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Le poids dans la tête : l'impact psychologique de l'alimentation

Tammara Thibeault (rouge) regarde son adversaire avec les poings levés.

Tammara Thibeault (rouge) lors des Jeux panaméricains de Lima

Photo : Reuters / Ivan Alvarado

Jean-François Chabot

Quand le poids devient une obsession, il peut générer des troubles alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie ainsi que des désordres psychiques. Certains athlètes n’y échappent pas.

C’est sûr que ça existe, lance Tammara Thibeault. Avec Équipe Canada, mes coéquipières et moi bénéficions d’un bon encadrement qui nous permet de maintenir un style de vie saine. Mais c’est sûr que les pressions sont là pour une femme face à la prise de poids et à l’image corporelle.

Thibeault parle de la solidarité qui s’est installée entre les femmes de l’équipe nationale. Celles-ci vont jusqu’à échanger des recettes de cuisine et des conseils. Elles n’hésitent pas à consulter la nutritionniste mise à leur disposition par Boxe Canada.

Il n’y a pas qu’à la boxe où ces préoccupations existent. Dans tous les sports où l’on doit se peser tous les jours, ça peut nous faire virer un peu fou.

Tammara Thibeault, boxeuse

Elle reconnaît aussi l’influence de son cycle menstruel qui peut lui faire prendre une livre ou deux.

C’est une chose que j’ai l’habitude de gérer. Ce n’est pas difficile. Pour moi, ça génère surtout de la fatigue, mais je sais que pour certaines femmes, c’est quelque chose de difficile à gérer.

Thibeault est végétarienne, une approche qu’elle a choisie il y a un peu moins de deux ans.

Elle apporte régulièrement les aliments qu’elle ne pourra pas trouver sur les lieux de compétition. Cela aurait été le cas aux qualifications olympiques continentales qui devaient se tenir en mars à Buenos Aires.

Au début, c’était une affaire liée aux antibiotiques que l’on donne aux animaux. Je me suis dit que ce n’était peut-être pas super santé. Je me suis rendu compte que je mangeais mieux quand je mangeais moins de viande. Je consommais plus de légumes et une plus grande variété de nourriture. J’ai fini par perdre l’envie de manger de la viande.

La nutritionniste de l’équipe a adapté ses recommandations pour répondre aux besoins de sa nouvelle diète. Elle dit avoir maintenu un fort niveau d’énergie et un taux de fer plus élevé qu’auparavant.

C’est sûr qu’en compétition, c’est toujours un peu plus difficile. Mais je me prépare pour ça. Ce n’est plus quelque chose de nouveau. Je m’adapte selon les endroits où je vais.

Tammara Thibeault

Il m’arrive encore de manger du poisson. J’apporte des boîtes de thon, du riz en sachet et autres sources de protéines. À la maison, je suis pratiquement végétalienne parce que j’ai tout sous la main pour faire ça.

Kristel Ngarlem

Kristel Ngarlem

Photo : Facebook/Kristel Ngarlem

Loin des privations

L’haltérophile Kristel Ngarlem a aussi emprunté ce sentier tortueux avant de choisir la voie qui allait lui permettre de se délester d'une situation qui lui encombrait l'esprit.

C'est sans hésiter qu'elle admet que tout est psychologiquement moins difficile aujourd’hui que par le passé. Celle qui est montée chez les 76 kg il y a deux ans doit encore faire attention, mais le passage à une catégorie de poids supérieure lui a enlevé une énorme pression sur les épaules.

Ça touche l’humeur, ça touche les performances à l’entraînement. C’est une chose de s’habituer à s’entraîner à un poids corporel, mais tu perds de l’énergie dès que tu commences à perdre du poids. Il faut donc modifier ta façon de t’entraîner pour conserver ton énergie le plus possible afin d’aider ton corps à perdre du poids et passer à travers le reste de ta journée.

Kristel Ngarlem, haltérophile

Elle mangeait moins au temps où elle était chez les moins de 75 kg et calculait davantage ce qu’elle avalait. Du coup, ça nuisait à ses réserves d’énergies.

C’est souvent quand tu es privée de quelque chose que tu te rends compte que tu en voudrais. Ça peut être aussi simple que le fait de boire de l’eau. Il y a des gens qui passent des journées sans boire. Mais à partir du moment où tu leur interdis d’en boire, on dirait que c’est là où ils en voudraient le plus.

Celle qui pratique son sport depuis l’âge de 14 ans devait même parfois se priver de manger pendant les 24 heures avant une compétition.

