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chronique

Spécialisation précoce des jeunes hockeyeurs : une étude étonnante

Une caméra filme de jeunes hockeyeurs à l'entraînement.

Les hockeyeurs d'élite s'entraînent toute l'année.

Photo : Vincent Huard-Pelletier

Deux membres de l’équipe du laboratoire hockey S.C.O.Re, de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), viennent de publier une étude fascinante qui contredit complètement un préjugé qu’entretiennent sans doute une vaste majorité des gens s’intéressant à la pratique sportive des jeunes.

Au fil des ans, de nombreuses études ont montré qu’il est néfaste pour les enfants de se spécialiser dans la pratique d’un seul sport. La spécialisation sportive prématurée (SSP) est directement associée à l’abandon de la pratique du sport à l’adolescence, à des risques accrus de blessures de surentraînement ainsi qu’à l’adoption d’un mode de vie sédentaire ou à de moins bonnes performances sportives à l’âge adulte.

C’est pourquoi des concepts comme la littératie sportive et le développement multisport des athlètes sont mis de l’avant au sein d’un nombre grandissant de fédérations sportives dans le monde.

Revenons maintenant à l’intéressante étude du laboratoire de hockey de l’UQTR.

Si on vous demandait de déterminer, au hockey mineur québécois, les enfants qui pratiquent leur sport toute l’année, qui participent le plus à des stages de perfectionnement et qui s’adonnent le moins à des sports estivaux, vous montreriez probablement du doigt les hockeyeurs des classes les plus compétitives (les niveaux AAA, relève ou AA).

Or c’est tout le contraire!

Cette découverte est importante parce que, jusqu’à présent, la vaste majorité des études consacrées à la spécialisation sportive prématurée des jeunes athlètes se concentraient uniquement sur les comportements de ceux des catégories les plus compétitives.


Ainsi, selon les données recueillies par les chercheurs Vincent Huard-Pelletier et Jean Lemoyne, dont les travaux ont été récemment publiés dans la revue spécialisée The Journal of Expertise, 63 % des joueurs évoluant au hockey récréatif (BB, A et B) ont rapporté un niveau élevé de spécialisation sportive, alors que ces chiffres étaient totalement inversés du côté des jeunes hockeyeurs d’élite. Chez ces derniers, pas moins de 64 % rapportaient, au contraire, une pratique sportive diversifiée au cours de l’année.

Les autres sports les plus populaires auprès des jeunes hockeyeurs polyvalents sont tous des sports collectifs : le soccer (13 %), le baseball (8,7 %), le hockey de terrain(5 %) et le football (3 %).

L’étude du laboratoire hockey de l’UQTR révèle par ailleurs que 93 % des jeunes hockeyeurs présentant un faible taux de spécialisation sportive sont actifs quotidiennement, contre 68 % de ceux qui se consacrent uniquement ou presque uniquement au hockey durant l’année.

Ce n’était vraiment pas l’hypothèse que nous avions au départ [...]. Nous avons été très surpris des résultats. Mais nous avons été capables de les expliquer et je crois qu’ils contribuent à faire avancer notre compréhension de la spécialisation hâtive chez les jeunes athlètes, explique Vincent Huard-Pelletier, pour qui cette démarche constituait un mémoire de maîtrise.

Il travaille devant son ordinateur.

Vincent Huard-Pelletier est l'un des coauteurs de l'étude.

Photo : Vincent Huard-Pelletier

Cette étude a été menée auprès de 404 joueurs québécois provenant de régions urbaines et rurales et âgés de 12 à 17 ans (catégories pee-wee, bantam et midget). L’éventail des participants à l’étude s’étendait du niveau pee-wee B jusqu’au midget AAA, et les deux groupes de joueurs (élite et récréatifs) étaient séparés en deux groupes égaux de 202.

Pour les besoins de l’étude, la définition de la spécialisation sportive prématurée est celle d’un athlète qui, durant son enfance, se consacre à un seul sport (compétition et entraînement spécifique) huit mois et plus par année et que cette concentration sportive nuit à la pratique d’autres sports ou activités physiques.


Par ailleurs, un autre aspect de la recherche effectuée par Vincent Huard-Pelletier et Jean Lemoyne suscite une importante réflexion.

Leurs résultats démontrent que les hockeyeurs moins spécialisés ont une perception positive des encouragements qu’ils reçoivent de la part de leurs entraîneurs et de leurs parents, alors que, au contraire, ceux qui sont hautement spécialisés ont une perception très négative du soutien qu’ils reçoivent de la part de leur entourage.

Aussi, les chercheurs ont noté qu’un plus grand nombre de jeunes hockeyeurs hautement spécialisés n’ont pas une bonne opinion de l’entraînement physique musculaire ou cardiovasculaire. Ils ne ressentent donc pas de plaisir à s’entraîner.

Cette perception du sport n’est certainement pas un prélude à l’adoption d’un mode de vie actif une fois l’âge adulte atteint.


Pourquoi les hockeyeurs des catégories moins compétitives seraient-ils davantage portés à se consacrer à la pratique d’un seul sport? Les hypothèses des chercheurs sont nombreuses.

Chose certaine, il n’y a pas d’avantage économique à pratiquer le hockey toute l’année. Le hockey estival coûte souvent plus cher qu’en hiver et il est plus onéreux que le baseball et le soccer, souligne Vincent Huard-Pelletier.

Les chercheurs avancent notamment que les programmes de formation des entraîneurs d’élite établissent clairement les conséquences négatives de la SSF et encouragent les entraîneurs à prôner davantage la diversification des activités physiques, ce qui n’est peut-être pas le cas au niveau récréatif.

Ils émettent aussi l’hypothèse que les enfants qui ont plus d’aptitudes sportives ou des capacités athlétiques supérieures (les joueurs d’élite) sont peut-être davantage portés à explorer la pratique d’autres sports dès leur plus jeune âge.

Leur étude cite par ailleurs de récents travaux issus du modèle de développement de Hockey Canada, qui révélaient que la plupart des jeunes hockeyeurs faisaient face à un processus de sélection stressant et à des calendriers exigeants. Et que par le fait même, de nombreux jeunes se sentent obligés de pratiquer le hockey toute l’année afin de pouvoir décrocher une place au sein d'une équipe d’élite.

Ce dernier aspect, je l’ai souvent entendu de la part de parents durant notre étude. Ils disaient : « Nous ne sommes pas des apôtres de la spécialisation, mais notre fils a un camp important qui s’en vient et il lui en manque juste un peu pour se tailler une place au sein de l’équipe, révèle Vincent Huard-Pelletier.

Cela dit, nous ne sommes pas au bout de nos réflexions. Il y a encore plusieurs pistes à explorer, ajoute-t-il.

En fin de compte, les deux chercheurs de l’UQTR estiment que leurs résultats confirment l’importance de diversifier la pratique sportive chez les jeunes hockeyeurs.

Et leur étude, ajoutent-ils, soutient l’idée que des efforts doivent être faits pour informer les jeunes athlètes, leurs parents et leurs entraîneurs sur les effets néfastes de la SSP, même auprès de ceux évoluant dans les niveaux récréatifs.

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