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Benoît Gaudet, une carrière bâtie de toutes pièces

Benoît Gaudet

Benoît Gaudet

Photo : Courtoisie Stéphane Lalonde

Jean-François Chabot

C’est parce qu’il n’avait pas le talent de son frère aîné au hockey que Benoît Gaudet s’est un jour pointé dans un gymnase de boxe. Il y a passé les deux décennies suivantes à se bâtir une carrière.

Gaudet se souvient comme si c’était hier du sentiment qui l’habitait en mettant les pieds dans ce gymnase de Drummondville pour la première fois en 1990.

Il parle des films de Rocky qu’il regardait avec son frère, du chamaillage et des combats simulés avec des serviettes enrubannées autour des mains en guise de gants de boxe afin de recréer des scènes.

Quand je suis rentré dans le gym, c’était la première fois que je voyais un ring de boxe, un vrai sac de sable. Ça m’a vraiment allumé. J’ai senti que j’étais à ma place. J’avais vraiment envie d’essayer ça.

Benoît Gaudet, ancien boxeur

Fils cadet d’une famille de trois enfants, (il a aussi une soeur), Benoît progresse rapidement. Il ne s’était écoulé que deux mois depuis sa première visite au gymnase quand il a livré un premier combat.

Un boxeur lance un direct du gauche.

Benoît Gaudet face au Sud-Coréen Jo Soek-hwan aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004

Photo : Courtoisie Benoît Gaudet - COC

Parcours amateur prometteur

Durant les 10 années qui ont suivi, Gaudet a gravi un à un les échelons qui l’ont mené à 10 championnats canadiens, toutes catégories confondues.

L’été 2004 a été pour lui la réalisation d’un premier rêve. Sélectionné au sein de l’équipe nationale, il a représenté le Canada aux Jeux olympiques d’Athènes aux côtés de Jean Pascal, d’Andrew Kooner (un Ontarien natif d’Angleterre), d'Adam Trupish et de Trevor Stewardson.

Ç’a été la consécration de tous mes efforts. Comme tout athlète, je ne vivais que pour ça. J’ai eu la chance d’y aller. On sait qu’en boxe, c’est difficile d’y être. On n’a pas souvent des boxeurs canadiens qui réussissent à s’y rendre. C’est encore plus rare au Québec. C’est l’objectif ultime en boxe amateur.

Benoît Gaudet

Les Jeux d’Athènes ont été les derniers grands jeux de celui qui avait aussi participé aux Jeux de la Francophonie (Ottawa-Hull, 2001), aux Jeux du Commonwealth (Manchester, en Angleterre, 2002) et aux Jeux panaméricains (Saint-Domingue, en République dominicaine, 2003).

Il est également rentré des Championnats du monde de 1999, à Houston, avec à son cou la médaille de bronze des poids coqs.

Benoît Gaudet envoie un rival au tapis pour le compte.

Benoît Gaudet envoie un rival au tapis pour le compte.

Photo : Courtoisie Stéphane Lalonde

Vers les pros

Il avait 25 ans quand il a quitté son port d’attache de Drummondville vers Montréal pour faire le saut dans les rangs professionnels. Il a signé avec le Groupe InterBox et s'est retrouvé rapidement sous les feux de la rampe. Il a livré ses sept premiers combats professionnels en l’espace de 10 mois.

La fiche de Gaudet s’est améliorée à grande vitesse. Il était invaincu en 10 combats quand il s'est fait surprendre au premier round, au bout de seulement 46 secondes, par un crochet au menton d'Henry Arjona. C’était sa première défaite et une première leçon.

Son entraîneur de l’époque, Stéphan Larouche, a fait en sorte qu’il tourne rapidement la page. Cinq mois plus tard, il remontait dans le ring contre ce même Arjona, chez lui, à l’aréna Marcel-Dionne de Drummondville.

C’est comme ça que j’ai vu que j’étais capable de faire face à la pression. Ça m’a toute de suite remis sur la mappe et ma carrière sur les rails, reconnaît Gaudet.

En route pour Las Vegas

Gaudet a enregistré 11 victoires de suite, y compris celle contre Arjona. Une offre inattendue est alors survenue.

Tôt en 2009, je devais me battre à Montréal pour la ceinture WBC intercontinentale. Au moment où j’arrivais dans ma chambre d’hôtel à Montréal, Stéphan m’a téléphoné pour me dire qu’une offre venait d’être faite pour me battre en Championnat du monde contre Humberto Soto, qui détenait le titre WBC des super-plumes.

Gaudet trouvait qu'un combat d'un tel calibre arrivait vite. Mais il savait aussi qu’une telle occasion ne se représenterait peut-être jamais. Classé 3e du monde par le WBC et 6e par la WBA, il a donc choisi d’y aller.

Benoît Gaudet au tapis, au 9e round, face à Humberto Soto

Benoît Gaudet au tapis, au 9e round, face à Humberto Soto

Photo : Getty Images / Al Bello

Au moment où s'est ouvert son camp d’entraînement, Larouche était parti pour des vacances prévues de longue date au Panama.

Si Gaudet était en excellente condition physique, sa préparation technique avait commencé avec deux semaines de retard.

En arrivant à Las Vegas, j’étais prêt à tout pour gagner ce combat. Ce ne fut pas une mauvaise bataille. Je pense que j’étais en avance aux points sur la carte d’un des juges. Je me suis retrouvé au plancher. Je trouvais que l’arbitre avait arrêté le combat trop vite.

