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Thomas Bach sera-t-il réélu à la tête du CIO?

Il parle devant un micro.

Thomas Bach

Photo : presse canadienne

Même si le monde du sport est suspendu pour cause de pandémie, la question de la succession de Thomas Bach à la tête du Comité international olympique (CIO) peut raisonnablement se poser. Si la planète sport se remet à tourner dans quelques mois, juin 2021 devrait marquer l’élection présidentielle olympique.

C’est même Athènes, la capitale du mouvement olympique, qui devrait l’accueillir.

Ancien champion olympique d'escrime des Jeux de 1976, Thomas Bach avait été élu à Buenos Aires, en 2013, pour huit ans. Il était devenu le neuvième président de l'institution. L'Allemand succédait au Belge Jacques Rogge qui avait régné pendant 12 ans.

Thomas Bach pourrait se représenter pour un dernier mandat de quatre ans. Le fera-t-il? Aura-t-il des adversaires? Son bilan est-il assez positif pour se faire réélire?

Pour tenter de répondre à ces questions, Radio-Canada Sports a réuni deux experts du monde olympique : les consultants Kevin Bernardi et Armand De Rendinger.

Leur vision s’oppose sur le bilan du président Bach. M. Bernardi penche pour un presque sans-faute. Un avis que M. De Rendinger est loin de partager.

Il a respecté ses engagements électoraux, estime M. Bernardi. Il a promis de mettre sur pied l’Agenda 2020 et il a rempli sa promesse. L’Agenda 2020, c’était l’ambitieux projet de réformer le CIO et de rétablir une certaine confiance qui avait été perdue avec tous les scandales de corruption, de dopage. Sans oublier les villes qui avaient perdu confiance en l’institution et qui abandonnaient leur candidature olympique.

Il a réussi à rétablir une certaine confiance, même s’il faut constater qu’elle n’est pas la même si on parle de Jeux d’été ou de Jeux d’hiver. Mais avant toute chose, il a changé le modèle d’affaires du CIO qui était quelque peu archaïque. Avant, les villes devaient s’adapter aux exigences du CIO. Aujourd’hui, il y a une sorte de partenariat.

Dans le cas de 2024, le CIO ne pouvait se permettre de perdre deux lourdes candidatures avec Paris et Los Angeles. Le nouveau principe de double attribution lancé par Thomas Bach a été quelque peu révolutionnaire et le fait que le CIO participe de manière substantielle au financement des deux Jeux, 2024 et 2028, a contribué à changer son image.

Kevin Bernardi

Il avait fait un sans-faute avec son élection triomphale en 2013 et son programme qui voulait réhumaniser le CIO, arrêter la course au gigantisme, tout en rapprochant la dimension écologique à ses Jeux olympiques, affirme, pour sa part, M. De Rendinger. Il a également été très présent sur la scène internationale en signant des contrats faramineux, notamment avec le Chinois Alibaba et aussi sur les droits de télévision avec NBC. Mais jusqu’ici, on aurait pu penser qu’il y avait une certaine unanimité derrière lui, mais des fractures importantes commençaient à se dessiner : les retraits des candidatures pour les Jeux olympiques.

Le logo apparaît sur un écran blanc devant des gens rassemblés dans une salle.

Dévoilement du logo des Jeux olympiques de Paris

Photo : Getty Images / STEPHANE DE SAKUTIN

Quand on voit comment ça s’est passé pour les Jeux de 2026 pour les Jeux d’hiver, où l’on est passé de neuf candidatures à deux, sans compter le jumelage des deux candidatures de 2024 et 2028 pour éviter de frustrer Paris et Los Angeles, alors que trois autres villes importantes s’étaient désistées.

On peut dire que l’effort diplomatique de relancer et de rassurer les villes candidates de Thomas Bach a été un échec. Il ne faut pas omettre le fiasco économique et social des Jeux de Rio, qui devaient être un modèle de réussite. Quand on voit ce qu’il en reste aujourd’hui et, surtout, comment les Jeux ont été octroyés au Brésil, avec encore une fois des relents de corruption, l’échec est total.

Et, enfin, les tergiversations autour du report des Jeux de Tokyo qui n’ont pas montré que le CIO était le leader du sport mondial.

Le scandale de dopage russe refait toujours surface

Kevin Bernardi, lui, pense que le CIO a été très vigilant sur le report des JO et a repris son rôle de chef de file mondial.

Le CIO s’est laissé le temps nécessaire pour entendre toutes les parties prenantes. Les organisateurs, les athlètes, les comités nationaux olympiques, les fédérations nationales et internationales, les commanditaires. Personne n’a été laissé de côté. Il fallait également s’assurer de la collaboration des organisateurs et des différents intervenants au Japon, dit-il.

Il fallait étudier les contrats passés avec les promoteurs immobiliers du village olympique, les contrats passés avec les 43 sites olympiques qui allaient avoir une autre vocation après les Jeux. Ce n’était pas, et ce n’est toujours pas, une mince affaire.

Le président a bien géré le tout et le CIO a repris son rôle de leader. Vous savez, déplacer des Jeux olympiques, c’est comme déplacer 30 championnats du monde en même temps!

