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Les ligues parlent d'un retour, une scientifique prône la prudence

Elle parle dans un micro.

Nima Machouf, épidémiologiste

Photo : Radio-Canada

Michel Chabot

En cette période de pandémie, alors qu’il est de plus en plus question de cesser graduellement le confinement, les organisations sportives du continent nord-américain en sont à préparer le retour de leurs activités. C’est aussi vrai pour le sport récréatif que les jeunes ont bien hâte de retrouver.

Les scientifiques recommandent encore à tous les intervenants du milieu de rester prudents. Il est encore tôt pour parler d’un retour à la normale et des précautions continueront de s’imposer.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec l’épidémiologiste Nima Machouf afin d’obtenir quelques éclaircissements à ce sujet.


Q. Plusieurs ligues de sports professionnels en sont à planifier la reprise de leurs activités. Est-ce prématuré?

R. En parler maintenant, c’est une bonne idée parce qu’il faut que les gens se préparent à tout l’apprentissage de la nouvelle façon de faire du sport en public pendant la période post-COVID. Mais un retour maintenant, c’est encore trop tôt. En fait, ça dépend du sport aussi. Si c’est le plongeon, on plonge individuellement, il y a peu de contacts. Mais si c’est un sport où on partage des objets, ça devient difficile.

Il faut porter attention aux principes de base de la transmission de l’infection qu’on veut éviter. Donc, pas de contact, pas de partage d’objets et pas de partage de notre air non plus. Les postillons, les aérosols et les gouttelettes, on ne veut pas les partager et on veut être capable de se laver les mains dès qu’on pense qu’on a été contaminé. Donc, dans certains sports, ce sera possible et dans d’autres, non.

Q. Au baseball, on partage la même balle, au basketball et au football le même ballon, sans parler des contacts physiques. Au hockey, il y aura des gouttelettes en suspension dans l’air. Et pour tous ces sports, il y a un espace restreint où les joueurs se retrouvent lors des entractes ou après les matchs, les vestiaires. Si on parle de retour durant l’été, qu’en pensez-vous?

R. C’est du cas par cas. Je ne dirais pas non à tout. Les sports en espaces clos vont être différents de ceux qui se passent à l’air libre. Au hockey, chacun est dans son scaphandre. La seule chose qu’on pourrait ajouter, c’est peut-être une visière complète.

Quand on fait du sport, on respire plus fort, les joueurs crient et, quand on crie, il y a beaucoup plus de gouttelettes qui sortent de notre bouche que quand on parle. Peut-être que ce sera une excellente occasion pour interdire les contacts et les bagarres dans le hockey. Il faut utiliser cette crise pour tout ce qu’elle peut nous apporter de positif.

Ils sont posés au sol, sur le gazon artificiel d'un stade.

Des ballons de football

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Q. Que peut-on faire tout de suite, en amont d’un retour des événements sportifs ou de la pratique du sport chez les enfants?

R. Ce qui serait important, c’est de demander au gouvernement pour qu’on puisse reprendre le sport de manière sécuritaire parce que je ne suis pas certaine que les sportifs aimeraient attraper la COVID-19 et rester au lit pendant 20 jours à avoir mal partout. Donc, il faudrait que chaque ligue demande à la Santé publique : Envoyez-nous des inspecteurs de la prévention des infections pour nous dire quoi faire. Et je pense que le décloisonnement doit se faire secteur par secteur en réfléchissant à la prévention des infections.

Le gouvernement nous dit qu’il a réfléchi à tout ça. Je ne suis pas sûre. Il dit que tout est sur papier, mais sur le plancher des vaches, est-ce que chaque secteur a réfléchi à la façon de ne pas transmettre l’infection? Je ne suis pas certaine, ils n’ont pas les expertises. Donc, chaque ligue doit demander au gouvernement : On veut embarquer dans la lutte contre la COVID tout en faisant notre sport, alors dites-nous quoi faire.

Q. La Ligue nationale de hockey évoque un scénario de reprise de ses activités dans quatre arénas, où tous les matchs seraient disputés à huis clos. Mais comment s’assurer que ces amphithéâtres, de même que nos arénas locaux, seront propres?

R. Dans les hôpitaux, il y a des spécialistes de la transmission des infections parce qu’on ne veut pas que les malades se transmettent des germes et quittent l’hôpital avec d’autres maladies. Pour le déconfinement, à mon avis, nous aurons besoin de brigades de prévention des infections, comme les inspecteurs des aliments qui vont dans les restaurants pour voir si toutes les normes de sécurité et de salubrité sont respectées.

La foule est debout, avec les joueurs au centre de la glace avant un match.

Le domicile des Flames de Calgary, bondés de spectateurs.

Photo : Getty Images / Derek Leung

Q. Si on décidait de permettre aux spectateurs d’assister à des matchs, mais en moins grand nombre et avec un espace approprié entre chacun d’eux, qu’il y en ait un seul chaque trois sièges disons, pensez-vous que ce serait imprudent?

R. Quand les spectateurs sont assis, ce n’est pas dangereux. Mais quand ils se lèvent et qu’ils crient… et s’ils sont infectés? À moins qu’on demande aux spectateurs de porter des masques. On a un certain nombre de personnes qui sont diagnostiquées, mais, la réalité, c’est que ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Il y a beaucoup plus de gens qui sont infectés que ce qu’on dépiste parce que la moitié ne développeront même pas de symptômes, mais ils peuvent transmettre la maladie. Et l’autre qui l’attrape, peut-être sera-t-il plus fragile et qu’il va développer des complications? L’individu qui est infecté, avec son masque, il garde son virus pour lui.

Q. - Le masque vous empêche de propager la maladie, mais ne vous protège pas complètement. On peut l’attraper par les yeux par exemple?

R. Ça se peut, mais c’est beaucoup moins probable. C’est sûr que pour ne pas être infecté, il faut rester à la maison. Quand on parle de faire du sport ou d’aller regarder un match, c’est qu’on accepte un certain risque, mais on veut qu’il soit le plus réduit possible.

Donc, le port du masque, c’est une barrière supplémentaire et espacer les spectateurs aussi. Dans les épiceries, on n’échange plus d’argent, ils n’acceptent que la carte de crédit. Ils décident d’avoir le moins de partage d’objets. Le même principe devra être observé quand on ouvrira des stades.

Q. Le patron du comité organisateur des Jeux olympiques de Tokyo dit qu’à moins d’un vaccin, l’événement ne sera pas présenté même en 2021. Qu’en pensez-vous?

R. Un vaccin ou un traitement... Ce sont de grosses foules, c’est une grande concentration de personnes, non seulement sur les lieux olympiques, mais dans les villes et les aéroports aussi. En Iran, une des façons dont le virus s’est introduit, c’était une compétition sportive.

L’équipe chinoise est arrivée avec le virus et ça s’est répandu. C’était au nord du pays. Donc, il y avait un foyer d’éclosion dans cette région-là et les gens ne comprenaient pas pourquoi. Ce n’était pas un grand centre urbain.

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