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Chronique

Trois DG et la réunion qui pourrait changer le sport mineur québécois

On voit l'arrière des gradins.

Le terrain de baseball de ce parc situé dans l'arrondissement du Sud-Ouest sera fermé jusqu'à nouvel ordre.

Photo : Google Maps

BILLET - Une rencontre fort constructive, provoquée par la crise que traversent les fédérations sportives en raison de la pandémie de COVID-19, pourrait à jamais changer la façon dont le sport mineur est organisé au Québec. 

Jeudi matin, les directeurs généraux de Hockey Québec (Paul Ménard), de Baseball Québec (Maxime Lamarche) et de Soccer Québec (Mathieu Chamberland) se sont réunis afin de déterminer comment il leur serait possible de collaborer pour minimiser les inconvénients reliés à la pandémie.

C’était la première fois qu’une telle rencontre tripartite survenait entre les trois dirigeants, qui chapeautent quelque 300 000 membres fédérés. Et tout naturellement, la liste des sujets à l’ordre du jour s’est considérablement accrue au fil de la conversation.

Sans avertissement, Hockey Québec a été forcée de mettre fin à sa saison en mars dernier. À leur tour, le baseball et le soccer, dont les calendriers estivaux normaux étaient déjà courts, sont maintenant soumis à une campagne écourtée. Sauf que cette perspective, en fin de compte, pourrait décourager un fort pourcentage de leurs membres de disputer la saison.

Tant d’un point de vue sportif que financier, une telle situation pourrait avoir des conséquences désastreuses pour Baseball Québec et Soccer Québec.

Le climat actuel nécessitant des élans de solidarité dans tous les domaines, les trois DG n’ont pas mis de temps à s’entendre sur une solution à court terme. Ils collaboreront pour éviter que les athlètes et les familles aient à renoncer à un sport en raison de la pandémie.

En cette période difficile, les fédérations ont le réflexe de se serrer les coudes. On ne se perçoit pas comme des compétiteurs, au contraire, constate Mathieu Chamberland.

Il est très clair que les saisons de soccer, de baseball et de hockey vont se chevaucher. Cela survenait déjà dans le passé de toute manière. Et nos associations étaient déjà informées, depuis plusieurs années, de l’importance de laisser les jeunes conclure leur saison de sport estival avant de leur demander de se consacrer entièrement au hockey.

Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec

Cette année, étant donné la pandémie, les saisons de soccer et de baseball se prolongeront peut-être un peu plus, et nous composerons avec le fait que certains joueurs seront moins présents aux activités de hockey en début de saison. J’ai pris cet engagement. Ce sera très important que les enfants puissent terminer la saison qu’ils auront commencée, ajoute Paul Ménard.

C’est un discours que nous tenons tous les trois, et c’est tout à fait logique de privilégier la fin d’une saison sportive, où les enfants vivent davantage d’événements mémorables, plutôt qu’un camp de sélection pour faire partie d’une équipe, renchérit Mathieu Chamberland.

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Voilà, donc, un fort bel exemple de collaboration de la part de ces trois dirigeants de fédérations. Mais ce n’est peut-être rien en comparaison avec les idées qui flottent dans l’air et qui sont susceptibles de se concrétiser au cours des prochaines années.

Le DG de Baseball Québec, Maxime Lamarche, estime qu’un léger déplacement du calendrier du hockey mineur, dont la saison se termine généralement vers la mi-mars, pourrait avoir des effets très bénéfiques et inciter un plus grand nombre d’enfants à pratiquer plusieurs sports.

Le raisonnement de M. Lamarche est le suivant : les activités du hockey récréatif commencent immédiatement après la fête du Travail, alors que le climat québécois demeure très propice à la pratique de sports estivaux jusqu’à la fin de septembre. Par contre, la saison de hockey se termine à la fin de mars, à une période de l’année où les possibilités de pratiquer des sports extérieurs sont très limitées.

En reportant son calendrier de trois semaines, Hockey Québec n’y perdrait rien, mais 170 000 joueurs de soccer et 35 000 joueurs de baseball pourraient prolonger leur saison, et même tenir une plus grande partie de leurs camps d’entraînement en plein air.

Je pense que ça peut se faire. Philosophiquement, nous sommes d’accord avec ça. Quand je suis arrivé à Hockey Québec, les camps d’entraînement des catégories élites commençaient le 1er août, et ça n’avait aucune raison d’être. Nous avons déjà repoussé le début de notre saison à la fête du Travail, et les camps de sélections des équipes élites se font désormais au printemps pour éviter les longs camps commençant en plein été. Nous avons beaucoup cheminé là-dessus. On ne veut pas que les familles aient des choix déchirants à faire.

Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec

Une telle réunion aurait probablement relevé de la science-fiction il y a 20 ans, parce que les fédérations étaient sans doute plus portées à tirer la couverture de leur bord et à porter une oreille moins attentive à ce qui se faisait dans le reste de l’écosystème sportif québécois.

Les mentalités évoluent et les connaissances scientifiques aussi. Le phénomène de la spécialisation hâtive nous préoccupe tous, et nous voulons pousser nos jeunes athlètes vers le multisport pour leur permettre de toucher au plus grand nombre de disciplines possible avant de faire un choix plus tard, à l’adolescence, soutient le DG de Soccer Québec. 

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Les trois directeurs généraux étaient volubiles et enthousiastes après cette première réunion. 

Nous nous sommes rapidement rendu compte que nous avons beaucoup de points en commun sur lesquels il serait intéressant d’échanger et que nous devrions tenir ce genre de rencontre plus souvent, dit Maxime Lamarche.

Parmi les exemples de synergies qui pourraient survenir, M. Lamarche souligne la formation des arbitres, pour lesquelles les trois fédérations utilisent les mêmes plateformes technologiques. Les trois DG ont par ailleurs découvert que tous leurs joueurs étaient inscrits dans des banques de données semblables parce qu’ils font affaire avec le même fournisseur de services Internet. Le partage de ressources bénévoles a été évoqué.

Au fil des discussions, une autre idée novatrice a aussi été lancée, soit que les athlètes des programmes sport-études puissent être initiés à une autre discipline durant leur année scolaire.

Il y a peut-être des économies à faire en travaillant ensemble, croit Maxime Lamarche.

Nous pourrions assumer un rôle de leadership au sein de la communauté sportive, estime Mathieu Chamberland.

Je désire vraiment que cette collaboration se poursuive. Nous pouvons travailler de concert sur plusieurs dossiers. Nous sommes vraiment ouverts à cela [...] En quittant la réunion, je me suis même dit que ça pourrait être intéressant de réunir les conseils d’administration des trois fédérations pour prendre un pas de recul et essayer d’identifier les meilleures façons de collaborer pour davantage faire bouger nos jeunes, conclut Paul Ménard.

Si les décideurs de ces grandes fédérations se mettent effectivement à collaborer et à favoriser concrètement l’approche multisport auprès de leurs membres, notre écosystème sportif québécois fera des pas de géant. Il s’agit d’une excellente nouvelle.

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