Je ne peux pas favoriser ça, mais quand tu dois faire le poids pour une compétition et que ça fait longtemps que tu surveilles tout, le jeûne devient ton dernier recours.

Kristel Ngarlem, haltérophile

Pour éviter que les aléas de sa vie sociale n'entrent en conflit avec ses préoccupations d’athlètes, Ngarlem porte une attention particulière à sa consommation d’alcool pour les calories vides que cela peut engendrer.

C’est un choix personnel d’abord et avant tout pour ma performance. Au restaurant, j’essaie de faire de bons choix. Mon changement de catégorie de poids est un luxe que je me suis offert pour ne plus avoir à me priver comme je l’ai fait durant des années.

Distorsion profondément ancrée

Pour la judoka, Catherine Beauchemin-Pinard, ce qui aurait dû être la période la plus enivrante de sa vie d'athlète a été en fait une terrible bagarre intérieure dont elle se serait bien passée.

La période menant aux Jeux olympiques de Rio a été à ce point angoissante qu'elle a cessé d’avoir ses règles presque un an avant les Jeux.

Selon elle, les façons de faire dans les sports qui exigent un contrôle ou une perte de poids intermittente s’inscrivent dans une forme de mentalité.

Tout le monde agit un peu comme ça. Tout le monde se dit qu’il doit faire attention. Et qu’après la pesée, on se gave, on peut manger. Ça fait qu’il peut être difficile de réaliser que l’on souffre d’un problème alimentaire.

Catherine Beauchemin-Pinard, judoka

Avec le recul, elle admet que sa principale appréhension découle davantage de considérations personnelles et esthétiques.

J’ai quand même connu des hauts et des bas en passant à 63 kg. Je devais apprendre à avoir une meilleure relation avec la nourriture et à me débarrasser des vieux réflexes de privation. J’ai appris à bien manger au quotidien, tout en me permettant de petits excès par-ci, par-là, sans abus.

Catherine Beauchemin-Pinard lève une fourchette pleine de pâtes.

Catherine Beauchemin-Pinard

Photo : Jasmin Beaudry

Pendant longtemps, elle était en communication constante, tant avec sa nutritionniste qu’avec sa psychologue. D’abord chaque jour pour leur fournir son poids, puis une fois par semaine, ensuite une fois par mois.

Comme le problème s’avérait profondément ancré en elle, la fréquence des échanges pouvait augmenter quand survenait une rechute.

Mes pertes de poids sont plus saines parce que j’arrive à me maintenir à 64 ou 65 kg en tout temps, surtout en tenant compte des déshydratations d’un ou deux kilos. Pour une personne normale, ça peut paraître malsain, mais ça s’inscrit dans la bulle habituelle pour les sportifs.

La bataille est perpétuelle, mais la Montréalaise se sent davantage en maîtrise. Elle se fait confiance. Elle a appris à reconnaître ses véritables signaux de faim ou de satiété.

Mon problème mental était beaucoup dans le contrôle de ce que je mangeais. Je calculais toutes les calories. Aujourd’hui, je me demande chaque fois pourquoi j’ai envie de manger. Est-ce que j’ai faim ? Est-ce que je suis stressée? Cela a fait partie de mon processus de guérison.

Catherine Beauchemin-Pinard, judoka

La recette du succès

Beauchemin-Pinard ne s’en cache pas. Ses résultats, ses succès comme ses échecs ont une influence directe sur son comportement alimentaire.

Quand ça va bien, elle a l’impression que cela la pousse à bien manger. Ses résultats sont comme une récompense pour tous ses efforts. Quand ça va mal, elle admet qu'il est plus facile de tomber dans le défaitisme.

Paradoxalement, elle aime manger, cuisiner et aller au restaurant. Il y a quelques années, elle avait même envisagé d’en faire une carrière et de s’inscrire à l’Institut d’hôtellerie du Québec dans le but d’ouvrir son propre restaurant. Mais c’est en comptabilité qu’elle espère terminer un baccalauréat en 2022.

Pour assouvir sa passion pour la cuisine, elle travaille à la rédaction d’un livre de recettes qui abordera la question des troubles alimentaires et la façon de les gérer.

La pause forcée de ses activités d’athlète lui a permis de s’attaquer à ce projet qui se trouvait en dormance depuis bientôt quatre ans, soit depuis son retour des Jeux olympiques de Rio.

La réalisation de ce projet lui permettrait sans doute de faire la paix avec elle-même et les troublantes exigences de son sport.

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