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Sylvie Fréchette pleure Julie Sauvé, sa « deuxième mère »

Elle pose sur le bord d'une pisicine.

Sylvie Fréchette

Photo : Radio-Canada / Alain Décarie

Jean-Patrick Balleux

« La grande! L’avion décolle. Ce soir, je fais dodo dans mon lit. Je t’aime. » Ce sont les derniers mots que Sylvie Fréchette a reçus de Julie Sauvé. C’était le 1er avril.

L’entraîneuse de natation artistique était en escale à Vancouver, de retour de Singapour. Six jours plus tard, en quarantaine, Julie Sauvé est morte subitement dans son sommeil.

Ç’a été un choc. Au début, quand j’ai entendu, je n’ai pas processé, a confié Sylvie Fréchette à Radio-Canada Sports mercredi. J’ai absorbé la nouvelle, mais j’ai eu un blocage pour empêcher de processer l’information. C’est un refus total de ma part. Ouf. C’est non. Juste non. Pas ma Julie. Ça ne se peut juste pas.

Sylvie Fréchette n’aura pas eu le temps de rendre visite à sa première entraîneuse qui l’avait surnommée Karine, pour la distinguer des six autres Sylvie qui nageaient dans la piscine en même temps qu’elle lorsqu'elle avait 7 ans. En fait, Julie Sauvé avait deux surnoms pour Sylvie Fréchette : Karine ou la grande.

Je le comprends avec ma tête, mais mon cœur n’est pas bien. Sur Messenger, elle m’a dit : "Hey la grande, je vais être en quarantaine, mais dès que c’est fini, on se prend du temps", explique l’ancienne nageuse.

Sylvie Fréchette pense encore à une mauvaise blague. Ça ne fait pas 24 heures, mon cœur refuse d’y croire.

Elle jaillit de l'eau.

Sylvie Fréchette a gagné l'or olympique en 1992 sous la direction de Julie Sauvé

Photo : La Presse canadienne / Presse Canadienne/Dave Buston

Celle que Julie Sauvé a menée à la médaille d’or en solo aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 est heureuse de voir les hommages pleuvoir sur celle qui était une deuxième maman.

J’ai deux mamans. Une maman biologique qui m’a donné les bonnes valeurs, la famille. Mais c’est Julie qui m’a ouvert le monde. Elle m’a fait comprendre qu’il n’y a rien de trop beau dans la vie. Que rien n’est inaccessible. C’est le plus beau cadeau qu’elle a pu me léguer. Mais pour le moment, on dirait que j’ai perdu ma boussole.

Sylvie Fréchette, ancienne championne olympique en natation artistique

Le nombre de personnes qu’elle a touchées, influencées, inspirées, dérangées aussi parce qu’elle avait beaucoup de caractère. Ma mère trouve dommage que Julie soit partie et qu’elle ne se rende pas compte de tous les beaux témoignages. On devrait apprendre à se parler plus de notre vivant. Je sais que Julie sait que je l’aime. Je sais aussi qu’elle m’aime. Peu importe, j’aurais aimé ça lui parler une dernière fois.

Barcelone, 1992

Depuis 24 heures, Sylvie Fréchette roule en boucle les souvenirs, nombreux, qu’elle a partagés avec Julie Sauvé. À commencer par son aventure olympique à Barcelone, qui avait commencé avec la mort tragique de son copain Sylvain Lake, quelques jours avant le grand départ pour l’Espagne.

Après le suicide de Sylvain, une fois que j’ai pris la décision d’aller à Barcelone, Julie m’avait dit : "Bon, c’est fini de brailler. On va à la piscine et on s’entraîne." Et j’étais tellement d’accord avec elle. Ce que Julie disait, c’est ce que je faisais. J’avais une confiance sans limite en elle. Et je n’ai jamais douté qu’elle voulait notre bien. J’étais dans l’eau, mais je sais qu’elle soufflait autant que moi à l’extérieur et travaillait d’une autre façon.

Sylvie Fréchette a été accompagnée par son entraîneuse dans toutes les sphères de sa vie. De ses premiers programmes à l’âge de 7 ans, en passant par les Championnats du monde, deux Jeux olympiques, sa vie personnelle et la création du club de natation Neptune synchro.

