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Le poids dans la balance du sport

Tammara Thibeault en action aux jeux du Commonwealth en 2018

Tammara Thibeault en action aux jeux du Commonwealth en 2018

Photo : Getty Images / Jaimi Chisholm

Jean-François Chabot

Même affamés de victoires, certains athlètes doivent soupeser leur appétit afin de maintenir leur poids en vue de la prochaine compétition. Un régime de vie encore plus exigeant en période de confinement.

Pour certains, cette période fait craindre une prise de poids en raison d'une plus grande inactivité dans la vie de tous les jours.

Pour de nombreux athlètes, cette préoccupation est un mode de vie. Il suffit de penser à ceux et à celles qui pratiquent des sports comme la boxe, le judo et l’haltérophilie où les compétiteurs sont classés dans des catégories de poids bien précises.

Les sacrifices auxquels doivent s’astreindre certains d’entre eux sont un combat quotidien. Pour d’autres, ça devient une manière de vivre tellement ils composent bien avec leurs obligations de sportifs.

Elle regarde son adversaire avec les poings levés.

Tammara Thibeault (rouge) lors des Jeux panaméricains de Lima

Photo : Reuters / Ivan Alvarado

La question du poids n’a jamais été un problème pour la boxeuse Tammara Thibeault. Elle pratique son sport dans les limites de son poids normal.

Je boxe chez les 75 kg depuis l’âge de 17 ans. Entre 17 ans et 23 ans, le corps d’une femme change beaucoup. Au début, j’étais un peu en dessous de la limite. Aujourd’hui, je me maintiens sans problème à environ 2 kg au-dessus de mon poids de combat. Je suis une vraie 75 kg. Même que je dois travailler pour ajouter à ma masse musculaire, explique d’abord la médaillée de bronze des derniers Championnats du monde, tenus en Russie, au mois d’octobre.

Elle s’empresse cependant d’ajouter que si les préoccupations d’ordre esthétique ont déjà occupé son esprit, elle se sent à présent très bien dans la peau de la troisième du monde.

J’aime quand les gens me disent que je n’ai pas l’air d’une boxeuse. Je leur réponds alors de monter dans un ring avec moi, rien que pour voir… (rires)

Tammara Thibeault, boxeuse

Thibeault reconnaît qu’elle peut tout de même faire face à des surprises quand vient le temps de surveiller son poids.

C’est arrivé dernièrement, mais je ne l’ai pas fait exprès. Au cours des trois dernières années, il m’est arrivé de me présenter à une compétition pour m’apercevoir que j’avais deux livres à perdre rapidement. C’est souvent lié aux déplacements ou à la rétention d’eau. Sinon, je demeure une personne extrêmement organisée et structurée.

Il faut savoir que chez les amateurs, les combats se suivent les uns après les autres durant un tournoi qui se déroule souvent sur une période d’une ou deux semaines.

Les boxeurs sont donc pesés avant chaque duel, au plus tard trois heures avant un combat. Pas question d’imiter les professionnels qui respectent la limite et qui prennent entre 8 et 12 livres dans les 24 heures qui suivent avant de monter dans le ring.

Malgré tout, l'athlète de 23 ans se pèse tous les jours. Elle communique le poids enregistré à ses entraîneurs et au reste du personnel de l’équipe nationale.

Ça devient un style de vie. Ce n’est pas qu’une question de poids. Sans un bon style de vie, je ne serais pas où j’en suis maintenant dans mon sport.

Tammara Thibeault, boxeuse

Même si elle a récolté une médaille de bronze aux mondiaux, Tammara Thibeault devait encore assurer sa place aux Jeux de Tokyo quand les qualifications continentales ont été annulées à la mi-mars.

Kristen Ngarlem est assise par terre dans sa salle d'entraînement.

Kristel Ngarlem

Photo : Radio-Canada / Alain Décarie

Quand ça se joue au gramme près

La question du poids devient plus envahissante encore en haltérophilie, où la masse corporelle de l'athlète va jusqu'à influer sur son classement final en compétition.

C’est pour éviter de marcher sur le fil du rasoir et pour s’intégrer au sein d’une classe de poids inscrite au programme des Jeux olympiques que Kristel Ngarlem a choisi de changer de catégorie.

La Fédération internationale (IWF) a réformé les catégories en 2018 afin de permettre à un plus grand nombre d’athlètes féminines de participer aux Jeux de Tokyo en 2020.

Du coup, la catégorie des 75 kg a complètement disparu de toutes les compétitions sanctionnées par l’IWF. En 2021, au Japon, on verra donc des épreuves pour les femmes de 49 kg, 55 kg, 59 kg, 64 kg, 76 kg, 87 kg et + de 87 kg.

