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Arslanbek Makhmudov, un appétit d’ogre pour la victoire

Il pose torse nu en exhibant ses muscles.

Arslanbek Makhmudov

Photo : PAUL DOUMIT - EOTTM

Jean-François Chabot

Son physique intimide ses adversaires. La vigueur de ses coups ne pardonne pas. Mais outre sa fiche parfaite et ses origines, on en sait très peu sur Arslanbek Makhmudov.

Natif d’un village des montagnes du Caucase en Ossétie du Nord-Alanie, une république autonome de Russie, c’est à Mozdok qu’il a grandi et vécu sa jeunesse et son adolescence.

Cette ville d’environ 40 000 habitants, dont le nom signifie forêt dense, a déjà abrité une base aérienne.

Benjamin et unique garçon d’une famille de cinq enfants, il apprend très vite à faire sa place dans un environnement rude.

Son père chauffeur d’autobus et sa mère institutrice le voient souvent se battre dans la rue ou dans la cour d’école, où il se défend, parfois tant bien que mal, avec une mentalité où prévaut la loi du plus fort.

Je me battais souvent quand j’étais jeune. Ça fait partie de notre culture. Vous devez montrer de quoi vous êtes capable. C’est comme ça que vous affichez votre virilité et votre puissance.

Arslanbek Makhmudov

Son entraîneur Marc Ramsay confirme ce trait de caractère qu’il observe chez tous les boxeurs originaires de cette partie du globe.

C’est vrai pour tous ceux que j’ai côtoyés et qui venaient du Caucase, qu’ils soient de Tchétchénie ou d’Ossétie. C’est une culture qui aide beaucoup les entraîneurs. Il y a un côté, je ne dirais pas macho, mais un côté très "homme" dans tout ça. Je n’avais pas vu ça dans d’autres cultures auparavant. Ils ont un tempérament très agressif, très bouillant. C’est à moi de faire en sorte que le boxeur contrôle l’agressivité et pas le contraire, admet Ramsay.

Il roue de coups son adversaire.

Arslanbek Makhmudov en action au Casino de Montréal en 2018

Photo : Vincent Ethier - EOTTM

C’est parce qu’elle n’en pouvait plus de le voir se bagarrer sans cesse que la mère d’Arslanbek Makhmudov l’a confié à un oncle qui avait un ami qui gérait un petit gymnase de boxe. Le garçon n’avait alors que 9 ans.

Jusque-là, comme la plupart des gamins de son âge, il avait déjà joué au soccer ou fait un peu de vélo.

Ce gymnase était vraiment petit. Il était situé au sous-sol d’un immeuble. Je me souviens qu’il n’y avait qu’un seul sac de sable. Ça devait être un endroit très pauvre. J’ai quand même apprécié l’impression que j’ai eue en enfilant les gants pour la première fois, précise-t-il.

Les idoles des autres

Contrairement à ce que l’on entend souvent, Arslanbek Makhmudov était encore trop jeune quand il a commencé à boxer pour avoir des sportifs célèbres qu’il souhaitait émuler.

Son oncle lui parlait bien de Muhammad Ali ou de Mike Tyson en affirmant qu’il pourrait devenir un grand champion, comme eux. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a pu regarder des vidéos pour les voir à l’œuvre.

Parmi les pugilistes plus récents, il dit avoir suivi les exploits de Kostya Tszyu, des frères Klitschko, du Britannique Lennox Lewis et de l’Américain Roy Jones.

Il souligne que, comme bien de ses copains d’adolescence, il s’émerveillait davantage devant les prouesses des acteurs de films d’action et d’aventure comme Jean-Claude Van Damme ou Sylvester Stallone.

Après une belle carrière amateur qui l’a vu mettre la main sur le titre des Championnats mondiaux universitaires, Makhmudov fait un passage remarqué au sein de la World Series of Boxing (WSB), un circuit semi-professionnel. Il a alors 21 ans.

Il perd trois de ses quatre premiers duels, mais il y compilera tout de même une fiche très respectable de 13-3 avec 8 victoires avant la limite.

La confiance avant tout

C’est parce qu’il n’avait pas des expériences très heureuses dans sa recherche d’un gérant et d’un promoteur du côté américain qu’il s’est tourné vers Artur Beterbiev, qu’il avait déjà côtoyé au sein de l’équipe nationale russe.

Celui qui est maintenant champion unifié de l'IBF et du WBC des mi-lourds était déjà établi à Montréal. Il a promis à Makhmudov de l’aider. Et il a tenu parole. Beterbiev l’a présenté au promoteur Camille Estephan d’Eye of the Tiger Management (EOTTM) et à Marc Ramsay.

