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Quand les rituels deviennent obsession

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Meaghan Benfeito

Photo : Getty Images / Francois Nel

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Christine Roger
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le même repas, les mêmes bas, mettre le patin droit avant le gauche… Chaque athlète a sa façon bien à lui de se préparer à un match ou à une compétition. Si avoir une routine est totalement sain et normal, il arrive que ces rituels deviennent excessifs, que la superstition se transforme sournoisement en obsession.

Nombreux sont les athlètes qui ont des superstitions qui sortent de l’ordinaire.

On n’a qu’à penser au joueur de tennis Rafael Nadal, passé maître dans l’art d’enchaîner une série de gestes, toujours la même, avant de s’élancer au service. On se souviendra aussi de Patrick Roy, qui parlait à ses poteaux tout au long des matchs. Mais si ces athlètes n’ont jamais semblé dérangés par leurs rituels, bien au contraire, ce n’est malheureusement pas le cas de tous.

La plongeuse Meaghan Benfeito en sait quelque chose. Bien que beaucoup moins intense que ce que vivent d'autres athlètes, ce qui est d’abord apparu comme une routine s’est tranquillement transformée en superstitions qui l’empêchaient d’évoluer dans son sport.

Je devais toujours avoir le même chandail. Si une compétition allait bien, je portais le même maillot à la prochaine compétition et je devais toujours lancer mon chamois à la même place. Ça devenait un peu fou, raconte la triple médaillée olympique.

C’est à ce moment que son entraîneur, Arturo Miranda, est intervenu. Elle devait changer et éliminer toutes ces fausses croyances. C’était après les Jeux olympiques de Londres.

Ça m’a vraiment fait du bien. J'essaie vraiment de ne pas avoir de rituels et de me concentrer sur ce que j'ai à faire cette journée-là et non sur les petites choses que je pensais qui m'aidaient, explique-t-elle.

C'est assez fréquent chez les plongeurs, soutient Arturo Miranda. Ils ont des maillots préférés. Les superstitions deviennent une grosse distraction pour l'athlète, surtout dans notre sport où, à un certain moment, c'est le mental qui fait la différence en compétition.

Il est bien placé pour savoir que les rituels peuvent parfois devenir un handicap. À l’époque où il était lui-même plongeur, il était devenu esclave de sa routine. Alexandre Despatie, alors adolescent, lui a fait réaliser l’inutilité des manies qu’il avait accumulées avec les années.

Je lui ai demandé quel maillot il allait porter pour une compétition. Il ne comprenait pas ma question. Il m’a dit qu’il allait porter le maillot qu’il avait dans son sac. Voilà tout, se souvient-il. C’est vraiment ça qui m’a ramené les deux pieds sur terre.

Arturo Miranda a demandé à toutes ses athlètes, y compris Roseline Filion et Jennifer Abel, d’éliminer toute forme de superstition. C’est pour Meaghan Benfeito que le changement a été le plus flagrant. Il y a eu un avant et un après.

Je pense que ça vient avec le temps, avec la maturité. J’étais jeune en 2012. J’ai finalement compris que ce n'est vraiment pas à cause d'un maillot que je vais bien plonger. C’est grâce à l'entraînement et à la détermination que je suis devenue une bonne plongeuse. À partir de ce moment, je me suis améliorée tous les jours et c’est grâce à Arturo, souligne l’athlète de 31 ans.

Si les superstitions peuvent devenir néfastes, la routine demeure une partie importante de la préparation de l’athlète. En fait, Arturo Miranda y tient mordicus.

Elles doivent créer une routine. Si tu peux suivre des étapes, ça veut dire que ton focus est à la bonne place. Tu dois être capable de t'adapter et de te réinventer dans toutes les situations, affirme l’entraîneur.

La ligne est cependant très mince entre la routine, le rituel et la superstition. Selon Véronique Richard, consultante en préparation mentale qui travaille notamment avec les équipes nationales de water-polo et de natation artistique, la routine doit d’abord et avant tout avoir un impact positif sur la performance.

De l'autre côté, les rituels qui s'apparentent souvent aux superstitions, ce sont des croyances que les athlètes ont développées et qui n'ont pas réellement de valeur scientifique en termes d'efficacité, soutient-elle.

Un rituel peut permettre à l’athlète de se sentir à l'aise à l’approche d’une compétition. Mais s’il y a une idée à retenir, c’est celui de la flexibilité.

Il ne faut pas que ton rituel devienne une distraction, que tu commences à t'inquiéter puisque tu n’es pas capable de répéter exactement ce que tu fais habituellement, ajoute-t-elle.

Athlètes en confinement

Les athlètes ont l’habitude d’avoir une routine et un horaire bien établis, et plusieurs d’entre eux sont en quelque sorte pris au dépourvu en ce moment alors qu’ils se retrouvent seuls, en confinement.

Si la situation provoquée par la pandémie de coronavirus peut-être déstabilisante pour certains, d’autres ont décidé de profiter de l’occasion pour développer de nouvelles façons de travailler.

En pleine saison, je n’ai jamais le temps de faire de l’analyse de vidéos. Oui, le plongeon est un sport très demandant physiquement, mais l’aspect mental est vraiment important, souligne Meaghan Benfeito. De voir mes plongeons et les corrections que j'étais en train d’apporter et d'essayer de comprendre, je trouve que c'est ce qui m'aide vraiment beaucoup en ce moment, plus que l'entraînement physique.

Véronique Richard abonde dans le même sens. Déjà, elle remarque que certains de ses patients-athlètes ont développé de nouvelles habiletés, ce qu’ils n’auraient jamais fait en temps normal.

Certains, justement, apprécient beaucoup avoir le contrôle sur leur propre horaire. C'est une belle occasion en ce moment pour l’athlète de développer de l’autonomie, estime-t-elle.

Ce n’est pas facile, mais je pense qu’à long terme, cette période aura eu des effets bénéfiques pour les athlètes.

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