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Chronique

Lawrence Stroll peut-il concevoir la réussite d’Aston Martin sans son fils Lance?

Il sourit dans les paddocks du Grand Prix de France.

Lawrence Stroll

Photo : Getty Images / Mark Thompson

BILLET - Racing Point se donne trois ans pour faire partie du top 3 de la F1, avec une nouvelle identité, grâce à Aston Martin, de nouveaux investissements et une nouvelle usine. Le patron Lawrence Stroll doit-il embaucher des pilotes à la hauteur de ses ambitions? Que fera-t-il de son fils Lance?

La folle saison des rumeurs de transfert bat son plein, même si aucune monoplace n'a encore roulé cette saison en raison de la pandémie.

Tout tourne autour de Sebastian Vettel qui devrait quitter Ferrari, et de Lewis Hamilton qui le remplacera peut-être à Maranello. Mais d'autres pilotes seront à la fin de la saison des joueurs autonomes.

Daniel Ricciardo fera partie de ceux-là, et Renault l'a confirmé lundi. L’équipe ne possède pas de clause pour le garder et la crise a fait mal financièrement à l’entreprise française.

Les deux pilotes se parlent.

Lewis Hamilton et Daniel Ricciardo lors d'une rencontre de presse

Photo : Getty Images / Clive Mason

D'autres pilotes seront en fin de contrat à la fin de 2020, Lance Stroll fait partie de ceux-là, bien que plusieurs croient qu'il a un volant assuré à vie avec Racing Point, qui deviendra Aston Martin F1 en 2021. Est-ce vraiment le cas?

Plusieurs pilotes avaient misé sur l'arrivée de la nouvelle réglementation, prévue en 2021, pour changer d'allégeance. Mais ces nouvelles règles ont été reportées à 2022, et les équipes garderont les mêmes voitures en 2021. Vettel choisira-t-il de rester une saison de plus chez Ferrari? Cela fait déjà deux offres qu'il étudie à tête reposée en ces temps de confinement.

Si Ricciardo décidait de quitter Renault, il pourrait passer du jaune au rose en 2021... si Racing Point garde le rose (du commanditaire BWT) comme couleur dominante dans sa nouvelle identité et son nouvel habillage.

Les ambitions de Lawrence Stroll

Ses investissements en F1 en 2018 avec la création de Racing Point, puis, en 2020, dans la célèbre marque britannique Aston Martin, montrent à quel point il n’hésite pas à prendre des risques.

Des voitures forment une file.

La chaîne de montage de l'entreprise Aston Martin à Warwick en Angleterre

Photo : Getty Images / Christopher Furlong

Aston Martin était en grande difficulté financière et, de l’aveu de son président Andy Palmer, ne savait pas comment faire pour traverser l’année 2020, malgré l’investissement initial de Lawrence Stroll, dévoilé en janvier.

C’était avant la pandémie qui a forcé l’entreprise à arrêter ses chaînes de montage. L’homme d’affaires québécois a depuis majoré son investissement par un prêt à l’entreprise britannique.

À la réouverture de ses deux usines, elle mettra en service à grande échelle son nouveau VUS, l'Aston Martin DBX, le modèle qui permettra une hausse des ventes annuelles.

Et grâce aux ventes du DBX, Lawrence Stroll refera d'Aston Martin une marque d'exception, c'est en tout cas son vœu, avec des modèles d'exception.

Le retour de James Bond

La sortie du 25e opus des aventures du célèbre agent secret britannique James Bond pourrait être reportée à 2021.

Voilà qui arrangerait bien Lawrence Stroll et Aston Martin. Nul doute que ce serait une grande vitrine pour la marque et pour l'équipe de F1 que l'homme d'affaires a remodelée de ses mains. Les deux événements se compléteraient parfaitement.

Au-delà de l'intérêt marketing, Aston Martin revient en F1 avec comme partenaire technique Mercedes-Benz. Les liens vont plus loin qu’une collaboration technique qui permet aujourd'hui à Racing Point d’utiliser le moteur et la boîte de vitesses de l’équipe allemande.

Racing Point a logiquement adopté la philosophie aérodynamique de la Mercedes-Benz W10 de 2019. Ce qui a fait réagir la concurrence lors des essais d’hiver de Barcelone, qui a rebaptisé la RP20 la Mercedes rose.

Ils sont en piste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli / Charles Coates

Cette Mercedes rose a toutefois reçu le feu vert de la FIA. Et le pilote Sergio Pérez n'a pas hésité à dire que Racing Point avait la voiture la plus rapide du plateau 2020. À confirmer en piste dès que possible.

Des investissements dans Aston Martin

En plus de cette collaboration technique, Lawrence Stroll a réussi à convaincre Toto Wolff, directeur de Mercedes-Benz Motorsport et patron de l’équipe allemande, d’investir dans Aston Martin à hauteur de 4,7 %.

Un investissement personnel, a tenu à préciser Toto Wolff.

Mercedes-Benz détient déjà 5 % des parts dans Aston Martin depuis 2013.

Connaissant Toto, je crois qu’il a eu raison, a affirmé le directeur général de Racing Point Otmar Szafnauer au réseau britannique Sky Sports. C’était le bon moment d’acheter des parts dans Aston Martin. Et bien sûr que nous aimerions l'avoir avec nous. Il a fait un travail fantastique avec Mercedes-Benz.

