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Une entreprise canadienne au front contre la COVID-19 en Afrique

Une dame tenant un calepin de notes conseille un homme vêtu de rouge avec un téléphone cellulaire à la main.

Une employée de l'entreprise Viamo au travail en Afrique

Photo : Courtoisie : Viamo

La vie de l’entrepreneur social québécois Louis Dorval tourne presque exclusivement autour de la COVID-19 depuis quelques semaines. Installé dans la région de Boston, il lutte à sa façon et à distance contre le virus par le biais de l’entreprise de services de communications qu’il a fondée en 2013.

Louis Dorval se lève très tôt le matin pour communiquer avec les 140 employés de son entreprise sociale qui sont répartis dans 25 pays, dont le Ghana, où il a travaillé pour l’organisation Ingénieurs sans frontières de 2005 à 2009. Le siège social de Viamo est à Saskatoon, mais le cœur de son activité est en Afrique. 

Ça fait des grosses journées de travail, surtout que nous avons quatre jeunes enfants, explique M. Dorval. Ma conjointe doit remplacer des collègues malades et elle a participé à la réorganisation du travail à l’hôpital où elle soigne. Disons qu’on manque un peu de sommeil.

L’entreprise offre des services de communication à des organisations non gouvernementales (ONG), à des agences onusiennes et à des gouvernements. Sa principale mission est de transmettre, par téléphone mobile, de l’information à des populations, surtout en régions rurales, qui n’ont pas accès à Internet et aux autres médias d’information.

En temps normal, l’entreprise diffuse principalement des informations de santé publique, des conseils de maternité, les prévisions météo ou encore des informations agricoles. Depuis quelques semaines, la COVID-19 prend presque toute la place.

Au cours des deux dernières semaines seulement, Viamo a transmis plus de 5 millions de messages de sensibilisation de base et de lutte contre la désinformation à un million d’utilisateurs.

Le taux de pénétration des téléphones intelligents au sein de la population africaine varie entre 30 % et 35 %, selon Louis Dorval. Ce taux diminue considérablement dans les milieux ruraux où les bons vieux téléphones cellulaires de première génération sont davantage utilisés.

Des femmes africaines écoutent des messages téléphoniques avec des appareils cellulaires.

L'entreprise canadienne Viamo transmet de l'information importante à des populations rurales en Afrique grâce à des messages vocaux.

Photo : Courtoisie : Viamo

C’est pourquoi Viamo joint les habitants par messages textes, mais surtout par messages automatisés vocaux. Cette vieille technologie, utilisée au Canada depuis les années 1970, conserve toute son efficacité et sa raison d’être en Afrique.

De 90 % à 95 % de nos contenus sont enregistrés à l’oral, explique Louis Dorval. Au Ghana, par exemple, on offre le service dans cinq langues. Nos appels automatisés atteignent les gens de façon proactive, mais on a aussi un service 3-2-1 qui est un peu l’équivalent du 811 au Canada. En 2019, cette ligne 3-2-1 a rejoint 8 millions de personnes grâce à 65 millions de communications. En tout, Viamo a rejoint 12 millions de personnes l’an dernier.

En plus du Ghana, Viamo déploie sa technologie notamment au Nigeria, en Tanzanie, au Rwanda et à Madagascar, mais aussi dans certains pays de l’Asie du Sud et au Moyen-Orient. Des pays d’Amérique latine s’ajouteront à cette liste l’an prochain.

Une femme avec des habits colorés communique à l'aide d'un téléphone cellulaire dans un champ de Madagascar.

Une femme dans un champ de Madagascar communique grâce à un téléphone cellulaire.

Photo : Courtoisie : Viamo

L’entreprise facilite aussi la formation à distance d’intervenants de la santé, en plus d’effectuer des collectes d’informations à grande échelle, notamment sur les impacts de la maladie sur l’économie, l’agriculture, la santé mentale et l’éducation.

Viamo recense et localise aussi les cas de COVID-19 et transfère les données aux ministères de la Santé qui n’ont pas nécessairement accès à des systèmes centralisés de gestion des dossiers.

Pour l’instant, les statistiques montrent que les cas sont encore relativement rares sur le continent africain. En date du 24 avril, on ne dénombrait que 31 décès liés à la COVID-19 au Nigeria et que 10 au Ghana pour des populations respectives de 205 millions et 31 millions d’habitants.

Il faut dire que les tests se font rares.

La COVID-19 n’a pas encore frappé l’Afrique de plein fouet, mais ça va être très dur là-bas, prédit le diplômé en génie de l'Université McGill. La distanciation sociale est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre. Bien des habitants n’ont pas de réfrigérateur et doivent donc se rendre dans des marchés bondés tous les jours.

Ma conjointe médecin a travaillé au Rwanda l’été dernier et ils manquaient déjà de respirateurs, ajoute Dorval. Ils devaient faire des choix éthiques très difficiles. Comme l’Afrique n’aura jamais assez de tests pour bien comprendre la pandémie, ça va frapper fort, notamment avec des problèmes de sécurité alimentaire. Je m’attends à ce que ce soit une catastrophe humanitaire si la communauté internationale ne se mobilise pas.

La famille pose devant une maison au Rwanda.

L'ingénieur Louis Dorval en compagnie de sa conjointe Lara Vogel et leurs quatre enfants au Rwanda.

Photo : Courtoisie : Louis Dorval

Selon la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), les pays d’Afrique auraient besoin d’une aide d’au minimum 114 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie. Le FMI et la Banque mondiale ont pour l’instant mobilisé 57 milliards de dollars.

La jeunesse des populations africaines pourrait représenter l’un des rares avantages du continent contre le virus.

C’est vraiment la seule chose qui puisse les aider, nuance toutefois celui qui a vécu au Ghana de 2005 à 2009. En général, les gens sont moins en santé et il y a beaucoup de malnutrition. De nombreux outils du système de santé canadien ne sont pas disponibles en Afrique. J’ai la conviction que ça va créer de gros problèmes de santé, mais aussi des problèmes économiques et sociaux.

L’école à la maison… en Afghanistan

Viamo entreprend aussi des projets en Asie. En Afghanistan, par exemple, l'entreprise collabore avec des ONG qui travaillent avec des enseignants en milieu rural.

Puisque ces derniers ne peuvent pas aller voir leurs élèves pour des raisons de distanciation physique, Viamo a mis sur pied un système téléphonique qui permet aux enseignants d’appeler leur classe quotidiennement. Les ONG s’assurent d’acheter les forfaits de téléphonie pour les éducateurs.

Au début de chaque semaine, les enseignants déposent ainsi des devoirs à faire dans une boîte aux lettres spéciale et les élèves les rendent une fois terminés le vendredi.

Notre rôle, c’est d’appeler les enseignants pour avoir des nouvelles et demander les notes des élèves pour s’assurer qu’ils suivent le programme continu, explique Louis Dorval. On leur offre aussi notre aide. On est bien fiers d’avoir collaboré à la création d’un système d’éducation virtuel rapidement et de façon assez impressionnante malgré le contexte socio-économique difficile.

Un exemple parmi tant d’autres des petites victoires que vise l’entreprise dans ses nombreux projets à travers le monde.

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