•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Guylaine Dumont et ses grains de sable

Elle frappe le ballon en manchette.

Guylaine Dumont

Photo : La Presse canadienne / DAVE MARTIN/Associated Press

Guylaine Dumont est sans doute la plus grande volleyeuse de l’histoire au Canada. Elle a été plus d’une dizaine de fois sacrée championne canadienne. On a souvent parlé des athlètes avec leur force de caractère, leur détermination, leur résilience. Cela n’a jamais été aussi vrai pour cette femme qui a traversé toutes les tempêtes.

Avant de devenir une athlète olympique, Guylaine Dumont a dû faire face à toutes sortes de drames. Un père violent, une mère battue. Une sœur qu’elle essaye de protéger et qui finira par mourir trop jeune. Elle pensait trouver un refuge dans le sport, mais elle va y vivre un autre enfer. Des entraîneurs qui vont commettre toutes sortes d’abus. Malgré ces années noires, une lueur apparaîtra. C’est cette histoire qu’elle a voulu nous raconter.

Tranquillement assise sur les marches du perron de sa maison à Saint-Antoine-de-Tilly, Guylaine nous montre fièrement son fleuve, le sourire aux lèvres. Un sourire qui est enfin revenu après des années de souffrance.

Le sport m’a permis de me libérer, une phrase qui va prendre un sens très lourd au fur et à mesure qu'elle se confiera.

J’essayais tous les sports en tentant de me convaincre que j’étais bonne. En fait, il fallait que je sorte de cette maison, car le climat était loin d’être sain.

Une citation de :Guylaine Dumont

Mon père ne savait pas comment nous aimer et il n’avait que la violence pour réponses, poursuit-elle. Ma grande sœur, Marie-José, l’a vite compris lorsqu’elle a fui, la première, le foyer familial. Assise en haut de l’escalier en entendant une nouvelle fois la violence de mon père, j’ai fait un pacte avec mon autre sœur, Nathalie. Je lui ai dit que si elle devait faire une fugue, elle me dirait à chaque instant où elle se trouve.

Elle sourit.

Guylaine Dumont

Photo : Guylaine Dumont

Devant cette constante violence, Guylaine va décider d’être une fille modèle et surtout de protéger, à tout prix, sa sœur qui était une véritable rebelle qui combattait la moindre autorité, surtout paternelle.

Pendant ce temps, Guylaine se lance à corps perdu dans le sport. Elle commence par l’athlétisme et se rend jusqu’aux Jeux du Québec pour découvrir que d’autres sont bien meilleures qu’elles. Les années passent et, puisque les infrastructures sportives sont rares dans son village, elle partira à Sherbrooke.

C’est en cinquième secondaire, l’année même où ma sœur Nathalie a disparu, que je suis partie jouer à Sherbrooke dans un genre de sports-études, raconte-t-elle. Ensuite, j’ai commencé le volleyball à 13 ans. C’est mon premier été à titre de membre de l’équipe du Québec.

C’est là aussi que j’ai découvert les premières humiliations. Un entraîneur qui voulait nous casser à tout prix. Il nous insultait et nous critiquait sans cesse. Ça pouvait durer des heures. J’ai ensuite intégré les différentes équipes nationales. Là encore, les humiliations seront au rendez-vous, et les abus de toutes sortes aussi. Voyant à quel prix je devais payer mon rêve olympique, je me suis dit que c’était beaucoup trop cher.

Des Jeux qui se ferment et d'autres qui s'ouvrent

Guylaine va quitter le Canada pour l’Italie. Le public italien va découvrir sa fougue et sa combativité sur le terrain et va vite s’attacher à la jeune Québécoise.

Le petit nuage noir qui planait jusqu’ici au-dessus de sa tête finira par traverser l’Atlantique. Sans nouvelles de sa sœur Nathalie, Guylaine commence à s’inquiéter. Jamais sa sœur n’aurait trahi le pacte qu’elle avait scellé depuis des années.