Lawrence Stroll a aussi convaincu l'homme d'affaires Ernesto Bertarelli, l'homme le plus riche de Suisse qui a fait fortune dans le domaine pharmaceutique. Il a annoncé le 17 avril avoir investi dans Aston Martin à hauteur de 3,8 %.

Avec ces investissements, l'équipe démarrera du bon pied en 2021, avec comme première monoplace la Mercedes rose, la Racing Point RP20, qui aura changé de livrée et de nom.

On a un plan de trois ans pour accéder au top 3, a dit M. Szafnauer dans un entretien publié sur le site officiel de la F1 le 24 avril. On veut accéder régulièrement au podium, et avoir des occasions de gagner des courses.

Ils discutent.

Otmar Szafnauer et Lawrence Stroll

Photo : Getty Images / Charles Coates

Ce plan de trois ans est peut-être ambitieux, car dans les trois prochaines années, si la pandémie se résorbe, l'équipe devra superviser la construction d'une nouvelle usine et l'intégration de plusieurs employés d'Aston Martin. Il faudra gérer sur deux fronts (piste et coulisses) pendant de nombreux mois.

Un pilote de premier plan

L'équipe de course a maintenant un objectif, voire un défi à relever. Et pour y arriver, pour grimper au classement des constructeurs jusque dans le top 3, Racing Point devra marquer des points beaucoup plus régulièrement. Et marquer des points, c’est le travail des pilotes.

C’est là que Lawrence Stroll devra jouer les bonnes cartes. Il est un homme d’affaires avisé, mais il doit prouver sa valeur comme patron d’équipe. Des centaines d’emplois et des dizaines de millions de dollars en revenus dépendent de ses décisions.

Doit-il aller chercher tout de suite un pilote de premier plan? Plusieurs sont en fin de contrat. Il y a Vettel, Hamilton, Ricciardo, mais aussi Valtteri Bottas et Kimi Raikkonen.

Quel est le point commun entre ses pilotes? Ils ont tous gagné des grands prix. Aston Martin a besoin d'un pilote de premier plan. Beaucoup plus que la sortie du prochain James Bond, ce sont les résultats en piste qui installeront Aston Martin dans l'imaginaire des amateurs de course. Les succès de 1959 sont déjà très loin.

Dans une conjoncture difficile pour les équipes, les pilotes les plus en vue seront peut-être tentés de troquer de gros salaires pour des contrats à long terme. Vettel ne s'en cache pas. Et c’est ce dont a besoin Racing Point. De la continuité pour progresser et pour atteindre son objectif d’ici 2024.

La F1 imposera en 2021 un plafond budgétaire de 145 millions de dollars, ce qui correspond à peu près au budget de Racing Point (anciennement Force India) de la saison 2017 (158 M$ selon Business book GP), qu’elle a finie au 4e rang au classement des constructeurs.

NDLR: Otmar Szafnauer a précisé au magazine Autosport que le budget de l'équipe Force India a été de 110 M$ pour la saison 2017

L’équipe n’aura pas à revoir ses façons de faire. Pendant que les grandes équipes devront restructurer et réapprendre à travailler à moindre coût, Racing Point devenue Aston Martin pourra avancer.

Que faire de Lance?

Engager un pilote de premier plan, c’est la prochaine étape pour l’homme d’affaires canadien.

Comme Pérez est lié contractuellement jusqu’à la fin de 2022, Lawrence Stroll a le choix entre racheter le contrat du Mexicain ou sacrifier son fils, dont il a asphalté le chemin depuis ses débuts.

Lawrence Stroll peut-il concevoir la réussite sans son fils? Ont-ils signé un pacte pour le pire ou le meilleur? Son rôle de chef d’entreprise l’obligera à y réfléchir. Peut-être laissera-t-il l’odieux à son directeur général Otmar Szafnauer.

Ils sont dans les paddocks.

Lawrence Stroll à son arrivée au circuit avec son fils, Lance Stroll

Photo : Getty Images / Charles Coates

Comme je l’ai déjà écrit dans une précédente chronique, Lawrence Stroll doit exiger plus de son fils. Exiger des résultats en 2020 pour lui garantir un volant en 2021.

Mais cette saison 2020 ne commencera pas tout de suite, au mieux en juillet. Et elle pourrait se réduire à sa plus simple expression, soit à quelques courses à huis clos. Lance n’aura aucun droit à l’erreur.

Il a prouvé qu'il savait se battre en course, mais il doit prouver en 2020 qu’il peut s’améliorer en qualification, sur un tour lancé, quand son ennemi est uniquement le chrono. C'est son gros point faible. Le temps ne joue pas en sa faveur.

Ils sont côte à côte sur la piste.

Lance Stroll entre Daniel Ricciardo et Carlos Sainz (à droite) à la fin du Grand Prix de Singapour

Photo : RDS/TSN

La pandémie ajoute une carte maîtresse dans son jeu.

La FIA a permis aux équipes d’utiliser les mêmes voitures en 2021. Si Lance réussit à exploiter au maximum les qualités de la RP20 en 2020, comme il l’a montré lors des essais d’hiver de Barcelone, il donnera à son père le meilleur argument pour le convaincre de lui faire confiance en 2021.

Lawrence Stroll repoussera alors l'idée d'aller chercher un pilote de premier plan pour donner du prestige à Aston Martin F1. Surtout si ses pilotes lui offrent des podiums dès 2020.

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