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160 km à la course dans Montréal : « si la tête ne veut plus, le corps ne suivra pas »

Il court dans un décor urbain.

Nicolas Danne

Photo : courtoisie / gophrette

Au petit matin dimanche, au moment où tout le Québec était endormi, Nicolas Danne s’est allongé au beau milieu d’une rue du quartier Villeray à Montréal. À côté de lui, le chiffre 160 était inscrit sur le bitume.

C’est le nombre de kilomètres qu’il venait de parcourir à la course avant de s’écrouler, mort de fatigue, mais euphorique.

Cet exploit sportif, il l’a réalisé pour lui, mais surtout pour venir en aide à des commerces locaux et au personnel médical qui est au front depuis l’éclatement de la pandémie de la COVID-19.

Il prendra chaque dollar amassé [4300 $ au moment d’écrire ces lignes, et la collecte de fonds se poursuit, NDLR] en marge de ce défi et ira acheter des chèques-cadeaux dans des boutiques de course de Montréal afin de les donner à des membres du personnel de la santé.

Je ne le réalise pas encore. Je ne suis pas quelqu’un qui aime la lumière, alors j’étais même un peu gêné d’avoir plein de messages et d’appuis. Je suis par contre très fier de l’avoir fait et surtout pour cette cause-là, a raconté le coureur à Radio-Canada Sports.

Mentalement, c’est la course la plus difficile de ma vie et je ne pense pas que je referai ça dans ces conditions.

Une citation de Nicolas Danne, ultramarathonien
Couché sur la rue, une échelle de chiffres de 120 à 160 kilomètres devant lui.

Nicolas Danne s'est effondré sur le bitume après avoir couru le dernier des 160 kilomètres de son aventure.

Photo : @foodrunlover/Instagram

COVID-19 : tout sur la pandémie

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Une représentation du coronavirus.

Une folle aventure

Chez lui, peu avant 5 h, samedi, Nicolas Danne a enfilé ses souliers de course qu’il n’allait plus quitter pour plus de 22 heures. Il a franchi la renversante distance en 22 h 49 min.

C’était très calme pour débuter. Les 35 premiers kilomètres, on a croisé deux voitures et une ou deux personnes. Le calme plat. C’était un monde un peu parallèle. J’ai adoré le début parce que ça m’a permis de me mettre dans ma zone, se souvient-il.

Parti avec un plan bien précis, il a admis que la stratégie a rapidement foutu le camp.

L’épicentre du tour, c’était ma maison, raconte-t-il. Je devais m’arrêter à tous les 10 kilomètres. Rendu au 30e, j’ai commencé à faire des arrêts aux cinq kilomètres. On s’est rendu compte que ce n’était pas la bonne tactique parce que c’est le confort. Je suis très têtu, alors je ne me suis jamais dit que j’allais arrêter. Mais le confort de rester assis devant chez moi sur mes escaliers à boire mon petit café, disons que j’étais plutôt bien.

Les moments les plus pénibles sont survenus entre les kilomètres 70 et 80.

J’ai vraiment eu un gros down à ce moment. Je ne voyais pas le chronomètre avancer. Un de mes amis a décidé de me sortir de cette boucle parce qu’il disait que j’allais péter mentalement. Nous sommes donc partis faire quelques tours d’un parc pas très loin et à partir de ce moment, c’est comme si tout s’était réinitialisé.

En ultramarathon, c’est la tête qui prend le dessus sur le corps. Si la tête ne veut plus, le corps ne suivra pas.

Une citation de Nicolas Danne

Après 100 km, toujours souriant, on pouvait percevoir les traits tirés sur son visage.

Bizarrement, la barrière mentale du 100e kilomètre m’a fait énormément de bien. En voyant trois chiffres sur la montre, le jeu mental débute, révèle-t-il.

Comme il l’avait fait souvent au cours de la journée, Nicolas Danne a entamé sa 14e heure de course en enfilant les bretzels et les sachets de soupe en poudre pour reprendre tout le sel que son corps avait évacué.

À partir de 20 heures d’effort, le cerveau commence vraiment à déconner.

Une citation de Nicolas Danne

Les 30 derniers kilomètres, le corps ne voulait absolument plus, littéralement. Je voulais courir 50 mètres et mon corps disait : "Non, non, tu marches." Le jeu mental se poursuivait. Je me donnais des cibles comme une lumière rouge et je ne devais marcher qu’une fois rendu là.

Physiquement, il a surtout souffert de maux aux pieds et aux hanches.

Tu crains d’arrêter et que ton corps te lâche, dit-il. Ça commence par de petits signes comme ne pas avoir envie de manger. Ça, c’est le pire des signes. Heureusement, j’étais entouré de manière extraordinaire par des athlètes et des ultramarathoniens renommés au Québec. Être entouré de ces personnes, ça motive beaucoup. En plus, avec la cause, impossible que je lâche.

Au beau milieu de la nuit, quand les passants se faisaient à nouveau rares et que les échanges avec le monde extérieur étaient redevenus inexistants, il a couru les derniers kilomètres au bruit de ses pas.

Celui qui courait à côté de moi m’a laissé terminer seul les 400 derniers mètres. C’est là que toutes les émotions sont sorties. J’ai pensé aux gens pour qui je faisais ça. Je me suis écroulé sur la ligne d’arrivée pendant cinq minutes et je profitais du moment.

Il sourit, casquette à l'envers sur la tête.

Nicolas Danne

Photo : courtoisie / gophrette

De nombreux appuis

Débarqué de France il y a presque trois ans, Nicolas Danne est tombé amoureux du Québec, de Montréal et d'une Montréalaise.

La communauté de coureurs de la métropole l’a adopté et réciproquement.

C’était évident samedi. Les commentaires et mots d’encouragement pleuvaient par centaines tout au long de son exploit.

Plusieurs athlètes l’ont joint en direct lors d’échanges vidéo sur les médias sociaux. Il s’est longuement entretenu avec l’ancien capitaine de l’Impact Patrice Bernier. Son sourire d’enfant fou du soccer était difficile à cacher.

Nicolas Danne compte maintenant se donner deux ou trois semaines de repos complet.

La première nuit, c’était terrible, raconte-t-il. J’ai réussi par la suite à faire une petite sieste dans l’après-midi d’environ deux heures. Mais littéralement, je ne pouvais pas bouger. On m’a simplement allongé là et j’ai dormi. Ce matin (lundi), je marche, alors c’est déjà très beau. Passer d’une position assise à debout, c’est plutôt compliqué, mais globalement tout va bien.

Il s’agissait seulement de la deuxième fois qu’il courait 160 kilomètres, la première et seule fois qu’il le fera sur le bitume, selon ses dires.

160 kilomètres dans des rues, c’est mentalement très compliqué, conclut-il. En forêt, il y a des changements de perspectives, il y a des sentiers, des montées, des lacs. Là, je ne voyais que des maisons, des commerces, des rues, des nids de poule, mais je l’ai fait et j’en suis très fier.

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