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À quoi ressemblera votre ligue de garage post-COVID-19?

Ils regardent un match depuis le banc.

Des joueurs de ligue de garage

Photo : Julien Lecacheur

Jean-Patrick Balleux

« Je ne retournerai pas en septembre, même pour 100 $ par game », confie Mario Millette, qui arbitre depuis une trentaine d’années dans le Grand Montréal. Après la Ligue nationale (LNH) et le hockey mineur, au tour des ligues de garage de tenter de s’imaginer une ère post-COVID-19.

Au Québec, il y a environ 400 000 hockeyeurs et hockeyeuses du dimanche. Même avec le double du salaire habituel, Mario Millette n’a pas l’intention de renouer avec son sifflet à court terme.

Je n’ai pas envie de tenir la puck à proximité de deux joueurs en sueur et qui crachent sur la glace, explique-t-il. Il faudrait éliminer les mises en jeu. Mais est-ce que ce sera encore du hockey?

Simon Mailhiot, gérant des six clubs de la ligue Hockey Rive-Nord, basée à Lorraine, est du même avis.

Si je dois être à deux mètres de l’arbitre et à deux mètres du joueur de centre de l’autre côté, déjà en partant, ça ne marche pas. On met la rondelle dans le milieu, et c’est le premier joueur qui va la chercher? Tant et aussi longtemps qu’il y a la (mesure de) distanciation (sociale), la pratique du sport, autant le hockey que le soccer, le football et le basketball, devient virtuellement impossible.

Simon Mailhiot, qui permet à 140 adultes de se défouler chaque dimanche après-midi à Lorraine depuis 2013, estime à 6 sur 10 les probabilités de voir les ligues de garage reprendre leurs activités en septembre. À moins de voir une immunité communautaire se développer, dit-il, et dont l'efficacité reste encore à prouver.

Mes éliminatoires n’auront pas lieu cette année. Je n’aurai pas de champions […] C’est simple, on va recommencer en septembre, et that’s it… ce que les ligues professionnelles devraient faire aussi, selon moi. Too bad, mais on est rendus à ça. Par contre, comme gestionnaire, je sais que j’ai des joueurs qui ne reviendront pas. Chacun est parti avec son chandail fourni par la ligue. J’ai environ 8000 $ de chandails, et ils sont un peu partout. Et je n’ai pas le droit d’aller les chercher, car je dois rester à distance.

Simon Mailhiot, gérant de la ligue Hockey Rive-Nord

Joueurs et chandails confinés

Comme toutes les ligues de garage au Québec, les problèmes ont commencé avec la fermeture de la province le 13 mars. Les maux de tête, notamment financiers, des gérants bénévoles de ligues sont apparus.

Les joueurs veulent être remboursés pour les matchs annulés, les gestionnaires demandent des comptes aux arénas pour les locations de glace payées d’avance. Quant aux villes, elles ont souvent envoyé en télétravail ou en chômage technique leurs employés de services non essentiels, comme ceux des services de loisirs.

Les gérants d’arénas, privés ou publics, sondés par Radio-Canada Sports ont refusé de répondre à nos questions.

Pas parce qu’ils ne voulaient pas participer. Simplement parce qu’ils demeurent dans le brouillard tant qu’il n’y aura pas de nouvelles directives émises par Québec sur la réouverture des arénas, les attroupements publics et la fin des deux mètres de distanciation sociale.

Ligues de garage 2.0

Les gestionnaires de ligues, eux, ont déjà des idées pour repartir leurs activités.

Thierry Holdrinet s’occupe d’une ligue au YMCA Hochelaga, à deux longueurs de patinoire du stade olympique. Il a dû faire le double deuil de ne pas pouvoir conclure la saison et d’assister, impuissant, à la fermeture définitive de l’aréna. Une question de vétusté non reliée à la COVID-19.

Il croit au retour du hockey de garage à 7,5 sur 10 en septembre, mais à certaines conditions, notamment en ce qui concerne les joueurs âgés de plus de 60 ans.

Le risque zéro n’existe pas, dit Holdrinet, qui croit davantage à un traitement qui permettrait de limiter les effets nocifs sur la santé qu’à un vaccin pour accélérer le retour du hockey et d’autres activités.

