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Même le médecin du Canadien porte un masque

Il sourit dans un aréna.

Le Dr David Mulder, médecin du Canadien de Montréal

Photo : Radio-Canada / Alain Decarie

Jean-Patrick Balleux

Au moment où l’Amérique du Nord tergiverse sur le port du masque en public, David Mulder ne prend plus aucun risque. Depuis trois jours, le célèbre médecin du Canadien de Montréal en porte un quand il sort de la maison.

Ce n’est pas tant pour ne pas attraper le coronavirus, mais davantage pour protéger les autres au cas où je l’aurais déjà sans le savoir. Voyez ce qui arrive à Boris Johnson, a confié le Dr Mulder à Radio-Canada Sports, en référence au premier ministre britannique aux soins intensifs après avoir été contaminé.

Rassurez-vous. Le chirurgien de 81 ans, dont la petite-fille à Londres se remet tout juste du coronavirus, va bien. Il est frustré d’être confiné à la maison en raison de son âge, mais il va bien. Et, surtout, il continue de travailler pour l’Hôpital général de Montréal grâce à des applications de communication à distance.

Chaque matin, vers 7 h 30, nous faisons la tournée de nos patients avec Zoom et nous utilisons la télémédecine pour d’autres patients, raconte-t-il. Je travaille de la maison parce que toutes les chirurgies électives [non urgentes, NDLR] sont suspendues. Dans les hôpitaux, ils concentrent leurs énergies sur les patients qui ont le virus, ce qui n’est pas ma spécialité.

Bon moment pour la reconstruction d'un genou?

David Mulder, membre du CH depuis 1963, est une sommité dans l’art de remettre sur patins les joueurs de la LNH les plus amochés. Bobby Orr, Max Pacioretty, Trent McCleary ont un jour fait partie de sa liste de clients. Avec l’arrêt soudain de la saison, est-ce le bon moment pour opérer un genou ou une épaule fragile?

Je reçois beaucoup d’appels de vieux amis. Comme Chris Nilan qui produit maintenant son émission [à TSN Radio] de la maison et qui ne sait plus de quoi parler. Les gens m’appellent, mais pas pour des chirurgies qui, de toute façon, sont impossibles à réaliser. Les hôpitaux ouvrent pour les chirurgies urgentes comme le cancer et les tumeurs, explique-t-il.

Il est d'ailleurs sur la liste de rappel de son hôpital, si jamais les bras manquaient dans la lutte contre la COVID-19.

Nous avons en ce moment deux chirurgiens infectés par le coronavirus, dit-il. Les plus jeunes sont sur place et les plus vieux contribuent comme ils le peuvent avec les cas réglables par téléphone et par Zoom. Je m’ennuie de la routine normale!

Le Dr Mulder fouille dans ses souvenirs. Il ne se souvient pas d’avoir vécu une telle situation.

Il vient d'ailleurs terminer un livre sur la grippe espagnole, qui a empêché la remise de la coupe Stanley en 1919, dans une finale entre le Tricolore, représentant de la LNH, et les Metropolitans de Seattle, champions de l’Association du Pacifique. Plusieurs joueurs montréalais souffraient de la grippe espagnole. Joe Bad Hall en est même mort quatre jours après l’annulation de la finale, qui s’est arrêtée à deux victoires de chaque côté et un match nul.

C’était la première fois que la coupe Stanley n’était pas décernée. La deuxième fois, c'était en 2005, à cause d'un lock-out qui a balayé la saison.

Pour ou contre le retour du hockey?

La LNH planche sur plusieurs scénarios pour reprendre sa saison. David Mulder estime que le hockey est bien secondaire à l’heure actuelle.

Tout dépend de ce qui se passe sur le plan médical. On ne devrait rien faire avant que la situation ne soit complètement rétablie, rappelle-t-il.

La LNH pourrait-elle rassembler les équipes dans une seule ville pour leur faire disputer les séries, comme la NBA songe à le faire à Las Vegas?

Je ne pense pas que ce serait une bonne idée. Rien n’est plus important que de contrôler le virus en ce moment. Ils doivent repousser les matchs et les séries jusqu’à ce que la situation soit sécuritaire pour les joueurs, les partisans et pour tout le monde. Pensez seulement aux hôpitaux, dont les énergies sont toutes concentrées sur le virus. Ils n’ont pas de place pour les blessures graves (trauma), lance le Dr Mulder.

Le chirurgien affirme qu’il est inutile de penser à une reprise du hockey avant au moins quatre à cinq semaines et que tout dépend de l’évolution de la contagion sur le terrain. Il rappelle qu’en Chine, il a fallu trois mois avant de maîtriser le virus.

Le Saskatchewanais se demande si les gens voudront du hockey en juillet et en août après tout ce qu'ils auront vécu sur le plan humain. Il pense aussi à l’énorme défi physique, pour les joueurs, d'une reprise estivale, juste avant une nouvelle saison.

Il y a tellement de choses plus importantes en ce moment que le hockey. Ce n’est pas l’idéal, mais dans des circonstances spéciales, les joueurs savent s’adapter. Mais ils auraient besoin de quelques semaines pour revenir au même niveau, souligne-t-il. De nos jours, les hockeyeurs professionnels gardent la forme à l’année. Mais en termes de jeu, de combinaisons de trios et en sachant qu’ils sont loin de la glace en ce moment, tout ça se détériore pendant le confinement. Mine de rien, c’est ce qui mène à une montée vers les séries de la Coupe Stanley.

Tout le monde est inconfortable avec la situation. On aurait pensé que rester à la maison serait relaxant. Pas vraiment, conclut celui qui se dit très impressionné par le comportement des Québécois en ces temps difficiles. C’est le temps de prendre soin de nous.

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