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Pourquoi tout le monde court-il soudainement?

Elle passe devant un mur couvert de graffitis.

Une Anglaise fait de la course à pied.

Photo : afp via getty images / ANDY BUCHANAN

Christine Roger

On a vu le marathonien très équipé, la maman avec ses enfants, cet homme chaussé de Converse et cette femme qui avance à pas de tortue. Depuis le début de la période de confinement, on a parfois l’impression que la majorité de la population québécoise s’est mise à la course à pied.

Comment expliquer cette nouvelle tendance? Après qui ou après quoi les gens courent-ils? Sont-ils à la recherche d’un moment de quiétude loin du tumulte familial? Est-ce pour faire fondre les kilos en trop? Ou simplement pour imiter son voisin?

Pour ceux qui faisaient déjà de l’activité physique, la course va de soi. Selon Véronique Richard, titulaire d’un doctorat en sciences de l’activité physique et d’une spécialité en psychologie de la performance, ceux qui jouaient dans une ligue de hockey ou allaient dans une salle d’entraînement, par exemple, sont simplement à la recherche des mêmes sensations.

C'est certain qu'il y a beaucoup de bénéfices neurobiologiques par rapport au fait de faire des activités aérobiques. On sait qu’en courant, on sécrète des endorphines qui te donnent une espèce de sensation d'euphorie, de plaisir intense, explique Mme Richard.

Être confiné à la maison depuis plusieurs semaines, côtoyer les mêmes personnes 24 heures sur 24, la situation actuelle mine le moral de beaucoup de monde. La course devient vraisemblablement un outil important pour contrôler l’humeur et l’instabilité émotionnelle.

C'est bien démontré, quand on fait une activité physique modérée à élevée, on a nécessairement un impact positif sur la régulation des émotions, souligne la Dre Johanne Lévesque, neuropsychologue. 

Ça augmente le niveau de sérotonine dans le cerveau, qui est un neurotransmetteur qui module l'humeur. Ça augmente aussi la quantité de dopamine, qui est associée au plaisir et à la motivation. Ça aide donc à améliorer notre état émotionnel, ajoute-t-elle.

Les adeptes de course à pied connaissent les bienfaits de l’activité physique. Ils savent pertinemment qu’ils risquent d’avoir une meilleure capacité de concentration après avoir passé un moment à l'extérieur à bouger.

Mais une personne qui n’avait jamais couru avant le début de la pandémie de coronavirus, pourquoi court-elle aujourd’hui? Dans son cas, la réponse est probablement plus sociale que physiologique.

Le phénomène de contagion sociale est réel, soutient Mme Richard. Il n'y a pas juste les virus qui sont contagieux. Les comportements humains le sont aussi. Un peu comme on l'a vu avec l'épisode du papier de toilette. Quand il y a un mouvement social qui se déclenche, c'est un peu comme s'il y avait une perte de rationalité et les gens ne font qu'imiter leur voisin.

Pour toutes ces personnes qui ont l’impression d’avoir perdu leurs repères, la course peut être le moyen qu’elles ont trouvé pour garder un sentiment de contrôle sur leur vie. C’est encore plus véridique pour les gens qui sont anxieux de nature et qui voient leurs symptômes exacerbés en raison de l’incertitude actuelle.

On n’a jamais été aussi restreints dans nos comportements. On a besoin d’avoir le contrôle sur quelque chose, sur une facette de notre vie et courir ou marcher est une bonne option, souligne Mme Richard.

Souvent, les gens anxieux ont tendance à reproduire une routine pour savoir ce qui les attend. S’ils arrivent à mettre en place une routine qui inclut l'activité physique, c'est certain qu'ils vont mieux que ceux qui restent à regarder les nouvelles en boucle, assure la Dre Lévesque.

Peu importe pour qui ou pourquoi l’on court. Peu importe la vitesse ou la durée. Que l’on soit seul ou accompagné. Voilà au moins un peu de positif dans ce nouveau quotidien devenu morose plus souvent qu’à son tour.

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