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Quand Kelyn Rowe a gâché la fête de Patrice Bernier pour une bonne cause

Il court vers un adversaire.

Kelyn Rowe a marqué le but gagnant pour le Revolution lors du dernier match de la carrière du Montréalais Patrice Bernier.

Photo : Gary A. Vasquez-USA TODAY Sports

Olivier Tremblay

Le dernier match de Patrice Bernier, il y a deux ans et demi, peut avoir une saveur douce-amère pour les supporteurs de l’Impact de Montréal. Leur favori marque devant les siens, certes, mais le Bleu-blanc-noir donne la victoire au Revolution de la Nouvelle-Angleterre en toute fin de rencontre. C’était un but crève-cœur pour les Montréalais, mais pour son auteur, Kelyn Rowe, il était chargé d’émotion.

Le vendredi 20 octobre 2017, deux jours avant cette rencontre, un garçon de six ans du nom de Devin Suau rend son dernier souffle. Il était atteint d’un gliome pontique intrinsèque diffus, une forme rare et virulente de cancer inopérable.

L’histoire de Devin avait touché Kelyn Rowe, qui a l’habitude d’accueillir de petits patients qui combattent le cancer dans une loge lors des matchs. Deux semaines avant la fin de la saison, le Revolution avait d’ailleurs fait signer un contrat symbolique d’un jour au garçon du Massachusetts, qui avait évidemment reçu un maillot à son nom.

Il ne pouvait plus quitter l’hôpital, se souvient Rowe, joint au téléphone. Ses trois frères, son père et son oncle avaient assisté à un match environ deux semaines avant que j’aille voir Devin à l’hôpital. […] Dans la semaine qui précédait la partie à Montréal, Devin est décédé. L’équipe a voulu dédier le match à Devin et à sa famille.

Même dans ses derniers jours, quand je suis allé le voir, il souriait. Il ne pouvait plus parler, mais on lisait son bonheur dans son visage. Il rougissait. Il était enthousiaste.

Kelyn Rowe

Le Revolution ne se déplace pas à Montréal dans les meilleures dispositions. Déjà exclu du portrait des éliminatoires, le club a congédié son entraîneur-chef quelques semaines auparavant. L’équipe n’a toujours pas gagné sur la route en 2017.

Les conditions semblent idéales pour que l’Impact finisse sa saison avec une ****** de victoire, comme le demande avec émotion le futur retraité Bernier à ses coéquipiers avant la rencontre, dans le vestiaire.

Dans celui du Revolution, c’est Rowe qui prend la parole. Un maillot au nom de Devin est accroché au mur. Tous les joueurs portent des brassards noirs à sa mémoire.

Il lève la main gauche pour saluer la foule après son dernier match.

Patrice Bernier a joué ses six dernières saisons à l'Impact de Montréal, de 2012 à 2017.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Rowe, qui n’a plus joué depuis deux mois à cause d’une blessure au genou, amorce la rencontre sur le banc. Il voit les siens prendre l’avance à deux reprises et Bernier marquer le dernier but de sa carrière avant de monter au jeu, à la 87e minute.

Moins de trois minutes plus tard, Matteo Mancosu crée l’égalité pour l’Impact. Ignacio Piatti, à une minute de la fin du temps ajouté, passe tout près d’exaucer le souhait de Bernier. Mais Rowe profite de la relance. Il accepte une remise de Kei Kamara dans le rond central.

Je croyais qu’ils viendraient me presser, mais ils n’arrivaient pas, explique Rowe. Alors je me suis dit : pourquoi pas? Je n’ai rien à perdre. Je n’ai eu que 10 minutes de jeu. Aussi bien tirer.

Seul ou presque à quelque 25 mètres du but, il laisse partir une frappe que Maxime Crépeau, devant le filet du Bleu-blanc-noir, ne peut stopper. Rowe peine à y croire. Il avait déjà eu le temps de se convaincre que le tir survolerait la transversale.

Rowe retire son brassard noir et l’embrasse avant de pointer ses deux index vers le ciel.

Quand l’arbitre a sifflé la fin du match, je me suis mis à pleurer, reconnaît Rowe. Je suis près de mes émotions, et Devin a été le premier à m’atteindre à ce point-là. Je savais que, peu importe ce que je faisais, il allait mourir. C’est dur à avaler. Tu veux quand même rendre ces moments heureux, mais c’est difficile de concevoir que tes efforts ne durent qu’un instant.

Rowe n’est pas le seul à pleurer ce jour-là au stade Saputo. Bernier avait lui-même quitté le terrain en larmes à la 82e minute du match. Pas du genre rancunier, le Québécois va à la rencontre de Rowe après la fin des hostilités, même si l’Américain vient de marquer son sixième but contre l’Impact, un de ses adversaires préférés.

Patrice est un bon gars, souligne Rowe. Il m’a dit : “Tu es vraiment obligé de marquer contre nous chaque fois, hein?” Je me suis excusé! Il a mené une brillante carrière, et je trouve ça génial qu’il soit maintenant entraîneur là-bas. J’ai adoré jouer contre lui, nous avons souvent parlé après les matchs.

Je me suis excusé à Patrice, mais il savait aussi ce que ça voulait dire pour moi, alors tout était correct entre nous. Il sait que je n’essayais pas de ruiner son moment.

Kelyn Rowe

Dès son retour en Nouvelle-Angleterre, Rowe se rend aux funérailles de Devin. Même s’il a porté les couleurs de Kansas City et de Salt Lake en 2019 avant de se joindre une nouvelle fois au Revolution en décembre dernier, le joueur est demeuré en contact avec la famille, qui a traversé d’autres épreuves depuis – un processus de divorce houleux et un cancer de la peau qu’a heureusement vaincu la mère de Devin.

Avec les réseaux sociaux, c’est facile de garder le contact, souligne-t-il. Ils ont démarré leur propre fondation, et ils contribuent à la cause dans la région. Je communique encore avec les garçons. Ils grandissent. Ils retrouvent l’aspect un peu plus normal de la vie.

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