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Kim Clavel coup pour coup face à la COVID-19

Elle répond à des questions.

Kim Clavel

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Jean-François Chabot

Il y a un mois, Kim Clavel retirait ses gants de boxe pour enfiler ceux en latex pour se lancer corps et âme dans un combat sans merci contre la COVID-19. Un mois plus tard, la bataille fait rage.

Jointe par Radio-Canada Sports entre deux quarts de travail, lundi, l’infirmière auxiliaire de 29 ans a décrit un quotidien qu’elle découvre encore plus dur qu’elle ne l’avait prévu.

L’adversaire est toujours là, inlassablement, sous ses yeux, en train de frapper les plus vulnérables d’entre nous au cœur de nos CHSLD.

Même si elle doit se lancer au cœur des zones les plus rouges et les plus chaudes de la contamination, Clavel refuse de baisser les bras et maintient sa garde haute afin de préserver sa propre santé.

Je vais bien même si aujourd’hui je me sens très, très fatiguée. J’étais depuis deux jours au CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. Ce n’est pas de tout repos, mais ils ont beaucoup amélioré la marche à suivre pour limiter la contagion.

Kim Clavel, infirmière auxiliaire et boxeuse

Il faut se rappeler que ce centre est l’un des plus sévèrement atteints avec un total à ce jour de 67 morts parmi les résidents infectés par le coronavirus.

On a des jaquettes, on a notre visière, nos lunettes. Mais comme il manquait de préposés, il y avait beaucoup d’ouvrage hier soir (dimanche), a raconté celle qui était rentrée chez elle peu après 15 h 30 et qui allait retourner au front dès 23 h.

Elle mange, elle s’entraîne un peu et elle dort le plus possible afin de refaire ses énergies.

Difficile à vivre

Clavel, pourtant habituée à faire face à des défis et à des adversaires coriaces, reconnaît que la situation est plus rude qu’elle ne l’avait pressentie.

Il y a un mois, je n’avais pas encore travaillé dans des endroits où l’on trouvait des cas positifs à la COVID-19. Mais depuis deux semaines, on m’envoie toujours dans les zones chaudes, c’est-à-dire les zones où les personnes sont déjà infectées.

Elle raconte qu’elle a déjà perdu plusieurs des résidents et des bénéficiaires dont elle avait la charge.

J’ai vu des décès. J’ai accompagné des gens vers leur dernier souffle. J’ai même tenu la main de l’un d’entre eux. À voir ces gens mourir, tu réalises que ce qui passe est bien vrai. Pour ceux qui ont système immunitaire plus faible, c’est violent ce qui se passe, en ce moment.

Kim Clavel

Si les vêtements et les équipements pour sa propre sécurité ne manquent pas, il en va autrement de choses destinées aux patients.

On manque un peu de matériel dans les CHSLD. Dans un autre endroit où j’ai travaillé, plusieurs personnes avaient besoin d’oxygène et il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Il fallait prioriser ceux qui en avaient le plus besoin.

Elle a insisté sur le manque criant de personnel.

Hier, c’était effrayant. Il n’y avait que 2 préposées pour 32 clients et ce n’était même pas de vraies préposées. L’une était en train de terminer son cours en soins, l’autre était une ergothérapeute. Tout le monde fait son possible, mais disons que si sur 30 résidents, il faut en faire manger 20, l’un après l’autre. Comme ils sont tous confinés dans leur chambre, quand tu arrives au dernier, je peux te dire que la nourriture est très froide.

Kim Clavel

Trouver l’énergie

Il va sans dire que chacun de ses quarts de travail est aussi vidant qu’un combat de boxe. Mais contrairement à sa vie d’athlète où elle peut s’accorder une bonne période de répit, l’arène des CHSLD est un lieu de lutte infini.

Où trouve-t-elle l’énergie pour être capable de faire face à la bête?

Un coup que j’arrive là-bas, j’oublie tout. J’oublie toute ma fatigue et l’épuisement. J’ai le goût d’être là, de les aider, de jaser avec eux [les résidents, NDLR], de faire une petite différence dans leur journée. Je vois à quel point leur état général diminue très vite. Ça cogne fort et c’est vraiment sournois, a dit Clavel.

Si au début de sa campagne personnelle, Kim se déplaçait au gré des besoins et des directives de l’agence qui s’occupe de lui trouver du boulot, elle se concentre à présent sur deux établissements.

Tout comme à Sainte-Dorothée, elle se retrouve dans la zone rouge du CHSLD Paul-Gouin, dans le quartier Rosemont, à Montréal. Elle précise qu’on ne la fait plus travailler sur des étages où les personnes ont été épargnées par la COVID-19, une autre façon de limiter la propagation.

Je fais attention, je me protège. Les gens sont importants pour moi, je vais donc chercher à les protéger aussi. Les risques que je les contamine sont très minimes.

Pendant que le premier ministre du Québec François Legault et le responsable de la santé publique Horacio Arruda nous disent que la fameuse courbe de contagion est en train de s’aplatir, Clavel fait le constat opposé dans les institutions où elle intervient. Selon elle, le nombre de cas demeure en forte hausse.

Elle a tout de même voulu se faire rassurante pour les familles des ainés dont elle s’occupe. Elle a dit que les résidents étaient bien traités et que ceux qui viennent donner un coup de main sont des gens de cœur. Il a certes un manque de personnel, le service est plus long, mais ils sont propres, ils ont bu et ils ont mangé quand vient le temps de dormir.

L’infirmière auxiliaire la plus célèbre au Québec s’amuse du fait que ses collègues la reconnaissent quand ils travaillent à ses côtés.

La couverture médiatique dont elle a été l’objet et sa participation, même à distance, à l’émission Tout le monde en parle, lui ont conféré un statut dont elle s’accommode bien.

C’est vraiment drôle. Le monde vient me voir en me demandant : "C’est vous la sportive qui est venue travailler? On vous remercie ben gros, là!", a reconnu la jeune femme.

Combien de temps pourra-t-elle tenir à ce rythme?

On va tenir le temps qu’il faut. Je suis une battante et je tiens jusqu’au dernier round. Je vais le faire cette fois-ci. Ça ne sera pas nouveau pour moi, a lancé Clavel encore prête à en découdre.

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