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Chez Ménick et le retour des beaux jours

Le salon de barbier Chez Ménick, véritable institution dans le quartier Rosemont.

Le salon de barbier Chez Ménick, véritable institution dans le quartier.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Couture

Alexandre Couture
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Samedi matin, la vie s’active tranquillement sur la rue Masson. Les premières journées ensoleillées de l’année réveillent le quartier du Plateau–Mont-Royal, endormi depuis près de deux mois en raison du coronavirus.

Quelque chose cloche encore pourtant. Chez Ménick, salon de barbier emblématique du coin qui a habituellement l'air d'une véritable fourmilière, est toujours fermé. Sur la porte d’entrée du commerce bleu-blanc-rouge, une note manuscrite souhaite aux clients la santé et un retour à la normale le plus tôt possible.

À une dizaine de kilomètres au nord, Dominique Perrazino, mieux connu sous le nom de Ménick, ronge son frein en attendant le retour des beaux jours. Joint au téléphone entre deux parties de cartes avec sa femme Brigitte et un vieux match du Canadien, dans le temps qu’on gagnait des Coupes Stanley, rappelle-t-il, Ménick affiche sa bonne humeur légendaire.

Bien sûr que j’ai le temps pour une entrevue, on n’a rien d’autre à faire de toute manière, lance-t-il en riant.

Celui qui s’est fait connaître avec sa personnalité tout aussi colorée que les murs de son salon de barbier sportif a dû mettre temporairement la clé dans la porte au début mars, une première en plus de 60 ans.

Depuis, Ménick profite de rares vacances. Avant que la pandémie force la fermeture de tous les commerces jugés non essentiels, l’homme aux 1000 anecdotes travaillait encore cinq jours par semaine. Ce sont surtout les échanges amicaux qui ponctuaient sa routine quotidienne qui lui manquent.

Les habitudes ne sont plus les mêmes du tout, avant je me levais de bonne heure, j’allais déjeuner avec mes amis, j’allais travailler toute la journée au salon, explique-t-il. Le soir, j’allais au hockey, j’avais toujours quelque chose à faire. Là, je suis réellement au neutre depuis trois mois.

J’appelle mes chums, je parle régulièrement à Michel Bergeron, Rodger Brulotte, Gilles Lupien, Réjean Houle, les gars, on se donne des nouvelles comme on peut. On ne peut pas manger ensemble, on ne peut pas se rencontrer, c’est malheureux, mais on s’arrange.

Une note manuscrite souhaite la santé et un retour rapide aux clients de Chez Ménick.

Une note manuscrite souhaite la santé et un retour rapide aux clients de Chez Ménick.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Couture

Une chose est certaine pour Ménick : la fermeture temporaire de son salon n’est pas la fin du monde. Il est conscient que les conséquences de la COVID-19 sur sa vie sont bien minces en comparaison avec d’autres.

Moi, à mon âge, j’ai été 60 ans en affaires, là, je relaxe un petit peu, dit-il. Je me trouve un peu égoïste que ça aille bien pour moi, pendant qui en a plusieurs qui en arrachent.

C’est sûr qu’il y a des journées que tu trouves ça plus long, mais on ne peut pas se plaindre quand on se compare. Que ça soit le monde dans les CHSLD, les étudiants avec les écoles fermées, les parents qui ont de jeunes enfants à la maison, je pense surtout à eux.

Le barbier des sportifs, entre fidélité et camaraderie

Il n’est pas rare d’apercevoir Ménick, café à la main, discuter avec les passants de la rue Masson. Le barbier des sportifs est devenu un incontournable pour les amateurs de sports montréalais.

Ouvert en 1959, avec un budget initial de 400 $, son établissement est entré dans le folklore sportif de la ville. Plusieurs anciennes vedettes du Canadien y sont passées au cours des dernières décennies. Les murs du salon sont tapissés de souvenirs, comme un hommage aux années glorieuses de l’organisation montréalaise.

J’ai une clientèle fidèle depuis 60 ans, je suis choyé. Vu que je suis toujours là, je suis toujours disponible, c’est plus facile de garder ses clients. Guy Lafleur par exemple, il vient me voir depuis qu’il a quitté les Remparts de Québec au début des années 1970. Certains clients, j’allais à la petite école avec eux, on se connaît depuis toujours.

En plus de sa célébrissime clientèle, Ménick peut compter sur des clients fidèles au poste. L’homme de 79 ans est fier de pouvoir dire qu’il a coiffé trois générations d’une même famille. En attendant son retour, les habitués commencent à trouver le temps long.

« L’autre jour, je suis allé au salon, voir si tout était correct. Un de mes clients était là et me disait : “je m’ennuie de ta voix, d’habitude t’es dehors et tu parles avec tout le monde. Ta présence nous manque.” J’avais trouvé ça touchant. »

— Une citation de  Ménick
L'enseigne de Chez Ménick est bien connue à Montréal.

L'enseigne de Chez Ménick est bien connue à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Couture

Un deuxième chez-soi

Ménick ne se fait pas d’illusions, il sait que la réouverture des salons de coiffure n’est pas pour demain, surtout dans le contexte de la ville de Montréal, épicentre du coronavirus au Canada.

Je pense qu’on va être dans les derniers. Les dentistes, les barbiers, ces services-là de proximité vont être dans les derniers à fonctionner normalement d’après moi. C’est la première fois qu’on vit tout ça. Il n'y a rien d’autre à faire qu’être patients.

Cette pause forcée lui donne-t-elle le goût de raccrocher ses ciseaux pour de bon?

La situation actuelle me force à être à ma retraite, mais je me rends compte que je n’aimerais pas l’être (rires). Je suis comme à la retraite, j’en profite pour relaxer, mais c’est différent parce que je sais que je vais recommencer à travailler éventuellement. Si j’avais pris ma décision, disons, il y a trois mois, quand tout a commencé avec la COVID, ouf! J’aurais pris une mauvaise décision.

Parce qu’au-delà des cafés filtres, des conversations autour des joueurs du quatrième trio du Canadien et des nouvelles du voisinage, Chez Ménick est un lieu de rencontre, une deuxième maison pour bien des clients. Et après des mois d’isolement et de distanciation sociale, le salon prendra toute son importance, selon lui.

« Oui, je pense que le client ne va pas juste venir se faire couper les cheveux, il va venir pour jaser (rires). Il y a beaucoup de choses qui arrivent dans le monde, on ne manquera pas de sujets à discuter. Les journées vont passer vite. J’ai hâte. »

— Une citation de  Ménick

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