Les entraîneurs ont un impact beaucoup plus grand qu’ils ne le pensent dans la vie de leurs athlètes. Malheureusement, on entend plus parler de ceux qui font de mauvais choix, qui manipulent et qui abusent. Mais pour la majorité des autres, ils ont un impact incroyable, raconte la nageuse qui la connaissait depuis 45 ans.

Let’s go la grande, t’es capable, répétait sans cesse Sauvé à sa Karine, en lui donnant une tape d’encouragement sur les fesses. Avec un ton très dur, très ferme. À partir de ce moment-là, je devenais alors implacable, se souvient Sylvie Fréchette.

Reconnue dans le monde

En octobre 2012, Julie Sauvé a perdu son poste à la tête de l’équipe canadienne. D’autres pays l’ont vite recrutée, notamment le Brésil, en route vers les Jeux de Rio, et Singapour, tout récemment.

Ce n’était pas une coach facile, Julie, reconnaît Sylvie Fréchette. Elle était très exigeante. Certaines (athlètes) lui en ont peut-être voulu parce qu’elle les a poussées. Mais c’était notre choix de rester! C’était notre choix de vouloir continuer. Je me suis toujours dit que si elle me demandait quelque chose, ce n’était pas pour que je me plante. C’est parce qu’elle sait que je suis capable, mais je ne sais juste pas comment encore. Elle me l’a appris et me l’a légué comme entraîneuse. Maintenant, je me demande comme je vais faire sans elle, pour le reste de ma vie.

Sylvie Fréchette trouve étrange que sa mentore soit disparue en pleine période de confinement.

Il n’y a pas une personne plus sociable que Julie Sauvé, dit-elle. Elle aimait être en gang. Je ne sais pas sous quelle forme, mais il faudra lui rendre hommage. Julie Sauvé est un monument. Pas pour faire de l’ombre par ce qu’elle représente, mais pour faire rayonner jusqu'à la plus petite parcelle de chaque personne. C’est ce qu’elle voulait, élever, faire connaître la nage synchro. Faire rayonner les gens. Leur permettre d’accéder à quelque chose de plus haut, plus beau, plus grand que soi, que souvent, on ne savait même pas qu’on possédait à l’intérieur de soi.

D'autres réactions à la mort de Julie Sauvé

Marie-Pier Boudreau-Gagnon, nageuse canadienne aux Jeux de Pékin et de Londres

Julie est comme un membre de ma famille. Elle était là à la naissance de mon enfant à l’hôpital. Elle était là quand ça allait moins bien aussi. Elle a toujours été très importante dans ma vie. J’ai eu un choc, j’ai perdu un entraîneur, mais avant tout une très grande amie. Je lui ai parlé régulièrement récemment parce que ma mère est allée la rejoindre à Singapour. Elles envoyaient des vidéos et Julie n’avait pas de problème de santé connu.

Élise Marcotte, nageuse canadienne aux Jeux de Pékin et de Londres

C’est quelqu’un qui a changé la vie de plusieurs personnes partout dans le monde. Les gens étaient contents de la voir. Elle se levait le matin et c’était toujours une bonne journée […] Je n’ai pas un bon moment avec Julie, j’en ai à peu près 2000! Julie n’avait pas d’enfant biologique, mais elle a des filles partout, ses nageuses, qu’elle a adoptées. C’est une chance de lui rendre hommage aujourd’hui. Julie n’a pas marqué le sport, Julie a FAIT le sport. Elle a changé l’image de la synchro à l’international.

Jojo Carrier, analyste de natation artistique aux Jeux de Barcelone et d’Atlanta

C’est comme un tsunami. J’ai tout de suite pensé à sa mère et à sa sœur Denise. On est toutes bouleversées. C’était une personne avec une joie de vivre incroyable, une drive pas possible et un grand sens de l’humour. C’est une grande perte pour la synchro et pour tous les amis du sport. C’est une grande ambassadrice de son sport partout dans le monde. Elle était généreuse de ses conseils, toujours prête à aider.

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