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Chronique

Le plongeon de haut vol : d'égal à égale

Elle fait des figures dans les airs.

Lysanne Richard s'apprête à toucher l'eau.

Photo : Getty Images / Red Bull

Marie-José Turcotte

BILLET - La Série mondiale du plongeon de haut vol Red Bull devait être la saison de la révolution en 2020. C’est-à-dire qu’on devait passer au 21e siècle.

On aurait dû mettre de l’avant l’équité complète pour les compétiteurs. Le même format de compétition, le même nombre d’athlètes... et les mêmes bourses.

Ce sera pour l’an prochain. En ces temps de pandémie, on perd le contrôle. Et certaines bonnes nouvelles comme celle-là passe sous le radar.

Je suis fier de faire partie d’une organisation qui est à l’avant-garde de l’équité entre les hommes et les femmes.

Greg Louganis, directeur sportif de la Série mondiale Red Bull Cliff Diving

Cette parité est une étape cruciale pour le plongeon de haut vol, mais aussi pour le sport au féminin dans son ensemble. Tout ce qui est Red Bull touche aux disciplines extrêmes et s’adresse à une clientèle jeune.

Le message est important : on affirme que les hommes et les femmes sont égaux. Que devant le danger de cette discipline, les femmes font preuve du même courage, qu’elles s’entraînent tout autant et produisent des acrobaties aussi périlleuses que les messieurs.

Quadruple championne de la Série mondiale, l’Australienne Rhiannan Iffland, 28 ans, a beaucoup fait pour la renommée du plongeon de haut vol. Cette avancée l’enchante.

Déjà de faire un sport extrême, ça donne un sentiment de force incroyable. Maintenant d’être à égalité avec les hommes, c’est fantastique. Pour moi, c’est plus qu’une question d’argent, on obtient la reconnaissance, la même visibilité, ce qui fait en sorte que nous nous sentons aussi puissantes que les hommes.

Elle sourit après avoir réussi son plongeon.

Rhiannan Iffland

Photo : Getty Images / Red Bull

Au Canada, l’ambassadrice du haut vol, c’est Lysanne Richard, 3e au classement général de la Série mondiale en 2019. Elle partage l'enthousiasme de sa collègue Iffland.

Le sport est aussi beau à regarder du côté féminin que masculin. Les femmes sont égales aux hommes, elles sont capables de performances physiques exceptionnelles, c'est important qu'on ait atteint ce statut.

Lysanne Richard

Lysanne Richard, c’est un phénomène. Au mois d'août, elle aura 39 ans, elle est la mère de trois enfants et arrive à se maintenir parmi l’élite mondiale. Elle est une des pionnières du circuit.

Ça faisait des années que nous, les plus vieilles, on se battait pour l’équité, affirme la Québécoise. Je trouve ça génial, on a été chanceuses d'avoir la machine de notre côté aussi rapidement. Ce sont de gros changements que l'on demandait, ça aurait pu prendre pas mal plus de temps. Red Bull Cliff Diving a fait beaucoup d'efforts pour arriver à ce résultat, c'est avantageux pour les femmes.

Avantageux pour des raisons évidentes, comme les bourses égales, mais aussi pour la représentativité. L’année dernière, 14 hommes et 10 femmes participaient à chacune des étapes. À l’avenir, il y aura 12 hommes et 12 femmes.

On est un peu triste que les hommes aient perdu deux places, avance Richard. Moi, j’aurais aimé que l’on puisse arriver à 14-14, ça aurait permis d'augmenter le nombre de femmes sans diminuer le nombre d’hommes. Malgré tout, c’est ce qu’il fallait faire. Ça va permettre un meilleur développement pour notre discipline et ça va contribuer à augmenter le nombre de plongeuses. Avant, il y avait tellement peu de place pour atteindre le haut niveau que c'était difficile de s'investir.

Évidemment comme dans toutes disciplines sportives, il faut exceller pour que ce soit rentable. Avec cette nouvelle formule, il y aura, autant pour les hommes que pour les femmes, huit plongeurs permanents et quatre invités à chaque étape. Ce qui veut dire que, dorénavant, huit femmes sont assurées de participer à l’entièreté de la saison, soit deux de plus que l’année dernière.

Ça signifie aussi qu’elles ont une sécurité, qu’elles peuvent vraiment s’impliquer à fond et vivre de leurs revenus sur le circuit. Du coup, elles ont l’occasion de travailler la tête tranquille, de préparer de nouvelles acrobaties et de pousser encore plus loin leurs possibilités.

Pour Gary Hunt, octuple champion de la Série mondiale, cette équité a été trop longue à venir.

Pendant longtemps, on a considéré les femmes comme le sexe faible, comme des êtres secondaires. Ce devait être un sentiment effroyable. Évidemment, c’est important pour elles de sentir qu’elles ont le même traitement que les hommes. Ce n’est que normal.

Il saute d'une falaise.

Gary Hunt en action

Photo : Getty Images / Handout

Si nous en sommes rendus là, c’est que des femmes comme Lysanne Richard ont osé demander.

Les premières femmes sur le circuit, il a fallu que l'on soit des battantes, il a fallu qu'on répète souvent notre message.Il fallait le faire de la bonne façon, ne pas agresser les gens, mais tout de même faire valoir notre opinion et faire connaître notre sport.

Lysanne Richard

Avec la pandémie qui ampute la Série mondiale de plongeon de haut vol d’au moins une saison, est-ce que Lysanne Richard, qui est en fin de carrière, pourra profiter de cette nouvelle façon de faire?

C'est sûr que j'aimerais le vivre, oui. C'est sûr que nous, nous l’avons fait pour le léguer à la prochaine génération. Mais j'aimerais vivre au moins une saison comme ça.

On lui souhaite bien sûr de pouvoir profiter des résultats de sa lutte. C’est encore une fois la preuve qu’il faut verbaliser ses exigences. Mais encore faut-il qu’elles soient entendues.

Les demandes des plongeuses de haut vol sont à l’image des revendications de l’ensemble des femmes dans le monde du sport. Chaque fois qu’une discipline obtient l’équité, c’est un encouragement pour la suite de cette longue et fastidieuse quête.

Elle plonge d'une falaise.

Lysanne Richard à la Série mondiale de Polignano, en Italie, en mai 2019

Photo : Getty Images / Red Bull

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