Le groupe des 71 kg aurait pu s’avérer une option pour moi, mais il ne constitue plus une catégorie olympique. Mes seuls choix étaient donc 64 ou 76 kg. Comme j’étais déjà chez les 75 kg, j’ai choisi de prendre un kilo au lieu d’essayer d’en perdre neuf, explique la jeune femme de 24 ans.

La pesée représente la première partie de la compétition. Si tu échoues à ce test, tu ne peux pas participer au niveau international. C’est super important sinon tu te seras déplacée pour rien.

Kristel Ngarlem, haltérophile
Kristel Ngarlem en pleine action en train de soulever une barre.

L'haltérophile Kristel Ngarlem

Photo : La Presse canadienne / Julio Cortez

Sur une base quotidienne, Kristel surveille son poids et ce qu’elle mange. Elle se pèse matin et soir, avant chaque séance d’entraînement. Elle s’assure de ne jamais se retrouver à plus de 5 % de la limite de poids imposée par sa catégorie.

Contrairement à la boxe professionnelle où le poids est enregistré la veille d’un combat, en haltérophilie, les athlètes ne sont pesés que deux heures avant une compétition. Le poids de l’athlète joue un rôle primordial puisqu’en cas d’égalité, c’est le plus léger qui sera déclaré vainqueur.

Ça se joue souvent à peu de choses, parfois l’équivalent d’un verre d’eau de plus ou de moins, affirme la Montréalaise, 9e aux mondiaux de 2019. En plus, tu ne peux pas vraiment te permettre de manger si près de l’heure de la compétition. Alors, tu vas souvent te contenter de t’hydrater avec des électrolytes à effet rapide.

Je ne peux quand même pas me laisser aller. Pour certaines personnes, cela peut-être dévastateur en ce sens où elles doivent perdre 8 ou 10 kilos. Tant et si bien que dans les semaines ou les jours qui précèdent une compétition, elles passent beaucoup de temps dans le sauna, à calculer au gramme près tout ce qu’elles ingèrent. Il n’y a pas de sel dans leur alimentation.

Appuyer sur le tatami

La judoka Catherine Beauchemin-Pinard a parfois le sentiment d'être engagée dans un combat sans fin. Elle connaît trop bien tous les désagréments, toutes les contraintes, toutes les frustrations et les conséquences les plus profondes.

En judo, tous les combats d'une compétition se déroulent au cours d’une même journée. L’unique pesée se fait donc le matin de la compétition.

Elle propulse son adversaire au sol.

Catherine Beauchemin-Pinard lors des Championnats canadiens élite 2019 à Montréal

Photo : RAFAL BURZA / Judo Canada (rafalburza@yahoo.com)

Très jeune, elle a été soumise à des contraintes qui envahissaient son esprit et minaient sa préparation physique.

Dès l’âge de 12 ou 13 ans, la judoka atteignait déjà les 57 kg et peinait à maintenir son poids pour participer à des tournois comme celui des Jeux du Québec.

Pour y parvenir, j’avais eu la mauvaise idée de me faire vomir. J’ai donc souffert de boulimie. Mon entraîneur s’en était aperçu et m’avait fait monter chez les 63 kg. Mais j’étais alors trop légère pour être compétitive à ce poids.

Catherine Beauchemin-Pinard, judoka

Quelques années plus tard, elle a fait le choix de redescendre chez les 57 kg dans l’espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques de Rio.

Au début, je respectais bien le poids. Mais je sais aujourd’hui ce que cela a pu causer comme dégâts. Parce qu’en judo, on est pesés tellement souvent, on se prive, puis on se gave à répétitions, explique la Montréalaise de 25 ans. À long terme, cet effet de yo-yo fait plus de dégâts mentalement. Ça devient de plus en plus dur de faire le poids.

Catherine Beauchemin-Pinard se bat contre Aimi Nouchi.

Catherine Beauchemin-Pinard se bat contre Aimi Nouchi.

Photo : Gabriela Sabau

Si elle a su jongler avec les limites jusqu’à Rio, à son retour des Jeux où elle a subi l'élimination dès son premier combat, Beauchemin-Pinard avoue avoir perdu le contrôle. Elle a pris 10 kilos en l’espace de deux mois.

Même si ses entraîneurs lui suggéraient fortement de passer chez les 63 kg, elle espérait toujours se maintenir chez les 57 kg.

C’est le moment où a commencé un dangereux jeu de yo-yo. Constamment vidée de ses énergies en essayant de maintenir son poids, elle a vu ses résultats en compétition ne plus être au rendez-vous.

Malgré toutes les difficultés qu’elle traversait, elle n’a pas été en mesure de repérer les dangers qui la guettaient.

À lire demain : Le poids dans la tête, l'impact psychologique

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