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chronique

La révolution MJ : il y a 35 ans, Michael Jordan était nommé recrue de l'année

Le 16 mai 1985, Michael Jordan est nommé recrue de l'année dans la NBA.

Le 16 mai 1985, Michael Jordan est nommé recrue de l'année dans la NBA.

Photo : Getty Images / Jonathan Daniel

Olivier Paradis-Lemieux

BILLET - Quand Michael Jordan prend sa retraite en 1998 (ses années avec les Wizards n’ont jamais existé, NDLR), la NBA a été profondément transformée par son empreinte. Mais il n’a pas attendu de gagner son premier championnat pour forcer la ligue à entrer dans la modernité. La première saison de la carrière du meilleur joueur de l’histoire, couronnée il y a 35 ans aujourd’hui par le titre de recrue de l’année le 16 mai 1985, n’était pas annonciatrice de la révolution à venir. C’était la révolution.

La NBA que prend d’assaut Michael Jordan en 1984 n’a rien à voir avec la ligue que l’on connaît aujourd’hui. De nombreuses équipes, dont les Bulls de Chicago, jouent dans des arénas à moitié ou même au quart vide, le contrat de télévision est famélique et la finale de la ligue est diffusée en différé. Nous sommes bien loin d’une industrie plusieurs fois milliardaire et globalisée.

Depuis le début de la décennie, les duels entre Magic Johnson des Lakers de Los Angeles et Larry Bird des Celtics de Boston ont sauvé la ligue du marasme dans lequel la NBA a traversé les années 1970, alors que ses joueurs les plus spectaculaires, Julius Erving en tête, jouait dans l’ABA rivale, défunte en 1976.

Le jeu spectaculaire des Showtime Lakers du charismatique Johnson et le flegme scientifique de Bird ont ramené l’intérêt des amateurs, mais les deux visages de la ligue à ce moment sont d’abord et avant tout des joueurs d’équipes et se fondent dans l’image voulue dans les bureaux de la NBA à New York.

Michael Jordan arrive dans la NBA avec la volonté de s’établir comme une marque distincte de celle de la ligue, personnelle et indépendante, sous son impulsion et celle de son agent, David Falk.

Or, il faut se rappeler que MJ n’était qu’un espoir en 1984. Certes, il avait eu une carrière universitaire de premier plan, réussissant le panier final du championnat national en 1982 pour les Tar Heels, mais des doutes subsistaient sur sa capacité à performer dans la NBA, surtout après l’échec hâtif de la Caroline du Nord lors du tournoi national en 1984.

Trop svelte selon certains, pris entre deux positions pour d’autres, hyper-athlétique, mais avec un tir défaillant encore, les critiques des sceptiques étaient nombreuses et pas forcément déplacées. Ces failles, ce seront les principaux points sur lesquels travaillera Jordan avant de gagner un premier championnat de la NBA en 1991.

Et puis en 1984, la NBA était encore une ligue où les équipes championnes possédaient toutes un centre dominant. Même si certains gardes, d’Oscar Robertson à Jerry West en passant par le susnommé Magic Johnson, ont été au coeur d’équipes championnes, suivre l’histoire du basketball professionnel jusqu’alors était retracer celle des mastodontes qui s’enracinaient dans la clé.

Il paraît évident aujourd’hui de commencer tous les repêchages imaginaires, que ce soit pour affronter des extraterrestres ou des pixels sur les écrans, par Michael Jordan. Mais en 1984, il n’y avait rien de scandaleux à voir le garde de la Caroline du Nord glisser au 3e rang.

Ils tiennent un ballon pour la photo.

David Stern entouré de Sam Bowie et Hakeem Olajuwon les deux premiers choix du repêchage 1984. Déjà avec l'équipe américaine, Michael Jordan n'est pas présent.