Il faudrait faire une sélection des joueurs : éliminer du jeu une personne à risque d’avoir des symptômes graves (asthmatiques, diabétiques, etc.) ou qui côtoie des proches à risque, pas de travailleurs de la santé ou en contact direct avec des personnes porteuses du virus et pas de premiers répondants.

Thierry Holdrinet, gérant et joueur de la ligue de garage du YMCA Hochelaga

Il estime qu’à moyen et long terme, empêcher la pratique du sport pourrait avoir des effets graves sur la société.

La sédentarité et la déprime dues au manque de contacts sociaux sont très nuisibles à notre santé physique et mentale, dit-il. S’il faut augmenter le nombre de personnes immunisées et qui peuvent ensuite faire un don de plasma, aussi bien que ce soit parmi une tranche de population déjà en bonne forme pour diminuer les risques de complications.

Nicolas Moisan gère quant à lui une ligue à Boucherville, sur la Rive-Sud. Il estime un retour du hockey en septembre à 60 %. Mais au fur et à mesure que les mesures de déconfinement sont annoncées, il devient plus optimiste.

En entrevoyant un déconfinement graduel et un retour aux activités habituelles en mai, je suis d'avis qu'en juillet ou août, on devrait permettre aux joueurs de hockey de pratiquer leur sport favori, en limitant le nombre de personnes dans les vestiaires et aux patinoires.

Il rejoint ainsi Simon Mailhiot. Mais tout dépendra de la ligne directrice de Québec sur la réouverture des arénas.

Je pense déjà à mes règlements pour l’an prochain. Bien que je trouve que c’est une bonne chose de la faire, la poignée de main en fin de match, je pense que je l’abolis, dit Mailhiot, qui a aussi l’intention de fournir une gourde d’eau à chacun des joueurs. COVID-19 ou non, ce sera fini les 6 bouteilles pour 10 joueurs sur le banc!

D’autres réaménagements sont plus compliqués à réaliser, comme la proximité dans les vestiaires.

Les arénas au Québec ne sont pas du tout faits pour les joueurs adultes. [Dans] la majorité des arénas, les vestiaires sont faits pour des jeunes ados de 12, 13 ans qui ne sont pas aussi larges que des hommes, ajoute-t-il. Moi, ça me prend trois pieds de large pour m’habiller, et je ne suis pas dans les plus costauds. Et je ne suis pas un gardien de but!

Jouer dehors à l'hiver?

L’arbitre Millette partage aussi ce point de vue. Il pense à l’aspect sanitaire et se demande comment 11 ou 12 adultes peuvent partager un petit vestiaire et des douches sans être dans la bulle des autres. Il lance même l’idée de jouer des matchs à 3 contre 3 sur les glaces extérieures durant l’hiver et d'obliger les hockeyeurs à troquer la grille pour la visière complète.

Thierry Holdrinet doute de la viabilité sanitaire de jouer en hiver, où les sécrétions nasales se multiplient avec le froid. Par contre, il voit la visière complète et la bouteille d’eau individuelle comme des solutions viables.

Il y a aussi des masques pour sportifs, destinés jusqu’ici aux coureurs et aux cyclistes. C’est plus pour les particules fines de pollution. Mais si tout le monde en porte un et le nettoie, ça peut devenir un équipement requis pour jouer.

Une chose est certaine : tous les gestionnaires de ligues de garage ont hâte de retourner sur la glace, mais sont conscients que la santé publique doit demeurer une priorité avant le sport. Les effets à court terme du début du déconfinement du gouvernement Legault nous en diront davantage sur la suite des choses… et du hockey.

Pourrait-on devoir se passer de ligues de garage et de sport jusqu’à l’arrivée d’un vaccin contre le coronavirus?

Possiblement, à moins qu’on ne voie une immunité communautaire se développer. Mais ça reste à prouver si on devient immunisé en l’ayant contractée ou non. Mais personne ne sait, conclut Simon Mailhiot.

Il reste à voir ce que feront les arbitres, comme Mario Millette, lorsque viendra le temps de retrouver la glace pour régir du hockey à 13 belligérants : 10 joueurs, 2 gardiens... et cet ennemi nommé COVID au chandail numéro 19.

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