•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Lysanne Richard, ou l'art de la souplesse

Elle s'élance de la plateforme, à Mostar, en Bosnie-Herzégovine.

Lysanne Richard

Photo : Dean Treml/Red Bull Content Pool

Marie-José Turcotte

BILLET - La planète sport est en pause, une gracieuseté de la COVID-19. Un temps d’arrêt qui permet une introspection, des remises en question… encore plus quand le tic-tac de la retraite se fait entendre.

C’est vrai qu’il ne me reste pas 50 ans à faire ce sport, reconnaît, du haut de ses 38 ans, la plongeuse de haut vol Lysanne Richard. Mais je ne me suis pas dit : “Ah! la saison est annulée, je prends ma retraite.” Je ne suis pas rendue là du tout.

Voilà qui a le mérite d’être clair!

Lysanne, pour moi, c’est un être d’exception.

Je vous raconte une anecdote. Pour l’émission Podium, nous avons fait un documentaire sur elle. Avec le réalisateur Éric Santerre et le caméraman Pierre Mainville, nous l’avons suivie au printemps 2019, entre autres, jusqu’en Irlande, pour une des étapes de la Série mondiale de plongeon de haut vol Red Bull.

Elle réalise une figure.

Lysanne Richard en action le 12 mai 2019, à Dublin, en Irlande.

Photo : Romina Amato/Red Bull Content Pool

Avant le départ, j’ai dit à mes deux collègues : Cette fille-là est tellement fine, aimable, ce n’est pas possible. En Irlande, elle va nous avoir dans ses bottines 24 heures par jour, on va bien voir quel genre de personne elle est.

Eh! bien, Lysanne est une… vraie fine! Incroyablement aimable, affable.

Elle a cette faculté de toujours voir le côté positif de la vie et de faire preuve d’énormément de souplesse. Faute de voyager et de s’élancer d’une falaise, sa tête est saturée de projets! Celui qu’elle caresse depuis quelques années déjà, c’est d’ouvrir un centre d’entraînement de plongeon de haut vol, dans la nature.

Le lieu pour l’instant est ultrasecret. Mais ce serait en Beauce, au bord d’un lac où se trouve une magnifique paroi rocheuse, qui s’élève à au moins 24 m au-dessus de l’eau. Elle a déjà l’accord du propriétaire du terrain. On va s’assurer que c’est sécuritaire à tous les points de vue, ajoute-t-elle.

J’ai envie de me servir de ce temps-là pour développer le côté plus naturel du sport. En ce moment, on n’a plus le droit d’aller dans les piscines. Mais dans le fond, le cliff diving, c’est comme le retour aux sources, c’est la nature, j’ai envie de développer ça.

J’ai envie de rester impliquée dans mon sport pour aider à former la relève et participer à des projets de développement.

Lysanne Richard

Déjà, Lysanne a beaucoup donné! Sa passion est contagieuse, mais, surtout, son implication est hors du commun. Comme sa discipline est relativement jeune, elle s’applique à la faire connaître et à faciliter la pratique de ce sport hors-norme. Le plongeon de haut vol, c’est dangereux. Il faut l’apprivoiser et, pour ça, ça prend le bon équipement.

Lysanne Richard réalise une figure en plein vol.

La piscine olympique de Montréal est désormais dotée d'une plateforme de 18 m et d'une autre de 20 m.

Photo : Courtoisie/Lysanne Richard/Jean-François Savaria

Grâce à sa fougue, elle a réussi à doter Montréal d’installations uniques. Depuis quelques étés, il y a à la piscine Jean-Drapeau, sur l’île Notre-Dame, une plateforme de 22 m qui est idéale pour l’entraînement et pour offrir des spectacles.

Lysanne a aussi obtenu toute la collaboration des responsables de la piscine olympique. Déjà, l’endroit est doté d’une plateforme de 18 m et, tout récemment, on en a ajouté une deuxième à 20 m, au grand bonheur de Lysanne Richard.

Et là, c’est complètement fou, insiste-t-elle, on est la seule piscine au monde qui a des installations comme ça à l’intérieur. On devait recevoir, à la fin avril, un camp d’entraînement international qui a été reporté. Le Canada va devenir une référence, c’est un outil tellement important.

Sans ces installations, Lysanne n’aurait jamais pu atteindre le même niveau, tout en restant à la maison en dehors des périodes de compétition. Ce sont ses résultats qui bâtissent sa réputation. Je peux vous dire que la notoriété de Lysanne transcende nos frontières. Au printemps dernier, lors de l’étape irlandaise de la Série mondiale Red Bull, un des responsables du circuit lui avait rendu un bel hommage.

Elle réalise une figure après avoir sauté d'une paroi rocheuse aux Philippines.

Lysanne Richard a fait ses débuts sur le circuit de la Série mondiale du plongeon de haut vol Red Bull en 2014.

Photo : Dean Treml/Red Bull Content Pool

Je pense qu’elle représente le passé de ce sport, le présent et le futur. Je crois que c’est la seule personne qui peut dire qu’elle fait ces trois temps.

Hassan Mouti, directeur de la compétition, Red Bull Cliff Diving

Le passé, pourquoi? Parce que, justement, elle a l’expérience, elle est avec nous depuis très longtemps, avait-il poursuivi. Le présent parce qu’elle est encore là. Et pas dans les dernières places, elle est encore là pour travailler, pour jouer le podium. Et le futur parce que je pense qu’elle sera encore là quelques années. Et elle va aussi transmettre son savoir-faire à la nouvelle génération.

C’est vrai que, sur le circuit, Lysanne n’hésite jamais à partager ses connaissances avec ses adversaires. Le milieu du haut vol a ceci de particulier : il n’y a pas de place pour l’erreur. Personne ne veut voir un plongeur faire une mauvaise exécution et se blesser gravement.

Lysanne, comme les autres, veut gagner. Mais le plus important, c’est la passation du savoir pour assurer la bonne santé de cette épreuve de voltige extrême. Et dans le cas de Lysanne, il y a aussi une expérience de vie peu répandue dans le sport de haut niveau.

Ils prennent la pose.

Lysanne Richard en compagnie de deux de ses trois enfants et de son conjoint.

Photo : Courtoisie/Lysanne Richard

Je pense que j’ai aussi un autre rôle : montrer que c’est possible de concilier le plongeon et la vie de famille. Plusieurs filles me disent : “Je pensais que je ferais quelques saisons et que j’arrêterais pour fonder une famille. Mais je vois que, toi, tu y arrives.” Donc, elles se disent qu’elles peuvent le faire. D’ailleurs, je me demande si cet arrêt cette saison, attribuable à la pandémie, ne va pas provoquer un bébé boom sur le circuit…

Ce que Lysanne, mère de trois enfants, trouve le plus difficile dans sa profession, ce sont les nombreux voyages. Cet arrêt forcé lui permet de vivre avec sa famille, de coller ses petits tous les matins.

Peut-être devra-t-elle reprendre la route à l’automne, puisque la Série mondiale Red Bull espère recommencer ses activités, en novembre, en Australie.

Si le coronavirus fait toujours des siennes, la reprise se fera en 2021. L’année des 40 ans de Lysanne.

Oui, le tic-tac est immuable… Mais quoiqu’il arrive, Lysanne Richard sera à jamais une des pionnières du plongeon de haut vol et elle aura grandement contribué à son rayonnement!

À lire aussi :

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Plongeon

Sports