Photo : Associated Press / Marty Lederhandler

Hakeem Olajuwon est le premier joueur appelé au repêchage tenu le 19 juin 1984. Le centre nigérian au jeu de pied sans égal, joueur le plus utile de la NBA lors de la semi-retraite de Jordan en 1994, est encore aujourd’hui l’un des meilleurs premiers choix de l’histoire. Le directeur général des Bulls à l’époque, Rod Thorn, déclarait même à l’époque que s’il avait pu parler en premier, Olajuwon aurait été sa sélection. Le pauvre Sam Bowie est le choix subséquent, et c’est vers ce centre lourdaud à la carrière marquée par les blessures que l’on dirige surtout le ridicule d’avoir boudé Jordan.

Toutefois, dès l’été 1984, avant même de jouer un seul match dans la NBA, Michael Jordan montre à ses sceptiques qu’ils ont peut-être commis une grave erreur de le sous-estimer.

Les Jeux olympiques de Los Angeles sont la première occasion pour Jordan de s’illustrer en étant libéré du joug de son entraîneur avec les Tar Heels.

Il n’y a qu’une personne au monde qui peut ralentir Michael Jordan : Dean Smith, disait-on à l’époque. Un juron à la fois, Bob Knight va prendre le relais du vénérable entraîneur de la Caroline du Nord, nourrissant la passion sans borne du garde de 21 ans pour la compétition qui fera sa renommée.

L’amateurisme étant encore un des critères observés par le Comité international olympique, l’équipe américaine était constituée de joueurs collégiaux ou en voie de devenir professionnels, comme Jordan, mais aussi Chris Mullin et Patrick Ewing. C’est sans jamais être inquiétés qu’ils ont remporté l’or olympique, mais c’est à l’entraînement que Jordan va annoncer la tornade qui s’apprête à balayer la NBA.

Dans cette équipe de jeunes étoiles triées sur volet – dont Karl Malone, Charles Barkley et John Stockton ont même été écartés – Michael Jordan mène le bal avec ses contorsions et ses dunks tonitruants. Chaque journée, disent ses coéquipiers, est l’occasion d’un nouveau spectacle de haute voltige.

Son athlétisme effarant permet à l’équipe américaine de battre à répétition dans des matchs de démonstration avant les JO une équipe formée de joueurs vedettes de la NBA, dont Magic Johnson et Isiah Thomas.

Un match de basketball

Huit ans avant la Dream Team, Michael Jordan représente l'équipe américaine aux Jeux olympiques de 1984.

Photo : Getty Images / AFP

Dans ses pieds pendant tout cet été : des Converse (dont un exemplaire a été vendu près de 200 000 $ en 2017). Le détail peut sembler innocent, la marque, qui attire surtout aujourd’hui les amateurs du style rétro, chausse un grand nombre de vedettes de la NBA alors. Elle fait une offre à Jordan, 100 000 $ par an, une coquette somme, mais il n’aurait été qu’un autre des membres de l’écurie toute étoile de Converse.

MJ est en quête d’un commanditaire qui pourra le détacher du lot. Et il n’a qu’un mot en tête pour son passage dans la grande ligue : Adidas.

L’intérêt ne sera pas réciproque et changera le cours de l’histoire du marketing sportif.

Il est impossible de spéculer sur ce qu’aurait été l’impact culturel de Michael Jordan si le puissant équipementier allemand avait égalé les 5 ans et 2,5 millions de dollars de son contrat avec Nike, tant la destinée de MJ et de ce qui était alors une petite entreprise de l’Oregon sont liés. Ils partagent encore aujourd’hui un même désir de vaincre leurs adversaires, que ce soit sur le terrain... ou en bourse.

Nike va tout miser sur sa charismatique pupille en multipliant, presque à l’excès, les campagnes publicitaires dès la première année.

Au passage, le duo va écraser quelques orteils.

Les premiers Air Jordan sont colorés, distinctifs dans un univers uniforme où les individualités sont tempérées. La NBA, nouvellement dirigée par David Stern, l’empêche de les porter, le menaçant même d’une amende de 1000 $ pour la première offense et de 5000 $ par la suite.