Depuis le mois de décembre 2017, Makhmudov a livré 10 combats. Il les a tous gagnés. Aucun n’a atteint la limite. Même s’il affirme se préparer chaque fois pour aller à la limite, un seul de ses combats a dépassé le troisième round.

Arslanbek Makhmudov en conférence de presse

Arslanbek Makhmudov se voit champion du monde d'ici deux ans.

Photo : Vincent Ethier - EOTTM

Le jeu de l’intimidation

Personne ne peut rester de glace face à la montagne de muscles qui se dresse devant vous lorsque Makhmudov monte dans un ring.

Son regard et sa physionomie en apparence impassibles donneraient froid dans le dos à n’importe qui. Le colosse en est conscient et il s’en sert bien.

Rien que la façon qu’il a d’enjamber la plus haute corde pour entrer dans l’arène a de quoi impressionner.

Je fais ça parce que c’est plus confortable pour moi. Je suis là pour faire mon travail. Certains peuvent penser que je suis une espèce de monstre, ou même un peu fou. Mais je ne fais que mon travail, dit-il.

Il admet toutefois qu’il aime bien ce moment précis où il se retrouve en face de son adversaire à quelques secondes du début d’un combat.

Je veux qu’il sente que je suis là pour gagner, que je suis prêt à tout pour y parvenir. Je veux qu’il sache que ça va faire mal et que je m’apprête à le démolir.

Arslanbek Makhmudov, boxeur

Il ne sent pas que ses succès amènent une pression additionnelle. Il dit être venu ici pour devenir un champion et c’est précisément là où il se voit d’ici deux ans. Déjà, il a mis la main sur la ceinture des lourds de la NABF, ce qui lui procure un classement parmi les 15 meilleurs du monde.

Tout juste avant l’éclosion de la COVID-19, Makhmudov et EOTTM ont paraphé une entente avec le promoteur américain Golden Boy qui lui ouvrira les portes du marché mondial, avec les budgets nécessaires pour organiser des combats d’importance.

Avec la situation actuelle, personne n’est sûr de rien. Mais je pense que d’ici un an ou deux, je vais y arriver. Dès mon prochain combat, je devrais affronter un adversaire de renom. Mais pour un titre mondial, disons d’ici deux ans. Je n’aurai pas besoin d’attendre d’avoir livré 40 ou 50 combats pour obtenir ma chance.

Arslanbek Makhmudov

Makhmudov est sans complexe quand on évoque la possibilité pour lui d’affronter Tyson Fury, Deontay Wilder ou Anthony Joshua. Il est convaincu qu’il peut les battre comme il a vaincu tous ceux qui se sont dressés devant lui à ce jour.

Ce sera pareil. Peu importe l’adversaire, j’y vais pour la victoire écrasante. Je pense que je peux tous les battre et je sais comment je m’y prendrais contre chacun d’entre eux. Si je ne pensais pas comme ça, il faudrait que j’arrête de boxer, déclare-t-il.

L’entraîneur Marc Ramsay croit que Makhmudov a les outils qu’il lui faut pour y arriver.

Il n’a aucun complexe d’infériorité, fait-il remarquer. Il est conscient qu’il possède les habiletés pour boxer à ce niveau-là. C’est un gars intelligent qui comprend que chaque cas, qu’il s’agisse de Fury, de Wilder ou de Joshua, il y a des problématiques et des solutions. Il faut juste bien se préparer et avoir le bon plan d’attaque.

L'arbitre lève le bras du boxeur en signe de victoire.

Arslanbek Makhmudov lors de sa défense de son titre de la NABF des poids lourds, au Centre Bell, en décembre 2019

Photo : Vincent Ethier - EOTTM

Heureux en famille

Il a d'abord séjourné seul à Montréal pendant près de deux ans, puis sa conjointe Leila est venue le rejoindre avec leur fille aînée. Depuis, la famille s’est agrandie avec la naissance d’un fils.

Makhmudov adore le calme de la vie montréalaise. Il aime la façon dont les gens d’ici font preuve de respect entre eux. Au point où il songe déjà à faire venir ses parents ici.

Médecin de l’autre côté de l’océan, Leila s’est heurtée à la non-reconnaissance de ses diplômes. Avec deux jeunes enfants en bas âge, elle ne se voyait pas retourner aux études pour une autre décennie. Elle compte tout de même, dans un avenir prochain, s’inscrire pour obtenir un certificat d’infirmière.

En attendant, Arslanbek Makhmudov prépare son ascension. Ne soyez pas surpris si vous le croisez dans un parc de Montréal au cours des prochains jours.

Il sera probablement en train de frapper dans les mitaines que lui présentera Marc Ramsay.

N’entendez-vous pas le son des coups qui résonnent au loin?

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