•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des sportifs handicapés lancent un cri du cœur pour pouvoir s’entraîner

Ils ont écrit une lettre au premier ministre Legault et au Dr Arruda.

Il est couché au sol avec des haltères, à côté de son fauteuil motorisé.

Khalid Fensab s'est équipé pour pouvoir s'entraîner un peu pendant la fermeture du centre Viomax.

Photo : Radio-Canada / Mariève Bégin

Mariève Bégin

Des sportifs handicapés de Montréal interpellent le gouvernement du Québec pour que leur centre d'entraînement adapté, vital au maintien d'une forme physique minimal et de leur autonomie, rouvre le plus rapidement possible.

C’est vraiment pour essayer d’amener à l’attention de la santé publique et de Legault, essayer de commencer à travailler avec eux, explique Remo Analytis, l’un des signataires d’une lettre adressée au premier ministre François Legault et au directeur national de santé publique, Horacio Arruda, entre autres.

Comme ça, quand le déconfinement graduel se passe, que ce soit une des choses essentielles pour que l’ouverture se fasse rapidement, poursuit-il.

Son ami Khalid Fensab a eu l’idée d’écrire cette lettre afin de sensibiliser les autorités à sa situation et à celle des autres personnes qui fréquentent le centre Viomax, à Montréal.

M. Fensab est atteint du syndrome post-polio.

Avec le syndrome, je commence à perdre mes aptitudes physiques et mon autonomie progressivement, et ça affecte un peu ma musculature, qui commence à s’atrophier pour mes membres inférieurs. C'est la raison pour laquelle j’ai besoin de la rééducation physique tout le temps, dit-il.

Je suis confiné dans un fauteuil motorisé pour la vie et on se connaît bien, moi et la maladie, depuis fort longtemps.

Le quadragénaire pratique la boccia, le tir à l’arc et le tir de façon compétitive depuis quelques années. Il veut se qualifier pour les Jeux de Tokyo, reportés à l’été 2021. Il s'entraîne habituellement quatre fois par semaine au centre Viomax, où il reçoit l'aide de kinésiologues.

S'il a pu s’équiper un peu pour continuer de s’entraîner minimalement chez lui, ce n’est pas le cas pour plusieurs autres usagers du centre. Je le fais pour tous mes amis, parce qu’on est une gang, affirme-t-il.

On est doublement confinés. Premièrement, on est confinés dans nos chaises roulantes électriques, toute notre vie, et on est confinés maintenant par cette pandémie. C’est lourd à supporter.

Khalid Fensab

Impossible de bouger chez soi

Remo Analytis, 22 ans, est l’un de ceux qui n’ont aucun moyen de s’activer à la maison. Sa paralysie cérébrale affecte tout le bas de son corps. Il s’entraîne au centre Viomax depuis quatre ans.

Je vais au gym tous les jours habituellement, sept jours semaine.

Ça me prend vraiment des machines [pour pouvoir bouger]. Moi et les autres handicapés, on trouve ça vraiment essentiel.

Remo Analytis

Les êtres humains en général qui n’ont pas de handicap, ils bougent tous les jours. Ils marchent, ils bougent, ils font des choses dans la maison. Mais nous, ça nous prend vraiment cet équipement-là spécialisé pour nous permettre de faire de l’activité physique.

Après deux mois de confinement, M. Analytis ressent les effets du manque d’exercice sur la qualité de son sommeil, sur sa digestion et sur sa force en général.

Mes jambes sont plus raides, plus fatiguées. C’est plus dur parce que la capacité d’endurance manque, confie-t-il. Même quand je descends de mon lit, je fais les escaliers avec de l’aide, avec ma mère. Et je remarque que, vu que je ne me suis pas entraîné, mon corps se fatigue plus, parce qu’il n’est plus habitué.

Les deux instigateurs de la lettre espèrent que leur initiative aidera à accélérer la réouverture du centre Viomax.

C’est pour que les gens sachent comment le gym a un impact positif pour nous. C'est vraiment médical pour nous. Si on avait d’autres moyens de le faire, je ne demanderais pas ça, rappelle M. Analytis.

On va prendre les mesures qu’il faut, ajoute M. Fensab. La distanciation, porter des masques, des gants. On va respecter tout ça. Mais l'essentiel, c’est qu’on commence à revivre et qu’on ne s’avoue pas vaincus par la pandémie, jamais.

Difficile à rouvrir, malgré son importance

Elsa Lavigne, directrice générale de l’organisme AlterGo, convient de la nécessité de ces infrastructures d’entraînement adaptées, qui se font très rares.

Ce type de service, pour des personnes qui ont des limitations fonctionnelles, ou comme dans ce cas-ci, pour des personnes qui ont une déficience physique, est essentiel à leur qualité de vie, dit-elle.

Elle ajoute que les sports en plein air qui seront permis à nouveau la semaine prochaine au Québec ne sont pas accessibles à la majorité des personnes en situation de handicap. L’immobilité pourrait durement leur nuire.

Le déconditionnement physique, pour les personnes qui ont une déficience motrice, une limitation physique, peut être assez important dans une période de confinement [...] On peut parler d’atrophie des muscles, de déconditionnement physique de manière générale, et ça peut même limiter l’autonomie des personnes.

Il est toutefois ardu de concevoir une réouverture du centre d'entraînement intérieur qui respecterait toutes les mesures sanitaires et de distanciation.

Ça nous prend une aide des autorités, et pas seulement une aide financière, une aide en termes de locaux, de gestion des responsabilités. C'est très global comme situation, fait-elle valoir.

Quelque chose qui peut ajouter à la complexité de la chose, c’est que le centre Viomax est dans des installations du réseau de la santé. Donc, on ne peut pas décider unilatéralement d’ouvrir ces installations sans qu’on puisse mettre en place les protocoles adéquats.

Rouvrir ses activités, ce serait compliqué à plusieurs égards, dans le moment présent, sans une aide significative des autorités.

Elsa Lavigne, directrice générale d'AlterGo

Elsa Lavigne s’inquiète des conséquences d’une fermeture prolongée des centres de conditionnement physique adapté.

Des personnes qui auraient une autonomie relativement importante, après une période de deux mois de confinement et qui risque de durer encore longtemps, ça va limiter leur capacité, notamment, à faire des transferts, explique-t-elle. Donc imaginez-vous quelqu’un qui vit seul et qui utilise un fauteuil roulant. Sa capacité de se transférer de son lit à son fauteuil sans assistance peut être amputée de beaucoup.

De son côté, la directrice générale du centre Viomax, Véronique Pagé, n'estime pas que son organisation constitue un service essentiel, bien qu’elle convienne de ses bienfaits sur ses membres.

On ne peut pas être considéré comme [un service essentiel]. Dans le cadre actuel de la COVID, malheureusement, ce n'est pas possible de se dire “Viomax, c’est une priorité à ouvrir” quand il y a des gens qui ne reçoivent pas leurs besoins essentiels en termes de santé, affirme Mme Pagé.

On n’est pas de la réadaptation, on est du loisir. On est important, mais notre mission n’est pas de travailler sur la santé.

Véronique Pagé, directrice générale du centre Viomax

C’est sûr que les membres ont bien hâte de pouvoir recommencer à bouger [...] et qu’il y a des besoins réels. Par contre, on se préoccupe des questions au niveau de la santé, c’est pour ça qu’on est fermés en fait, précise-t-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Coronavirus

Sports