Ce bras de fer entre Nike, Jordan et la NBA finira à l’avantage des innovateurs, tout en contribuant au coup de publicité. Tout le monde veut porter les souliers interdits de celui qui vole déjà au-dessus des autres et les profits de l’équipementier pour la seule marque Jordan la première année sera de 126 millions de dollars, au-delà des plus hautes espérances.

Sauf que Jordan n’est pas qu’un espoir prometteur à l’image recherchée.

Dieu déguisé en Michael Jordan dira de manière fort célèbre Larry Bird en 1986 lors de leur première confrontation en série – phrase que les documentaristes du phénomène télévisuel du printemps, The Last Dance, ont réussi pour une rare fois à arracher à nouveau à la légende des Celtics –, mais la rumeur divine circule déjà dans l’antichambre de la NBA lors de sa saison recrue.

Michael Jordan est en couverture

La couverture du Sports Illustrated du 10 décembre 1984

Photo : Sports illustrated

Dès décembre 1984, quand Jordan fait la une de Sports Illustrated, qui titre A Star is Born (une étoile est née), Alexander Wolff écrit qu’il possède des habiletés données par Dieu jamais vues depuis Oscar Robertson.

Michael Jordan n’est alors dans la ligue que depuis deux mois.

Ses acrobaties et son dynamisme sont inédits dans la NBA. Son premier pas est tellement explosif que d’aucuns soupçonnent qu’il commet une faute en amenant le ballon avec lui sans dribbler dans les règles de l’art.

Surtout, il attaque le panier sans relâche avec une férocité aussi inouïe qu’incessante.

Aujourd’hui quand on pense à Jordan, on revoit autant les dunks spectaculaires que tous ses longs tirs en suspension réussis après avoir mystifié un adversaire après une feinte de pénétration.

Mais à sa première saison, MJ ne possède pas encore cette touche hors de la clé.

Alors il fonce, sans arrêt, au milieu d’hommes larges comme des troncs d’arbres, en se faufilant entre leurs branches et rebondissant contre leurs écorces. Les arbitres appellent quantité de fautes contre les défendeurs, trop lents pour se remettre en position. L’on crie au favoritisme, mais Jordan joue tout simplement, déjà, un autre jeu.

Air Jordan marque 37 points dès son troisième match et 45 à son neuvième. Élu au match des étoiles – une rareté pour une recrue – il termine sa première saison avec des moyennes par match de 28,9 points (au 3e rang de la ligue), 6,5 rebonds, 5,9 passes décisives et 2,4 vols, menant son équipe à tous ces chapitres.

Au match des étoiles, précédé par la fanfare publicitaire de Nike qui mise lourdement sur l’événement, Jordan livre un duel de tous les instants à Dominique Wilkins lors du concours de dunks. Wilkins gagne la première manche, mais il aura sa revanche en 1988.

Limité à 7 points lors du match des étoiles, menotté par son coéquipier d’un soir Isiah Thomas qui ne lui passe presque jamais le ballon afin de faire la leçon à la flamboyante recrue, Jordan explose à sa sortie suivante avec les Bulls avec un sommet cette année-là de 49 points. Il ne pardonnera jamais à Thomas son affront, qui deviendra son ennemi personnel, son rival à abattre.

Au final, après trois saisons hors des éliminatoires, les Bulls gagnent 11 matchs de plus que la saison précédente et se qualifient pour les séries, où ils sont vaincus par les Bucks de Milwaukee en quatre matchs.

La carrière de Michael Jordan était à peine commencée que déjà après une saison, il avait dépassé Bird et Magic dans l’imaginaire des amateurs pour devenir le visage jeune, frais, révolutionnaire et spectaculaire d’une ligue qu’il tirerait avec lui toujours plus haut avant de devenir d’ici peu le sportif, et peut-être bien l’homme, le plus connu de la planète.

Le 16 mai 1985, il recevait le titre de recrue de l’année, mais ni avant ni après n’y-a-t-il jamais eu une recrue comme Michael Jeffrey Jordan.

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