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James Piccoli gravit 100 fois Camillien-Houde en une journée et amasse 16 000 $

Il est en plein effort.

James Piccoli lors de l'une de ses 100 montées de la voie Camillien-Houde, samedi, devant le vélo blanc installé en hommage à Clément Ouimet, qui a perdu la vie le 4 octobre 2017 à cet endroit.

Photo : Charles Ouimet/@refinedmoment

Olivier Paradis-Lemieux

Le pari que s’était lancé James Piccoli pour appuyer les travailleurs de la santé pouvait sembler un peu fou, même pour un cycliste professionnel. Mais samedi, après plus de 14 heures et 330 kilomètres d’effort continuel, dont 160 en ascension, il a pu crier victoire après sa 100e montée de la côte la plus célèbre de Montréal. Il a amassé au passage près 16 000 $ en dons.

J'ai eu beaucoup de soutien. Je veux dire merci à tout le monde qui est venu m'encourager, qui est venu rouler une ou deux fois avec moi. J'ai beaucoup entendu de “Go James”. Merci. Ça m'a vraiment donné des forces, dit le cycliste de 28 ans, joint chez lui avant qu’il ne remonte sur son vélo afin de poursuivre sa récupération.

C’est pour rendre hommage aux travailleurs de la santé comme sa conjointe infirmière, qui vivent au quotidien les répercussions de la pandémie de COVID-19, qu’il s’est lancé ce défi surhumain, à l’initiative d’un de ses amis, Michael Pinto.

L’objectif de 3000 $ a vite été dépassé pendant la semaine. Les 12 heures d’ascension du 1,6 kilomètre de la voie Camillien-Houde, pour souligner les quarts de travail de 12 heures et plus de ceux qui œuvrent pendant la pandémie, sont devenues 100 montées devant l’engouement, un objectif qu’il se doutait pouvoir atteindre en une quinzaine d’heures. Finalement, il a eu besoin de 14 heures 40 minutes… et de brûler 12 000 calories.

L’argent recueilli sur la plateforme GoFundMe (Nouvelle fenêtre) servira à acheter des masques et des fournitures médicales pour les travailleurs de première ligne.

« Il y a des manques, surtout dans les CHLSD, d'équipements. Ils ont vraiment besoin [d'aide]. Je suis un cycliste, je ne fais pas grand-chose d'autre dans mes journées. C'est la seule chose que je pouvais faire » , indique-t-il.

Je pense que vraiment cette idée-là que j'ai eue avec mon ami Michael Pinto, ç'a touché beaucoup de monde. Parce que beaucoup des personnes qui sont venues me soutenir, je ne les avais jamais rencontrées. Ils ont vu ça quelque part sur Internet, soit il y avait un lien avec une expérience dans le passé. Ils connaissent des travailleurs dans le domaine de la santé. Ç'a vraiment touché beaucoup de monde et on peut le voir dans les dons. On est presque à 16 000 $ de dons. On est super contents d'avoir pu toucher les gens de cette façon.

Il est assis sur un banc.

Une pause bien méritée pour James Piccoli entre deux ascensions de la voie Camillien-Houde.

Photo : Charles Ouimet/@refinedmoment

Repousser ses limites

Les cyclistes professionnels ont une endurance physique et mentale hors du commun, et il n’est pas rare qu’une course cycliste puisse atteindre 5 heures, voire 6 ou à l'extrême 7 heures. Mais ce qu’il a accompli samedi n’est en rien comparable avec une journée normale sur un vélo.

14 heures, c'est deux fois plus, calcule-t-il. Je m'attendais à pire. Les jambes sont un peu fatiguées, mais c'est plus de la fatigue générale. Ça fait deux-trois nuits que je ne dors pas vraiment bien. J'avais un peu de nervosité avec le défi. Surtout, la journée même, je me suis levé à 3 h du matin.

On n'a pas eu de malchance, mais on peut toujours avoir des bris mécaniques, des chutes, des mauvaises températures. Il y a toujours des inconnus dans le monde du cyclisme. J'avais juste peur que quelque chose arrive

James Piccoli

James Piccoli était en terrain inconnu. S’il connaît ses limites de puissance pour des efforts chronométrés, de 5 minutes jusqu’à une heure, pour une si longue épopée, il n’avait aucune idée de ce qu’il pouvait fournir.

