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En attendant la reprise du sport, les cerveaux des entraîneurs bouillonnent

L'entraîneur pose son crayon sur son tableau.

Un entraîneur de futsal et son tableau tactique

Photo : Getty Images / AFP/LUIS ROBAYO

Olivier Tremblay

Les amateurs de sport sont impatients de revoir leurs équipes préférées en action. Mais à quoi les rencontres sportives ressembleront-elles lorsque les arénas et les stades retrouveront leurs occupants? La pause forcée par la COVID-19 aura-t-elle inspiré de nouvelles idées de jeu chez les techniciens et entraîneurs? Radio-Canada Sports a posé ces questions à trois spécialistes de l’entraînement des sports collectifs.

Les longues trêves, ça n’effraie pas les entraîneurs de football. Une saison de la LCF ou de la NFL couvre, grosso modo, la moitié de l’année. Ces stratèges deviennent des experts pour tirer parti des mois passés loin de leurs joueurs.

Danny Maciocia est désormais directeur général des Alouettes de Montréal, mais il a porté la casquette et le casque d’écoute pendant plus de 20 ans. C’est sans hésiter qu’il admet que ses meilleures idées, il les a toujours trouvées pendant la saison morte.

J’allais au bureau, je fermais ma porte, et il y avait zéro distraction. Je travaillais. J’étais concentré là-dessus. J’étais comme ça pendant six mois.

Il sourit en conférence de presse.

Danny Maciocia a été nommé directeur général des Alouettes le 13 janvier dernier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Maciocia était coordonnateur offensif, puis entraîneur-chef lorsqu’il a gagné ses deux Coupes Grey à Edmonton. Il a toutefois dû apprendre un tout autre aspect de son métier à partir de la fin de 2012, quand son coordonnateur défensif chez les Carabins, Noel Thorpe, a quitté l’Université de Montréal pour se joindre aux Alouettes.

Lorsque l’entraîneur-chef Maciocia a soulevé la coupe Vanier, en 2014, il portait aussi le chapeau de coordonnateur défensif. Voilà de quoi appuyer sa démarche quand, tous les mois de décembre, Maciocia se pose la même question : comment puis-je me réinventer d’une année à l’autre?

Avec la crise que la COVID-19 a engendrée, il incite les entraîneurs à profiter de ce temps qu’ils n’auraient pas nécessairement eu pour songer à la manière dont ils peuvent se renouveler – et, par le fait même, offrir aux mordus de sport le plaisir d’observer de nouvelles variations dans le jeu de leurs favoris.

Si tu es un entraîneur spécialiste de l’attaque, tu peux apprendre ce qui se passe de l’autre côté du ballon, soutient Maciocia. Qu’est-ce qu’ils font pour mettre des tactiques en place? Comment arrêtent-ils tel ou tel jeu au sol? Puis un jeu aérien? Comment mettent-ils de la pression pour se rendre au quart-arrière? Comment peux-tu aller de l’autre côté du ballon et, sans devenir un expert, acquérir des connaissances sur cet aspect-là?

J’ai investi du temps, et ça m’a aidé énormément à comprendre le football sous tous ces aspects.

Danny Maciocia, directeur général, Alouettes de Montréal

André Lachance, directeur des opérations baseball de la fédération nationale, s’est déjà exprimé publiquement sur la pertinence des initiatives de perfectionnement pendant le confinement. Avec le temps dont il dispose désormais, soutient-il, son cerveau n’arrête pas de chercher des idées. Il se réveille parfois la nuit avec une nouvelle piste à explorer, sur le plan stratégique et tactique, certes, mais toutes sortes d’affaires lui viennent en tête.

Lachance a toujours favorisé la pratique de plusieurs sports chez les enfants. Il juge le moment bien choisi pour que jeunes et moins jeunes s’inspirent d’autres disciplines.

On voit différentes organisations sportives internationales, même si ce ne sont pas de grandes organisations professionnelles, même au niveau amateur, faire des choses superbes en essayant d’imaginer à quoi va ressembler le sport et de se préparer à ça, explique-t-il. C’est un gamble, mais en même temps, si tu ne prends pas ces risques-là, tu ne toucheras pas au succès. De belles choses se passent sur la détection de talents, la collaboration en sport.