Kevin Bernardi

Par contre, une certaine unanimité prévaut entre les deux experts au sujet de l’affaire du scandale de dopage russe et sa gestion par Thomas Bach.

Un autre aspect et non le moindre, c’est tout le dossier chaud qui concerne le dopage. Là, il y a une doctrine où, d’un côté, on prônait la tolérance zéro et, de l’autre, on ne voulait pas se froisser politiquement ou diplomatiquement avec certains pays qui sont les principaux bailleurs de fonds du mouvement olympique, raconte M. De Rendinger.

De ce côté, Thomas Bach a joué avec le chaud et le froid. L’exemple russe est assez éloquent quand on voit les positions totalement divergentes dans ce dossier entre le CIO et la Fédération internationale d’athlétisme. Son président Sebastian Coe a pris une position très claire et a fait fi des contributeurs éventuels à ses événements pour prôner la ligne de tolérance zéro, poursuit-il.

Dans cette affaire, le CIO a préféré se défiler en donnant la patate chaude aux fédérations sportives sur l’éviction ou non des Russes aux Jeux de Rio.

Il ouvre la porte.

Un employé entre dans le centre antidopage au stade de biathlon et de ski de fond aux Jeux olympiques d'hiver de Sotchi en 2014.

Photo : Reuters / Stefan Wermuth/Reuters

C’est sans doute le principal écueil de Thomas Bach, assure M. Bernardi. Le CIO a été trop dans l’attente dans ce dossier. Il a laissé la balle aux fédérations et, de fait, il a laissé son rôle de leader au second plan. Thomas Bach aurait dû taper du poing sur la table. C’est sans doute sa plus grosse erreur.

Avec ou sans opposition

Reste à savoir maintenant ce qui arrivera au mois de juin prochain à Athènes. Tout d’abord, y aura-t-il une élection? Et si oui, aura-t-il une opposition?

Jusqu’ici, tout était organisé pour que Thomas Bach soit réélu de manière aussi triomphale qu’en 2013 à Buenos Aires. Aujourd’hui, les choses sont plus complexes, soutient M. De Rendinger. Certes, il bénéficie encore du soutien de la vieille garde qui a résisté à l’ère Samaranch et de certains membres puissants qui ont contribué à son élection.

Il ne faut pas oublier son bras droit, l’Australien John Coates, qui est très influent sur les pays scandinaves et ceux du Commonwealth, ainsi que le président de la Fédération internationale de hockey, René Fasel. Également, et surtout, les pays européens ne veulent absolument pas que la présidence du CIO ne soit pas européenne.

Mais ces derniers temps, on a assisté à quelque chose d’unique. Des voix ont osé contester Thomas Bach. Le Canadien Dick Pound en tête, suivi par des athlètes influents qui sont l’avenir et le renouveau du mouvement olympique. Cette unité, qui était ancestrale, commence à s’effriter. La question qui se pose maintenant est de savoir s’il y aura des candidats assez courageux pour l’affronter.

Armand De Rendinger

Une fois que Thomas Bach annoncera officiellement sa candidature, il n’aura pas de réelle opposition, assure M. Bernardi. Le CIO traverse actuellement une tempête et on ne change pas de capitaine comme ça. Je ne vois pas à l’heure actuelle de candidat assez solide.

Il est debout devant des micros et répond à des questions.

Le président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), Sebastian Coe

Photo : AFP/Getty Images / KARIM JAAFAR

On doit plus penser à l’après-Bach en 2025. Et là, je verrais bien Sebastian Coe. Certes, il doit d’abord entrer au CIO. Il devait le faire lors de la dernière session, mais des rumeurs de conflit d’intérêts l’ont empêché de se présenter. Mais ce n’est qu’une question de temps. Il a tout à fait le profil du successeur de Thomas Bach. On l’a vu lorsqu’il a géré l’affaire russe avant les Jeux de Rio. C’est le premier qui a pris la décision de les exclure.

Si les élections avaient lieu aujourd’hui, il y aurait des candidats qui se présenteraient, surtout pour se positionner pour l’avenir, car ils n’auraient de toute manière aucune chance, renchérit M. De Rendinger.

Il faudra voir d’ici là ce qui va se passer. Comment vont se régler les Jeux de Tokyo? Comment va-t-on gérer les Russes? Comment les affaires de corruption, qui sont encore présentes, évolueront-elles? On parle ici des Jeux de Rio, mais aussi de ceux de Tokyo.

Il y aura bien sûr des prétendants. Soit, comme je le disais, ils se préparent pour l’avenir, soit ils veulent démontrer haut et fort que les choses doivent changer au CIO. Je pense notamment à la figure montante, le Belge Pierre-Olivier Beckers-Vieujant. Mais est-ce que ce sera suffisant pour que Thomas Bach ne soit pas réélu, je ne le pense pas!

Dans la mythologie, Zeus, qui régnait en maître suprême sur les dieux de l’Olympe, a fini par être contesté et a vu son trône être remis en question. Si tout va bien, nous aurons la réponse en juin prochain dans la ville des dieux sur ce qui adviendra du grand timonier de l’olympisme.

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