Alors j'y allais au feeling, explique-t-il. C'était un bon rythme. C'était un rythme que je me voyais soutenir pendant 14-15 heures. J'avais quand même beaucoup de changement de rythme. J'ai commencé assez mollo le matin. Je me suis laissé du temps pour me réchauffer un peu. Et pendant la journée quand je me sentais bien, je poussais un peu plus. Et j'ai juste craqué pour 10-15 montées où je ne me sentais pas super bien. Mais j'ai eu un deuxième souffle et mes jambes sont revenues avec 10 tours de la fin.

De 10 à 15 montées où l’on craque peuvent toutefois être un calvaire quand on sait que le Grand Prix cycliste de Montréal, qui est réputée comme étant l’une des courses d’une journée les plus éreintantes du monde, emprunte à 18 reprises la voie Camillien-Houde en tant que difficulté principale.

Le Grand Prix cycliste, c'est beaucoup plus un effort violent avec Camillien-Houde à plusieurs reprises et Polytechnique, précise James Piccoli. Il y a plusieurs relances avec des virages et tout ça. C'est plus violent comme effort. Hier, c'était physique, mais mental aussi. Rester concentré dans la descente. Rester sur le même rythme. Rester allumé. C'était toutes ces choses qui étaient plus importantes [...] Une grande partie de l'habileté d'un cycliste professionnel, c'est de rester concentré mentalement quand le corps est fatigué.

Monter 100 fois Camillien-Houde veut également dire descendre 100 fois la montagne, et même s’il est un habile pilote et qu’il connaît par cœur chacun de ses virages, il y avait un risque, toujours, qu’un moment d’inattention provoque une chute.

Il est accroupi sur son vélo.

James Piccoli redescend la voie Camillien-Houde, en position de recherche de vitesse, au lever du soleil.

Photo : Charles Ouimet/@refinedmoment

Les dernières 10-15 montées quand il a commencé à faire noir un peu, et avec la fatigue de la journée, je commençais à prendre la descente plus simplement, avoue-t-il. Je sacrifiais 10-15 secondes chaque descente. Je la connais très bien, mais ce qui était un peu difficile à gérer samedi, c'est que c’était une super belle journée. Il y avait plein de gens en auto, qui se promenait, avec un peu de trafic, ça ne valait pas la peine de faire le fou.

Même si ce défi n’était en rien comparable avec le type d’effort requis dans une course de l’élite mondiale – James Piccoli devait notamment prendre part à son premier grand tour cet été sur les routes du Giro en Italie avec Israel Start-Up Nation –, l’expérience acquise sur les pentes du mont Royal restera en lui à jamais.

On cherche toujours des moyens de repousser nos limites, et je l'ai fait samedi. Je me suis surpris même avec le rythme que j'avais dans le milieu de la journée. La prochaine fois que j'aurai une longue course ou un grand tour ou une course par étapes, je vais toujours me souvenir du jour où j'ai fait 100 Camillien-Houde, que je ne pensais pas pouvoir le faire, et je l'ai fait.

Le cycliste de Mont-Royal est catégorique, même s’il détient l’ascension la plus rapide de la voie Camillien-Houde (en 3 minutes 33 secondes) recensée par l’application prisée des cyclistes Strava, ces 100 montées consécutives ne deviendront pas une des étapes régulières de ses camps d’entraînement. Une fois, c’était bien assez.

Non!, lâche-t-il en riant. C'est drôle parce que j'ai fait il y a deux ans un Everesting (8848 mètres d'ascension, la hauteur du mont Everest), justement à Montréal, et j'ai dit que je ne referais jamais ça dans la vie. Là, je le dis encore. Je me suis amusé. C'était une super cause. J'ai été vraiment touché. Ç'a été une expérience inoubliable. Mais... c'est long. (rires)

Si les jambes vous fourmillent et que vous empruntez la voie Camillien-Houde dans les prochaines semaines et les prochains mois, vous avez de fortes chances de croiser James Piccoli, tant et aussi longtemps qu’il n’aura pas réintégré les rangs de son équipe cycliste.

Pour rester bien calé dans sa roue, ce sera une autre histoire.

Les photographies de James Piccoli sont une gracieuseté de Charles Ouimet (Nouvelle fenêtre).

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