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Derrière les athlètes, les entraîneurs redoublent d'efforts

Mise en lumière des défis du métier d’entraîneur en période de confinement

Montage de photos des trois entraîneurs en action

Nicolas Gill, Isabelle Cloutier et Marc Dos Santos

Photo : Rafal Burza/Antoine Saito/Bob Frid

Mariève Bégin

La capacité d’adaptation des athlètes a durement été mise à l’épreuve en pleine période de bouleversements causés par le coronavirus. Celle des entraîneurs aussi. Ils doivent non seulement concevoir de nouveaux plans d’entraînement, adaptés à la réalité du confinement, mais aussi garder leurs athlètes motivés.

Faute d’équipement et d’installations, la plupart des entraîneurs ont dû limiter leurs directives à du conditionnement physique.

Nicolas Gill, directeur général, directeur de la haute performance et entraîneur à Judo Canada, doit ajuster ses indications selon la situation de chaque athlète.

Tous les athlètes ont un plan adapté à leurs moyens. D’un athlète à l’autre, c'est très différent!

Nicolas Gill, directeur général, directeur de la haute performance et entraîneur à Judo Canada

J’ai trois athlètes qui vivent sur un troisième étage ensemble dans un petit logement. Ils sont un peu limités! On a un athlète comme Antoine Valois-Fortier qui s’est créé un petit gym maison. Donc, dépendamment des athlètes, ils ont accès à différents moyens.

Évidemment, le judo étant ce que c’est, on peut uniquement faire du travail physique. Le côté technique disparaît, concède le médaillé olympique.

Du côté de Plongeon Canada, le travail sans bassin constitue un défi majeur, comme l’explique Isabelle Cloutier, entraîneuse de l’équipe nationale junior.

Nous, on ne peut pas faire des périlleux dans les airs, on ne peut pas tomber à l’eau, donc c’est là qu’il faut être vraiment créatif.

Capture d'écran de plusieurs personnes en vidéoconférence.

Isabelle Cloutier en vidéoconférence avec ses collègues entraîneurs

Photo : Courtoisie Plongeon Canada

Je leur demande de simuler certains mouvements. Ils m’envoient la vidéo, et moi j’envoie mon analyse, les points forts et faibles, des choses qu’ils doivent corriger. Et avant la fin de la journée, ils me renvoient une vidéo avec les corrections faites.

Alors, c’est beaucoup plus long que ce qui se passe sur le bord de la piscine en quelques secondes habituellement, précise-t-elle, ajoutant qu’elle s’ennuie de la proximité avec ses athlètes.

La distance est d’autant plus une difficulté dans les sports d’équipe. Marc Dos Santos, entraîneur-chef des Whitecaps de Vancouver, a tout de même réussi à se créer une nouvelle routine de travail.

Il s'adresse aux médias.

Marc Dos Santos

Photo : bob frid / Bob Frid/Whitecaps FC

Le matin, j’interagis avec beaucoup de personnes par téléphone, par Skype ou Zoom. Mais l’après-midi, j’essaie de passer du temps avec mes trois enfants. Si je vois le plus positif que je peux, c’est une situation qui m’a rapproché de ma famille.

Garder un horaire structuré est pour lui la clé afin de pas trop être affecté par le vide que l’absence du soccer a créé dans sa vie.

Le fait de ne pas pouvoir être sur le terrain et faire ce que j’aime le plus, c’est quelque chose que je ne peux pas contrôler et c'est une situation qui est semblable pour tout le monde, reconnaît-il.

Dos Santos bâtit un petit cycle d’entraînement chaque semaine pour ses joueurs, et il les convie à une analyse de jeu avec un thème tactique hebdomadaire.

Au-delà de la forme physique

Bien qu’ils aient trois profils complètement différents, ces trois entraîneurs admettent que le soutien moral qu’ils doivent apporter à leurs athlètes, plus que jamais, est un aspect primordial de leur travail.

Dans un moment comme ça, l’athlète doit se sentir supporté, avec l’incertitude, beaucoup d’inconnu. C’est essayer de garder la motivation, trouver des moyens de les stimuler à l’entraînement parce que… ça peut être long, affirme Gill.

Photo d'un écran d'ordinateur avec les gens qui se parlent.

Nicolas Gill en vidéo conférence avec des athlètes et entraîneurs de Judo Canada.

Photo : Facebook/Judo Canada

Il ajoute qu’il a aussi à cœur la santé mentale des entraîneurs qu’il côtoie et qui n’ont pas d’enfants comme lui, puisqu’ils doivent aussi affronter la solitude.

Dans tout ça, les entraîneurs doivent aussi s’occuper de leur vie.