Les gens ont de l’appétit pour en savoir plus sur ce que les autres sports font. En même temps, ils peuvent s’approprier les idées des autres, les changer et voir comment ils peuvent les adapter à leur propre réalité.

André Lachance, directeur des opérations baseball, Baseball Canada

Tous les entraîneurs ne sont toutefois pas créés égaux. Celui qui n’était pas enclin à vouloir progresser ne profitera pas de cette crise pour le faire, à moins d’un moment d’épiphanie.

François Ratier, directeur général et technique de Rugby Québec, dit connaître des entraîneurs d’adolescents qui adoptent la même démarche qu’un entraîneur d’équipe nationale en ce qui concerne la réflexion sur le jeu.

S'adapter aux nouvelles règles

Cette réflexion, souligne-t-il, atteint son apogée dans la foulée de chaque Coupe du monde de rugby, lorsque certaines mises à jour de règlements forcent les entraîneurs à adapter leur tactique. Puisque la plus récente finale remonte au 2 novembre dernier, la fenêtre est déjà, en quelque sorte, fermée.

Il répond aux questions d'une journaliste.

François Ratier est le directeur général et technique de Rugby Québec.

Photo : Radio-Canada

Il se questionne donc sur ce dont aura l’air le sport, d’un point de vue réglementaire, à la sortie de la crise, selon les paramètres que le déconfinement imposera.

Si c’est le même sport, on peut imaginer toutes les stratégies qu’on veut et prendre le temps, effectivement, en ce moment, de réfléchir à repenser notre sport. Mais si, à la fin, le sport qui en ressort est un autre sport, les stratégies imaginées pendant le confinement ne serviront pas à grand-chose, reconnaît Ratier.

Ne serait-ce que la distanciation, qu’on soit en plein air ou à l’intérieur, il y a des sports qui auront plus de capacités à moduler leur discipline sans la dénaturer, poursuit-il. Il y a d’autres sports où ce sera un peu plus compliqué. Le nôtre, ce sera plus compliqué de jouer sans s’approcher, sans se faire de passes.

Il regarde son équipe jouer en finale des Jeux panaméricains.

André Lachance est entraîneur de baseball depuis plus de 30 ans.

Photo : La Presse canadienne / Fred Thornhill

La question des règles a aussi surgi du côté du baseball, souligne André Lachance. Mais il s’agirait plutôt ici d’idées sorties du champ gauche qui sont destinées non pas à ce qu’on les mette en œuvre à court terme, mais plutôt à ce qu’elles suscitent la réflexion.

Au baseball, les mêmes joueurs jouent en attaque et en défense, mais est-ce qu’on pourrait avoir une unité offensive et une unité défensive? Je ne dis pas que ça va arriver, mais c’est intéressant d’explorer ces questions. Le joueur qui est très bon défensivement, mais qui n’est pas bon frappeur, est-ce qu’on pourrait trouver une façon d’améliorer la qualité du spectacle, s’il est spectaculaire en défensive – un genre de défenseur désigné? Il y a différentes façons de voir les règles.

Toutes ces hypothèses, bien entendu, sont à la merci des circonstances. La santé financière des ligues et des équipes, par exemple, pourrait changer bien des paramètres. Et comme le souligne Danny Maciocia, c’est d’abord et avant tout le rythme des rencontres qui devrait sauter aux yeux des amateurs, car les athlètes seront conscients des risques de blessure à la reprise des activités.

Les entraîneurs aussi se méfient de ce qui les guette. François Ratier ne sait pas quand il retournera travailler, ni comment. Mais il entrevoit un avenir où, après des mois d’isolement, les sports exerceront une influence croissante les uns sur les autres, dans le jeu et dans les bureaux. C’est un avis que partage son collègue de Baseball Canada.

C’est un moment qui n’est pas facile, mais c’est un moment qui nous amène à penser autrement, soutient André Lachance. Et quand on pense autrement, il émerge de belles affaires.

Les entraîneurs attendent donc de voir comment ils mettront en œuvre leurs nouvelles idées. Tout dépendant des restrictions qui seront établies lors du déconfinement sportif, leur faculté d’adaptation développée pendant la pandémie pourrait encore être mise à l’épreuve.

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