenses opérationnelles (ce qui excluait les dépenses liées au travail sur les monoplaces).

Selon le magazine Forbes, le constructeur britannique Jaguar aurait dépensé 11,7 millions pour la saison 2017-2018.

En 2018, l'écurie de F1 Ferrari a dépensé, en 2018, 420 millions de dollars (excluant la production des moteurs pour les équipes clientes).

La formule E Gen 2 (de deuxième génération) aux mains de Nico Rosberg à Berlin

La formule E Gen 2 (de deuxième génération) aux mains de Nico Rosberg à Berlin

Photo : Formula E / Zak Mauger

Mercedes-Benz a choisi de se joindre à la FE en 2019 à titre de constructeur, et malgré l'imposition d'un plafond budgétaire en F1 de 145 millions dès 2021, il est question que la maison-mère allemande, Daimler, décide de quitter la F1 à la fin de 2021, avant l'introduction de la nouvelle génération de monoplaces qui coûtera cher en développement. Tout comme Renault d'ailleurs.

Les constructeurs traditionnels, Audi, BMW, Mercedes-Benz, voient qu’il y a une opportunité dans le marché, parce que l'Américain Tesla l’a montré avec ses ventes, donc ils commencent à développer ces voitures-là, dit Jamie Reigle. Ces constructeurs vont arriver avec 15 à 20 modèles dans les trois prochaines années. Il faut qu’ils développent la technologie, ils ont déjà les modes de fabrication très forts.

Il faut aussi développer le côté marketing. C’est à ce niveau-là que la FE a une pertinence très importante pour ces compagnies-là.

Assurer une visibilité en piste et hors piste

Comme le hockey au Québec, le soccer en Grande-Bretagne, la F1 est connue dans plein de pays, indique Jamie Reigle. Quand vous avez la passion des amateurs qui regardent et qui sont fidèles aux rendez-vous, c’est ce qu’on appelle l'appointment viewing.

Les gens au Québec vont regarder les matchs du Canadien, ils savent c'est quel jour, quelle heure, et ils vont regarder le résumé du match la journée d’après. On n'est pas encore rendu là avec la FE. On a beaucoup de boulot à faire pour se rendre là, admet-il.

C’est notre but à long terme. Et ce sont les attentes qu’ont les constructeurs pour notre championnat, ajoute le dirigeant québécois. Ils veulent voir de grandes foules pour regarder les courses.

Le Néerlandais Nyck de Vries saute de sa Mercedes-Benz lors de la course de formule E de Mexico.

Le Néerlandais Nyck de Vries saute de sa Mercedes-Benz lors de la course de formule E de Mexico.

Photo : Getty Images / Hector Vivas

Au Mexique, en février, la course de FE a réuni 45 000 personnes dans les gradins du circuit utilisé aussi pour la F1, quoique plus court. Le Néo-Zélandais Mitch Evans (Jaguar) l'a emporté devant le Portugais Félix da Costa (DS Techeetah) et le Suisse Sébastien Buemi (Nissan e.dams).

On a des pilotes de caractère, on a les équipes, les constructeurs qui sont bien connus, on a les circuits qui sont connus, on va dans des pays qui aiment le sport motorisé. On a les ingrédients pour commencer à construire un sport qui va être très suivi comme le hockey de la LNH ou le football de la NFL.

Avec l’UNICEF pour deux raisons

La pandémie planétaire a frappé très tôt le championnat de formule E, qui a annulé dès le 2 février sa course en Chine. La saison s'est arrêtée après cinq courses. Il en faut six pour qu'il y ait un champion officiellement reconnu par la FIA.

On aimerait en faire plus que six, et on a confiance de pouvoir en faire à la fin de l’été. Mais d'ici là, comment peut-on garder avec nous les amateurs, les commanditaires et les médias? On a commencé une initiative eSports, explique le directeur général du championnat.

Elle s'appelle Race at home challenge (défi de course à la maison).

Beaucoup de championnats automobiles ont fait des initiatives similaires. Alors on doit se démarquer, car sinon on est une copie ou un little brother de la F1, ça n’intéresse pas beaucoup, fait-il remarquer. On a donc décidé de faire un partenariat avec l’UNICEF.

Le championnat de FE utilise toutes ses plateformes pour garder son noyau d'amateurs et pour aider l'UNICEF et les enfants à continuer leur scolarité malgré la fermeture des écoles. Le partenariat avec l'UNICEF a commencé par une contribution financière, mais va beaucoup plus loin.

Ce n’est pas juste une levée de fonds, toutes nos plateformes de réseaux sociaux nous permettent de raconter des histoires. On a fait des vidéos avec les pilotes, et ce sont des histoires qui sont pertinentes dans le cadre du défi d’aider les enfants, précise M. Reigle.

La formule E partenaire de l'UNICEF par le biais de son initiative virtuelle eSports

La formule E partenaire de l'UNICEF par le biais de son initiative virtuelle eSports

Photo : Formula E - UNICEF

Notre série eSports permet de recueillir des fonds pour l’UNICEF en plus de notre contribution initiale, explique le directeur général. Les pilotes contribuent à l'aide à l'UNICEF. Et pour chaque course, il y a un mécanisme de levée de fonds qui est intégré au jeu pour que les amateurs soient bien au courant.

Chaque semaine, par le biais du choix du pilote de la semaine ou du détenteur de la pole position, le championnat de formule E recueille entre 1000 et 2500 euros (entre 1525 et 3810 $ CA) pour l'UNICEF.

L'organisme humanitaire dit que l'impact de la pandémie sur les familles à faible revenu est énorme. Il aurait besoin de 2,4 milliards de dollars canadiens.

On comble une toute petite partie de cet effort, précise Jamie Reigle. Mais ce qu’aime l’UNICEF, c’est d’utiliser le pouvoir du sport pour inspirer. Et nos pilotes ont ce pouvoir d'inspirer, c'est pour cela qu'ils sont les porte-parole de notre campagne.

Le championnat a plusieurs scénarios pour finir la saison 2019-2020, dont celui de trouver un circuit qui permettrait d'organiser une demi-douzaine de courses en quelques jours. Vraisemblablement un circuit routier en Grande-Bretagne, si les directives sanitaires gouvernementales le permettent.

On n’a pas autant de revenus qui viennent des médias et de la vente des billets, précise, les grandes ligues comme le hockey ou le football américain ont des gros contrats de télédiffusion, et si tu ne présentes pas d’événements, c’est clair qu’il y a des remboursements qui sont dus. Pour la FE, ce chiffre d’affaires est petit, donc c’est moins problématique pour nous, conclut-il.

Avec la popularité croissante du championnat, de plus en plus de pays veulent organiser des courses de FE, et il faut tenir compte des marchés importants pour les véhicules électriques. Le dirigeant canadien veut s'attaquer aux territoires américains. C'est dans ce contexte qu'un retour de la formule E à Montréal n'est pas inconcevable.

Ce sera le sujet du prochain article relatant notre conversation avec Jamie Reigle.

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