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Le coronavirus refroidira-t-il les organisateurs de grands événements sportifs?

Des anneaux olympiques sur une vitre

Le musée olympique de Tokyo

Photo : Getty Images / Philip Fong

Avant le coronavirus, seuls des guerres, des campagnes de boycottage ou des conflits de travail étaient venus à bout du sport. Un nouvel ennemi invisible fait des ravages et on ne sait pas quand ça s’arrêtera. Il est permis de se demander qui voudra encore prendre le risque d’accueillir un événement sportif. Nous avons creusé la question avec une spécialiste.

Héloïse Signé, ancienne nageuse des Carabins (elle a nagé avec Audrey Lacroix), a étudié à HEC Montréal avant de se joindre à BCW (Burson Cohn & Wolfe) Sports Practice, une agence internationale de communications basée à Lausanne qui se spécialise dans l’organisation d’événements sportifs. En tant que consultante, elle vient en aide aux villes qui accueillent ces événements pour qu’elles atteignent leurs objectifs sociaux, économiques ou d’image.

Dans la semaine du 23 au 29 mars, l’agence a lancé une vaste enquête sur une centaine de villes dans le monde pour analyser les conséquences de la pandémie sur l’organisation des grands rassemblements sportifs.


Q. - Comment s’est déroulée votre enquête?

R.  Nous voulions dans un premier temps prendre la température et savoir comment les villes réagissaient face à la pandémie. On leur a posé des questions sur l’impact que cela pouvait avoir sur la planification de leurs événements sportifs. Est-ce que ces événements vont être annulés? Quel sera l'impact? Quelles seront les conséquences financières, à court, moyen et long terme? Comment réagit la population? Son soutien existe-t-il encore? Quels sont les liens durant la pandémie avec les fédérations internationales qui sont les détentrices des droits des événements?


Q. - Quels sont les premiers résultats que vous avez obtenus?

R. Nous avons 84 % des villes qui reconnaissent que leurs événements vont être affectés pour l’année 2020. Mais ce qui est intéressant, c’est que 58 % d’entre elles pensent qu’il y aura un retour à la normale dès l’année prochaine. Elles pourront donc planifier de nouveau leurs événements.

La mauvaise nouvelle, c’est que 78 % de ces villes pensent très fortement qu’elles auront d’importantes pertes financières dues au report ou à l’annulation.  Pour 2021, ce sont 43 % des villes qui pensent que leur budget va être réduit ou fortement revu à la baisse. Le petit espoir, c’est que la majorité des villes pensent qu’en 2022 et après, il est encore trop tôt pour dire quel sera le réel impact sur leur budget.


Q. - Est-ce que l’on peut en conclure qu’il y aura de plus en plus de villes qui seront frileuses à l’idée d’accueillir de grands événements sportifs à l’avenir?

R. Pour le moment, les villes sont divisées sur la question, car elles se demandent comment leur population va réagir. Est-ce que les personnes vont être plus prudentes? Est-ce qu’elles auront encore envie de se rassembler autour d’un événement sportif même si c’est une occasion de se retrouver socialement? Ou au contraire, est-ce qu’elles auront envie de retrouver leurs habitudes?

Il est donc encore trop tôt pour ces villes-là pour comprendre l’impact de cette crise sur le comportement de leur population.


Q. - Est-ce que l’on peut raisonnablement penser que les priorités pour les populations seront toutes autres après la pandémie?

R. C’est vraiment la conclusion de toute cette enquête. Il y a deux scénarios possibles, un optimiste et un plus pessimiste.

Le scénario pessimiste, c’est que les grands événements feront partie du problème. Les événements sportifs sont l’occasion de réunir de grandes foules avec des gens qui viennent du monde entier et on peut se demander si les gens voudront se retrouver confinés dans un stade ou une piscine avec toutes les difficultés de gérer l’encadrement sanitaire. De plus, les populations peuvent aussi interroger légitimement leur gouvernement en demandant si c’est aujourd’hui une priorité de financer de grands événements sportifs alors que d’autres secteurs mériteraient d’être subventionnés avant.

Mais il y a aussi un scénario optimiste où les événements sportifs font partie de la solution. Se rassembler, c’est aussi un moyen de renouer avec une activité sociale. Ce que montrent un certain nombre d’études dans le monde, c’est que l’homme est un être social qui a besoin de se retrouver.

De plus, l’événement sportif permettrait aussi de relancer d’une certaine manière l’économie d’une ville. La plupart de ces villes sont convaincues qu’un événement sportif a un impact significatif sur l’économie, l’aspect social. Le terme héritage, souvent employé quand on accueille un grand événement sportif, prendra un tout autre sens après la pandémie.


Q. - Est-ce que l’on peut envisager qu’après la pandémie, on sera obligé de revoir les modèles économiques des organisations d’événements sportifs? Vous êtes dans la ville qui accueille le CIO : est-ce que l’instance olympique devra revoir sa copie? Et est-ce que la pandémie ne va pas quelque peu refroidir les villes qui voudraient être candidates pour la tenue de Jeux olympiques?

R. Il est vrai que dans l’enquête, on révèle que des villes se sont posé la question et elles pensent que les événements sportifs ne sont plus forcément les piliers du développement du sport. Cependant, le CIO a déjà fait des premiers pas dans le bon sens d’aider les villes candidates. On a renouvelé le modèle d’affaires. Au sein du CIO, on veut être plus transparent dans la manière d’expliquer les choses. On va expliquer de plus en plus comment les Jeux olympiques peuvent contribuer au développement économique, social et sportif d’une ville ou même d’un pays.

Pour moi, cette crise va permettre au CIO d’expliquer encore plus ce qu’il a déjà fait dans ce sens-là.


Q. - Tout de même, ces grands événements coûtent de plus en plus cher aux villes, aux pays. Est-ce qu’au 21e siècle et après cette pandémie, ils seront encore une priorité?

R. C’est une bonne question. Ce que l’on a pu voir avec notre enquête, c’est la présence de deux scénarios. Un optimiste et un pessimiste. À l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour savoir quel sera l’impact à long terme sur les grands événements sportifs, y compris les Jeux olympiques. Il sera très intéressant de suivre l’évolution, mais il n’en demeure pas moins que tous ces grands événements resteront un moyen de stimuler positivement les populations. D’ailleurs, on l’a vu avec les Jeux de la jeunesse cette année à Lausanne, qui sont les derniers Jeux olympiques organisés avant 2021. On a vu comment on a activé la jeunesse et comment les Jeux pouvaient être une fantastique plateforme.


Q. - Je voudrais conclure avec une question plus philosophique. Est-ce que finalement, cette pandémie et ses conséquences ne vont pas changer notre manière d’aborder le sport où l’on irait plus vers un sport participatif qu’un sport compétitif? C’est à l’ancienne championne et, bien sûr, à la consultante que je m’adresse.

R. Je pense que l’un n’exclut pas l’autre. Les grands événements sportifs sont aussi une source d’inspiration pour de saines habitudes de vie. À mon avis, le sport de haut niveau ne va pas disparaître du jour au lendemain au profit d’un autre type de sport. L’un comme l’autre va devoir évoluer ensemble. C’est en tous cas ma philosophie.

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