Si cette deuxième défaite chez les pros a fait mal, c’est parce que Gaudet a le sentiment d’avoir ensuite été abandonné par son entraîneur et par l’entourage d’InterBox.

La défaite est arrivée à un mauvais moment. Lucian Bute était devenu champion du monde [en octobre 2007, NDLR]. Il prenait de l’importance chez InterBox. J’ai l’impression d’avoir alors été mis de côté après ce combat-là. Comme si on avait dit : "Il a eu sa chance et il n’est pas passé. Merci, bonsoir". C’est en tout cas ce que j’ai ressenti.

Benoît Gaudet

Personne ne pourra jamais lui enlever le fait qu’il a été le premier boxeur québécois à se battre en Championnat du monde à Las Vegas.

Imaginez un peu l’émotion ressentie : il s'était battu sous les regards du monde entier, dans la deuxième finale d’une soirée qui mettait en vedette le Philippin Manny Pacquiao et le Britannique Ricky Hatton.

Stéphan Larouche et Benoît Gaudet

Stéphan Larouche et Benoît Gaudet

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Rideau et marteau

C’est sous la direction de l’ancien poids lourd Jean-François Bergeron que Gaudet livrera les cinq derniers combats de sa carrière.

C’est à Mississauga, en Ontario, le 22 octobre 2011, que s’est écrit le dernier chapitre de sa vie de boxeur.

Gaudet a perdu par arrêt de l’arbitre, au 11e round, face à Logan McGuinness, dans un affrontement où il espérait reprendre le titre vacant NABA des super-plumes.

À ce moment-là, j’ai perdu cinq minutes de ma vie. Entre le moment où j’ai été mis K.-O. et celui où j’ai repris connaissance, je me suis retrouvé assis dans mon coin pendant que McGuinness donnait une entrevue au milieu du ring. On imagine que si l’arbitre avait permis au combat de continuer, les dommages auraient pu être terribles.

Benoît Gaudet

En rentrant dans sa chambre d'hôtel, Gaudet a pris une douche et s’est assis sur le bord du lit la tête entre les mains.

J’ai dit à Julie [sa conjointe depuis 25 ans, NDLR] que j’étais écoeuré de manger des coups de poing et que je pensais à arrêter de boxer. Je n’ai jamais remis les pieds dans un ring, a-t-il relaté.

Taper sur des clous

Ce choix s’était avéré difficile pour celui qui venait de consacrer plus de 20 ans à son sport.

Je n’avais jamais eu un emploi ou un vrai travail de toute ma vie. La boxe m’avait fait vivre toute ma vie et je ne connaissais rien d’autre. Une deuxième vie et de très grands défis m’attendaient, mais je n’étais pas encore conscient à quel point, explique celui qui détenait l’équivalent d’un diplôme de cinquième secondaire.

J’avais fréquenté une école adaptée parce que je n’arrivais pas à suivre en classe régulière. C’était pour moi une perte de temps totale. Encore aujourd’hui, je souffre d’un déficit d’attention.

Benoît Gaudet

Rentré dans ses terres, il « s’est fait embarquer » dans un projet de nouveau centre de conditionnement physique à l’intérieur duquel se trouverait un gymnase de boxe.

Olivier, Julie, Benoit et Charlie-Rose

Olivier, Julie, Benoit et Charlie-Rose

Photo : Courtoisie Benoît Gaudet

S'il n'a pas eu à investir de son propre argent, on lui avait quand même fait miroiter la possibilité de devenir copropriétaire de l’entreprise ou à tout le moins de partager les bénéfices quand l’opération deviendrait rentable. Rien de tout cela ne s’est matérialisé. Jamais l’investisseur principal n’a voulu mettre le tout par écrit.

Si bien que lorsque son étoile a pâli, Gaudet a vu ses heures payées et son petit salaire à titre d’entraîneur au petit gym de Drummondville être réduits peu à peu.

Puis est arrivé le moment où le jeune père de famille de deux enfants n’a eu d’autre choix que de regarder ailleurs pour subvenir à ses besoins.

J’ai toujours été intéressé par le travail du bois et de la charpente. J’avais un oncle qui pratiquait ce métier. J’admirais ce qu’il faisait. J’avais 34 ans quand je me suis finalement inscrit à l’école Paul-Rousseau. Je suis allé m’inscrire dès que j’ai quitté le gymnase.

Benoît Gaudet

Diplômé en avril 2015, il a rapidement décroché un premier emploi et travaille toujours dans le milieu de la construction.

Sa conjointe Julie est intervenante au sein de La Maison de la Famille, un organisme communautaire de soutien aux familles vulnérables ou en situation précaire. Depuis le début du confinement, elle continue de travailler depuis son domicile.

Leurs enfants Charlie-Rose, 11 ans, et Olivier, 7 ans, ont repris le chemin de l’école lundi matin.

À 40 ans bien sonnés, Benoît Gaudet s’intéresse toujours au noble art. Il suit et regarde des combats chaque fois qu’il le peut. De plus, il n’écarte pas la possibilité de s’impliquer à nouveau dans la boxe quand les enfants auront grandi.

Parce que si on peut sortir un gars de la boxe, on ne sort jamais complètement la boxe du gars.

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