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Le soccer professionnel a repris en Allemagne

Il effectue une passe devant des gradins vides.

Erling Haaland, du Borussia Dortmund, a marqué le premier but de la reprise du soccer allemand.

Photo : Getty Images / Martin Meissner

Agence France-Presse

Le ballon roule enfin : l'Allemagne est devenue samedi le premier grand championnat de soccer en Europe à redémarrer, avec le coup d'envoi de cinq matchs de Bundesliga, suivis d'un sixième. Une reprise sous les yeux attentifs du monde entier, mais dans un silence perturbant, celui des stades vides.

Le son strident d'un coup de sifflet, la première passe en retrait, et voici la chair de poule brusquement revenue sur les avant-bras des amoureux du Fussball, privés de leur passion depuis précisément 63 jours à cause de la pandémie de coronavirus.

Dix semaines d'arrêt de la Bundesliga n'ont guère changé les rapports de force : le Borussia Dortmund a repris sa marche en avant en remportant 4-0 à huis clos le prestigieux derby de la Ruhr contre une équipe de Schalke totalement dépassée, avec notamment deux buts de Raphaël Guerreiro.

Avec des buts remarquablement construits de Erling Haaland (29e), Guerreiro (45e, 63e) et Thorgan Hazard (49e), les Noir et jaune reviennent provisoirement à un point du Bayern du Canadien Alphonso Davies, qui se déplace dimanche à Berlin sur la pelouse de l'Union.

Erling Haaland célèbre son but devant des gradins vides.

Erling Haaland célèbre son but devant des gradins vides.

Photo : Getty Images / Martin Meissner

Une reprise entre silence et prudence

Impossible toutefois de s'enthousiasmer complètement, car l'ombre de la crise sanitaire est visible partout. Sur les jolis masques portés par les joueurs de Schalke à leur entrée dans l'enceinte du Signal Iduna Park, dans les tribunes complètement vides de cet antre habituellement reconnu pour son fameux mur jaune, et même sur les bancs des remplaçants, où seul un siège sur deux est occupé par ces héros masqués du ballon rond.

Le huis clos et les mesures d'hygiène, voilà ce qui attend Dortmund, le Bayern, Leipzig et les autres cadors, ce week-end et pendant de nombreuses semaines.

Sans cérémonie ni musique, les équipes sont entrées séparément sur les terrains. Aucune poignée de main, pas d'enfants pour accompagner les joueurs, et aucune montée d'adrénaline sonore pour les premières actions chaudes. À Leipzig, qui recevait Fribourg, certains ont même gardé leur masque à l'échauffement.

Les mêmes scènes déroutantes s'étaient produites quelques minutes plus tôt dans quatre stades de deuxième division, la D2 ayant repris samedi avec un protocole sanitaire identique.

Les joueurs du FC Schalke 04 sont sur le banc à une distance de 1,5 m.

Les joueurs du FC Schalke 04 sont sur le banc à une distance de 1,5 m.

Photo : Getty Images / Martin Meissner

Aux abords des stades, d'ordinaire si animés, c'est aussi le silence. À Dortmund, lieu du duel le plus attendu du week-end entre le Borussia et Schalke, l'ambiance en ville n'avait rien à voir samedi avec un jour de match, a constaté un journaliste de l'AFP. Plusieurs fourgonnettes des forces de l'ordre étaient positionnées, et notamment autour de la gare, dans le but d'éviter tout rassemblement de supporteurs.

Raisonnables, les quelques partisans rencontrés font preuve de réalisme.

Mieux vaut des matchs à huis clos pour freiner la progression de l'épidémie qu'une catastrophe sanitaire, reconnaît Nicole Bartelt, 44 ans, maillot noir de Dortmund sur le dos, qui devait rejoindre un couple d'amis pour regarder la rencontre, en respectant les règles sanitaires n'autorisant les réunions qu'entre deux foyers différents et avec une distance de sécurité minimale de 1,5 m.

Le secteur du football, lui, sait qu'en jouant les neuf dernières journées de la saison, ses clubs vont récupérer 300 millions d'euros (458 millions de dollars canadiens) de droits télévisuels, qui permettront à plusieurs d'entre eux d'éviter la faillite.

Les yeux rivés sur l'Allemagne

Pionnière en Europe parmi les championnats majeurs, l'Allemagne porte désormais la lourde responsabilité de montrer la voie à ses voisins comme l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie, qui espèrent encore reprendre. Le succès ou l'échec de ce redémarrage démontrera que le sport professionnel peut vivre ou non avec le coronavirus.

Jusqu'au Brésil, le monde est attentif : au pays de Pelé, les commentateurs n'ont pas hésité à lancer à la télévision qu'il y avait autant d'attente pour ces matchs de Bundesliga que pour une finale de Coupe du monde.

Pour convaincre les pouvoirs publics allemands, les équipes ont accepté de se soumettre à des mesures sanitaires draconiennes, et dû notamment s'isoler du monde toute cette semaine.

Deux entraîneurs de Bundesliga ont déjà été exclus des matchs de ce week-end pour avoir violé cette quarantaine. Heiko Herrlich, d'Augsbourg, coupable d'être sorti de l'hôtel pour aller acheter du dentifrice en ville. Et Urs Fischer, son collègue de l'Union Berlin, qui a volontairement quitté son groupe pour un deuil familial.

Le monde entier a maintenant les yeux tournés vers nous, a constaté vendredi l'entraîneur du Bayern, Hansi Flick. Ça peut être un signal pour toutes les autres ligues et ça peut permettre au sport de reprendre partout (...). Nous avons une fonction d'exemple très importante.

Il faudra s'en tenir aux règles, et si l'on ne s'y tient pas, il risque d'y avoir un carton rouge, a lancé vendredi le puissant chef du gouvernement régional de Bavière Markus Söder, pourtant fervent partisan de soccer. Preuve que le moindre écart de la part de la Bundesliga aura sans doute des conséquences majeures, bien au-delà des pelouses allemandes.

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