J’étais sans nouvelles d’elle quand j’ai joint l’équipe nationale junior en Italie pour un tournoi, se souvient-elle. Jusqu’au jour où le téléphone a sonné, m’annonçant la nouvelle que je redoutais. Ma sœur a été retrouvée morte. Elle avait choisi le mauvais chemin, celui de l’alcool, de la drogue et des mauvaises fréquentations. J’ai souvent pensé que c’était un genre de suicide, car elle était dans un mode de vie d’autodestruction.

Guylaine décide de rentrer au pays et renoue avec l’équipe nationale. Son objectif : les Jeux d’Atlanta. Mais, là encore, elle va rencontrer un entraîneur abusif.

Combien de fois Guylaine a-t-elle eu l’impression de retrouver la violence paternelle chez ses entraîneurs? De nouveau, elle va oublier son rêve olympique.

Elle va se marier et avoir son premier enfant. Entre-temps, elle va aussi s’intéresser à la relation d’aide pour soutenir les athlètes qui, comme elle, ont subi du harcèlement. Elle veut également comprendre son propre parcours. Durant trois années, elle reprend confiance en elle. Un jour, le téléphone sonne.

Elles sont couvertes de sable.

Guylaine Dumont (à droite) et sa coéquipière Annie Martin plongent pour récupérer un ballon aux Jeux olympiques d'Athènes, en 2004.

Photo : Associated Press / Dave Martin

C’est Annie Martin qui lui propose de former un duo et de viser les Jeux olympiques d’Athènes en volleyball de plage. Le rêve olympique renaissait. Je voulais aller au bout de moi-même, peu importe le résultat, et être un modèle pour les jeunes filles, soutient-elle.

En volleyball de plage, c’est une question d’équilibre, et il faut aussi gérer le vent et ses tourbillons. En matière de tourbillons et d’équilibre, j’avais été servie par la vie.

Une citation de :Guylaine Dumont

De retour des Jeux, Guylaine voulait mettre à profit toutes ces années de labeur. Elle veut aussi donner des outils aux athlètes pour faire face à la gestion du stress, aux abus et aux intimidations de toutes sortes. Elle a enfin compris le sens de tous ces mots et, surtout, des conséquences dramatiques qu’ils peuvent engendrer.

En quelques années, elle va finir par cofonder Sport’Aide, un organisme qui soutient les athlètes en difficulté et qui intervient dans les milieux sportifs et scolaires pour faire de la prévention.

Elles se frappent dans les mains.

Guylaine Dumont (à gauche) avec sa coéquipière Annie Martin aux Jeux olympiques, en 2004

Photo : Associated Press / Dave Martin

Aujourd’hui, Guylaine a encore des hauts et des bas, mais elle est fière du chemin parcouru. Elle est l’ambassadrice de l’esprit sportif et fait la promotion de la ligne d’écoute de Sport’Aide en présentant des conférences un peu partout dans la province pour partager son expérience.

Je pense aux jeunes aujourd’hui, qui sont confinés, qui doivent se poser toutes sortes de questions et qui vivent des situations de confinement sans doute difficiles, souligne-t-elle. La ligne d’écoute est là pour eux et je continue à en faire la promotion. Je m’occupe aussi de mes deux filles, dont une qui marche sur mes traces d’athlète de haut niveau, bien encadrée par son père entraîneur.

Le regard de Guylaine s’éclaircit d’un coup malgré le vent et la pluie qui commence à s’inviter. Mais qu’importe, elle en a vu d’autres, des orages et des tempêtes.

Guylaine a jonglé toute sa vie sur un fragile équilibre dont elle connaît maintenant les moindres recoins. Elle a foulé les sables du monde entier en pratiquant son sport et a surtout réussi à retirer un à un de l’engrenage les grains qui l’empêchaient d’avancer.

Aujourd’hui, c’est une femme libre et fière qui continue dans sa détermination d’aider les autres. Elle pense même à raconter son histoire dans un livre.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !