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Les plans de Derek Drouin encore chamboulés

Il saute aux Jeux olympiques de Rio en 2016

Le champion olympique Derek Drouin aux Jeux de Rio en 2016

Photo : Associated Press / Matt Slocum

Diane Sauvé

Le champion olympique de saut en hauteur Derek Drouin est encore sous le coup de la nouvelle. La Fédération internationale d’athlétisme (World Athletics) prépare une saison presque complète s’échelonnant de la mi-août à octobre.

Une annonce qui vient encore changer la donne pour l’Ontarien de 30 ans puisqu'il n’est pas encore qualifié en vue des Jeux olympiques de Tokyo après une série de graves blessures.

Ça me pose assurément un nouveau défi, lance-t-il. Depuis quelques semaines, j’étais emballé à l’idée de m’entraîner tout l’été, prendre une pause et recommencer l’entraînement en septembre sans aucune restriction. La dernière fois que j’ai pu faire ça, c’était en 2015. Maintenant, nous devons réévaluer le plan, comme nous le faisons constamment depuis quelques mois.

Derek Drouin, champion olympique en titre de saut en hauteur

Derek Drouin sait bien qu’il y a du bon dans cette nouvelle. Soudainement, il y a des compétitions au calendrier, du concret.

La saison internationale de World Athletics comptera 11 épreuves de la Diamond League, dont 7 en Europe. Le format et les disciplines choisies seront annoncés par les organisateurs deux mois à l’avance.

Mais il n’y a rien de coulé dans le béton et encore, surtout, beaucoup d’inconnues.

En mars, les athlètes s'entraînaient sans savoir s’il y aurait des Jeux, rappelle Derek Drouin. Et maintenant, qui sait quelles seront les restrictions de voyage pour le Canada? Nous n’avons aucune idée si des Canadiens pourront prendre part à ces compétitions. Je crois toutefois qu’il faut s’en servir à notre avantage. S’entraîner comme s’il y avait des épreuves en août, que nous y participions ou non, ce n’est pas la pire chose au monde.

Mais ces prochaines compétitions ne pourront pas lui permettre de se qualifier pour les JO. Le 7 avril dernier, la Fédération internationale d’athlétisme a suspendu la période de qualification olympique jusqu’en décembre prochain. Derek Drouin se retrouve donc à la case départ et avec un calendrier qu’il doit remanier.

Il tient sa médaille d'or avec sa main gauche et il est entouré des médaillés d'argent et de bronze.

Derek Drouin (au centre) avec sa médaille d'or olympique de 2016

Photo : Getty Images / Julian Finney

Trois années à oublier

Celui qui a aussi décroché la médaille de bronze aux Jeux de Londres en 2012 ne l’a pas eu facile ces dernières années. En fait, depuis juin 2017, il n’a participé qu’à trois compétitions.

Il a raté les mondiaux de Londres, en 2017, à cause d’une déchirure au tendon d’Achille. Un an plus tard, il renonçait à toute sa saison en raison d’une vilaine blessure au dos (nerf spinal). Puis, en avril 2019, il s’est déchiré l’autre tendon d'Achille, manquant une fois de plus les Championnats du monde.

Assez de malchances pour considérer la retraite. En fait, il aurait probablement tout abandonné... s’il avait su.

Si j’avais su après les Jeux de Rio en 2016 ce qui me serait arrivé au cours des trois années suivantes, j’aurais dit : “Au revoir! C’est fini.” J’aurais pu me retirer au sommet. Le scénario actuel n’est pas rêvé. Mais j’aime encore mon sport, j’aime encore compétitionner, j'aime encore cette vie. Je ne regrette pas les dernières années.

Derek Drouin

Sauf que les rendez-vous manqués se succèdent sans cesse pour Derek Drouin. Comme celui de la mi-mars, alors que tout s’est arrêté à cause de la pandémie. Le champion olympique s’apprêtait alors à prendre part à des compétitions aux États-Unis. Pour la première fois depuis 2017, il comptait utiliser une course d’approche complète pour sauter.

Ses entraînements se déroulaient bien. La fébrilité était au rendez-vous. Puis, plus rien.

Son corps passe par-dessus la barre.

Derek Drouin

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Des obstacles utiles pour aujourd’hui

S’entraîner sans rien avoir au programme, Derek Drouin sait ce que c’est. Il a dû tout annuler en 2018 en raison de ses maux de dos. Rien de facile, insiste le sauteur, mais cette adversité lui sert aujourd’hui.

Je suis content d’avoir déjà eu cette expérience auparavant. Car vivre la même chose en pleine année olympique, c’est dix fois plus frustrant. Ça ne vient pas facilement. Il faut constamment garder l'intérêt. Cette fois, en fait, je crois que c'est plus facile. En 2018, c’était affreux, mais seulement que pour moi. En 2020, c’est nul pour tout le monde. Puis il y a deux ans, ma frustration montait quand je sentais que ma motivation n’était pas super élevée.

Aujourd’hui, j’ai appris à l'accepter et à m’adapter. Tu ne peux pas être à 110 % tous les jours. Si tu as besoin de prendre un jour de congé, c’est probablement une sage décision.

Derek Drouin

Derek Drouin est donc confiné chez lui à Toronto. Il a les poids nécessaires pour suivre son programme d’entraînement en musculation, mais il ne saute pas. De toute façon, en temps normal, il pratique ses sauts seulement deux fois la semaine.

Il crie de joie avec les deux bras dans les airs.

Derek Drouin durant la finale du saut en hauteur aux Jeux olympiques de Rio.

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Et bonne nouvelle pour lui, le gouvernement de l’Ontario donnera accès à compter de mardi aux sites d'entraînement de plusieurs sports individuels, comme l’athlétisme.

Heureusement, il vit avec sa partenaire d’entraînement, la spécialiste du 100m haies, Angela Whyte. Ils peuvent donc traverser ces temps incertains à deux et s’encourager mutuellement à maintenir la forme.

Si j’étais seul, ce serait beaucoup plus difficile et beaucoup plus drainant mentalement, reconnaît le sauteur.

Soulagé, mais réaliste

Le champion a bien sûr une occasion de se réjouir avec le report des Jeux de Tokyo en 2021. Le temps commençait à presser sérieusement pour réussir à s’y qualifier, surtout avec le nombre croissant de compétitions annulées ce printemps.

De façon bien égoïste, en tant qu’athlète qui se remet de blessure, c'est assurément un soulagement, affirme Derek Drouin. Cette pression sera étalée sur toute une année au lieu des prochains mois.

Mais sans qualification possible cet été, son casse-tête demeure entier : il devra sauter haut dès le début de la saison 2021 pour se qualifier, tout en essayant d’atteindre son sommet de forme en août pour les Jeux.

Le double médaillé olympique est réaliste et sait bien qu’il se retrouve dans une différente situation de celles de 2012 et 2016.

Il y a quelques années, mon plus gros cauchemar aurait été de rater une finale ou de rater le podium. J’ai toujours été honnête envers moi-même. Quand je me suis dit : “ Tu n’iras peut-être même pas (aux Olympiques)”, j’aurais pu renoncer. Mais je ne l'ai pas fait. C’est un risque que chaque athlète prend pour réaliser ce rêve fou.

Derek Drouin

Derek Drouin s’entraîne donc beaucoup, récupère beaucoup, s’étire beaucoup. Il lit aussi beaucoup.

Que lit un champion olympique de saut en hauteur? L’auteur à succès Malcolm Gladwell. Son coup de coeur.

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