•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'entraînement chez les enfants, bon ou mauvais?

Il est penché et agrippe la barre.

Un enfant essaie de soulever une barre avec des poids.

Photo : getty images/istockphoto / Yobro10

Christine Roger

Retards de croissance, problèmes osseux, blessures ligamentaires. On a longtemps cru que l’entraînement chez les enfants pouvait être néfaste pour leur développement. Pourtant, les plus récentes études montrent tout à fait le contraire. Non seulement ce n’est pas dangereux, mais l’entraînement serait même bénéfique et recommandé pour les enfants.

On sait qu'il y a énormément de bénéfices au niveau de la santé cardiovasculaire, du contrôle du poids, du contrôle de la pression artérielle, au niveau du profil métabolique et de la santé osseuse. L’activité physique va être bénéfique pour un enfant ou un adolescent qui est encore en développement, affirme d’entrée de jeu le Dr Jérôme Ouellet, pédiatre en médecine sportive.

Jusqu’au début des années 2000, certaines études prétendaient que les enfants et les adolescents ne devaient pas soulever de charges, tant qu’ils n’avaient pas atteint une maturité squelettique. Aujourd’hui, on réalise que ces données étaient sans fondements réels.

Le British Journal of Sports Medicine, qui est l’un des plus grands magazines de médecine au monde, a publié un dossier à cet effet en 2014, conjointement avec le Comité international olympique (CIO) et certaines des plus grandes sociétés de pédiatrie du monde.

Cet énoncé dit clairement que tant et aussi longtemps que c’est bien fait, que c’est supervisé, que c’est approprié en fonction de l’âge du patient et de l’âge d’entraînement, il n’y a pas de danger à ce qu’un enfant fasse de l’entraînement en résistance. Il n'y a aucune donnée qui démontre que c'est dangereux pour leur plaque de croissance, explique le Dr Ouellet.

Contrairement à la croyance populaire, soulever des poids permettrait même aux enfants de prévenir les blessures. Il n'est pas question pour un enfant de 7 ans, cependant, de travailler avec une charge qui pèse trois fois son poids.

Cette ligne de pensée s’applique à toute forme d’activité physique. Un enfant ou un adolescent aimerait faire du triathlon ou courir de longue distance? Pourquoi pas? Même chose pour l’haltérophilie ou le CrossFit, formes d’entraînement souvent controversées, tant chez les adultes que chez les enfants.

Évidemment, les exercices et les distances doivent être adaptés à l’âge et aux capacités de l’enfant. Pour Andrick Fournier, entraîneur de CrossFit, notamment auprès des enfants, la clé est de demeurer dans le plaisir.

Il faut limiter les mouvements qui sont trop complexes pour que l'enfant bouge de façon dynamique, qu’il ait du plaisir et puisse se maintenir en forme, soutient le titulaire d’un baccalauréat en éducation physique.

Le ballon est au-dessus de sa tête.

Un enfant joue au soccer.

Photo : afp via getty images / YURI KADOBNOV

Attention au surentraînement

Outre les fractures et les déchirures ligamentaires qui peuvent survenir à tout âge et à tout moment, la majorité des jeunes athlètes qui consultent le Dr Ouellet sont aux prises avec des problèmes chroniques liés à la surutilisation.

Ce que je vois beaucoup, ce sont des blessures aux plaques de croissance. Souvent, les enfants vont soumettre leurs corps à un stress répétitif, mais on ne laisse pas suffisamment de temps au corps pour bien récupérer, souligne le pédiatre.

Ça va surtout être causé par des déficits au niveau de la biomécanique, c'est-à-dire que l'organisation du mouvement de l'enfant n'est habituellement pas très bonne. Ce peut être un manque de flexibilité, des problèmes de coordination, d'activation, de contrôle, de balance musculaire, etc. Ça peut aussi être lié à la croissance, ajoute-t-il.

Il arrive cependant que le corps en fasse tout simplement trop. Trois matchs de hockey par semaine, les entraînements hors glace, le CrossFit, etc. Personne n’est à l’abri du phénomène de surentraînement, même les enfants. Si l’accumulation des blessures est une indication, les signes peuvent être beaucoup plus subtils.

L’activité physique, c'est supposé te donner de l'énergie. Quand ton enfant fait du sport et qu’il est plus mort chaque fois qu'il en fait, c'est un signe, affirme la kinésiologue Julie Graham.

Leur performance va se dégrader de plus en plus. Les signes de surentraînement, c'est un peu comme les signes de dépression : un manque de motivation, une fatigue, des problèmes de sommeil, etc.

Il faut écouter l'enfant. C'est super important que tout au long de la progression de l'enfant, il ait du plaisir, de la motivation et qu'il reste en santé, ajoute Andrick Fournier.

Dans le cas d’un enfant avec un problème de surpoids, la clé est d’y aller progressivement et, surtout, de le garder motivé. L’important est de ne rien imposer à l’enfant, mais de l’initier à l’activité physique sous forme de jeu ou en lui faisant faire des choses qu’il aime, comme aller promener son chien ou faire du vélo.

Il faut les faire bouger, mais de manière ludique. Les enfants peuvent faire n'importe quoi, mais il faut qu'ils accumulent des succès. Le sport, ce n'est pas vrai que ça doit être une corvée. Si tu détestes ça au jour un, ce sera un échec, dit Julie Graham.

Il faut néanmoins tenir compte de certaines particularités liées à l’obésité et adapter l’entraînement en conséquence.

Des enfants obèses ont un centre de gravité qui est différent, vont avoir souvent plus de douleurs au niveau des articulations, vont avoir une moins bonne coordination, explique le Dr Ouellet.

Courir sur un tapis roulant sera donc préférable, plutôt que d’aller courir dehors, en raison de l'absorption des chocs. L’exerciseur elliptique ou le vélo stationnaire seront aussi d’excellentes options puisqu'ils sont sans impact et sans mise en charge, tout comme toute forme d’exercices en piscine.

S’il n’y a pas de limitations en tant que telles quant à l’entraînement chez les enfants, il faut tout de même demeurer réalistes. Peu importe son âge et sa condition physique, il ne faut certainement pas s’attendre à ce qu’un enfant obtienne les mêmes résultats de performance qu’un adolescent de 17 ans ou qu’un homme de 28 ans.

Après tout, ce ne sont que des enfants!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Entraînement physique

Sports