Nicolas Gill, directeur général, directeur de la haute performance et entraîneur chez Judo Canada

Dans mon cas, je suis très occupé, mais je pense que pour certains, c'est un gros choc sur leur rythme de vie personnel. Ils sont habitués d’avoir une vie très dynamique, de voyager, de se promener beaucoup, d’être entourés de gens. Là, de se retrouver en isolement, je pense que cette partie-là, sur la vie personnelle de plusieurs entraîneurs, c’est très dur.

C’est pour ça qu’on essaie d’impliquer les entraîneurs dans toutes sortes d’activités, comme les formations, préparations mentales, etc. C’est souvent des choses, je pense, qu’on oublie et qu’il ne faut pas perdre de vue.

Isabelle Cloutier, de son côté, tient à rester près de ses jeunes athlètes, malgré la distance, pour les aider à passer au travers de cette période et les garder stimulés.

Cloutier se tient debout sur le bord d'une piscine.

Isabelle Cloutier

Photo : Antoine Saito

Je crois que le plus grand défi c’est de garder la flamme allumée chez nos athlètes, de les garder motivés. De leur faire comprendre que c’est une situation temporaire. Que ça ne met pas en péril tous les objectifs qu’ils se sont fixés, toutes les choses qu’ils veulent accomplir.

Elle admet que la séparation abrupte avec les athlètes a été un choc pour elle.

J’entraîne des athlètes, oui, mais j’entraîne aussi des adultes en devenir. On voit chaque jour comment ils changent, comment ils apprennent. Pas juste au niveau du sport, mais au niveau de la vie en général.

Mon groupe, on passe 17 h 30 par semaine ensemble, côte à côte. On ne l’a plus ce temps-là, de qualité, qu’on avait avant.

Isabelle Cloutier, entraîneuse de l’équipe nationale junior à Plongeon Canada et au club CAMO

À Vancouver, Dos Santos mène une équipe composée de joueurs venant des quatre coins de la planète. Certains n’ont pas pu rentrer chez eux.

Nous, on sait qu’il y a des joueurs qui sont tout seuls. On les connaît, on sait qui n'est pas avec sa famille et on essaie de les garder tout le temps en contact. On parle beaucoup avec eux et on espère que ça peut les aider en ce moment.

Son organisation offre aussi un cours hebdomadaire en collaboration avec l’Université de la Colombie-Britannique.

C’est une présentation de 25 minutes sur la visualisation et comment tu peux utiliser tes pensées pour te mettre dans une bonne situation; de l’aide mentale pour les joueurs qui se sentent plus seuls à la maison, qui n’ont pas de famille ici.

Guider dans l’inconnu

Je ne pense pas que le défi est la distance. Le défi est plus la situation, l’inconnu, l’incertitude, dit Gill.

Ceux qui ont pour mandat de guider les athlètes à bon port ne connaissent même plus la destination.

Gill tape sur l'épaule de Valois-Fortier.

Nicolas Gill et le judoka Antoine Valois-Fortier, lors d'une compétition à Paris, en 2020

Photo : RAFAL BURZA

Les athlètes ont l’habitude de travailler avec des échéances fixes très précises. Là, il n’y a pas de calendrier [...] donc c’est toute la gestion de cet inconnu-là qui est le plus gros défi, autant pour les athlètes que les entraîneurs, poursuit-il.

Parce qu’on ne sait pas quand on va retourner, quand est-ce que les piscines vont ouvrir. On sait que la saison actuelle est terminée, mais pas quand la prochaine va commencer, renchérit Cloutier.

Pour les entraîneurs, ça devient complexe de baser leurs décisions et leurs recommandations sans avoir de date précise de retour à l’entraînement au judo, sans date de reprise des compétitions.

Dos Santos se voit aussi déstabilisé devant cette situation jamais vue. Son équipe n'a joué que trois matchs en sept mois.

Si on regarde ça d’un œil plus positif, quand on va être ensemble, on va juste plus l'apprécier.

Marc Dos Santos, entraîneur-chef des Whitecaps de Vancouver
Il est sur le coté du terrain avec ses joueurs.

Marc Dos Santos

Photo : bob frid / Bob Frid/Whitecaps FC

Le plus grand défi, c’est qu’on a fait une présaison, on a préparé les joueurs physiquement pour atteindre nos objectifs de la saison, et maintenant on a dû arrêter.

Et on doit préparer une nouvelle présaison, une nouvelle période de préparation, et ça, c’est nouveau pour tout le monde, pas juste pour moi. On doit vivre avec.

Il entrevoit aussi que juin et juillet seront étranges puisque ce sont habituellement des mois extrêmement occupés dans le monde du soccer, et que cette année, tout sera probablement encore à l’arrêt.

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