•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Y aura-t-il un respirateur pour M. Talbot?

L'homme devant l'aréna qui porte son nom.

Jean-Guy Talbot a joué avec le Canadien de Montréal de 1954 à 1967.

Photo : Radio-Canada

BILLET - Jean-Guy Talbot a 87 ans. L’ancien défenseur du Canadien est encore dans une belle forme, même s’il admet, à regret, que ses jambes ne sont plus ce qu’elles ont été.

À Trois-Rivières, où il vit avec son épouse, la COVID-19 gagne du terrain. Jean-Guy est menacé, sa Pierrette aussi, de même que les amis qui leur restent. Il y en a moins qu’autrefois. À cet âge, la maladie n’attend pas le coronavirus pour s’inviter.

Un monsieur

J’ai joint M. Talbot dans sa voiture.

Il ne prend plus le risque d’aller à l’épicerie ou à la pharmacie. Mais une balade en voiture lui change les idées. Sa vue est bonne, il conduit prudemment.

Il se rendait faire le plein quand je lui ai parlé. La technique est simple. Il n’entrouvre la vitre que pour passer la commande et donner sa carte au préposé. Une fois la transaction complétée, un petit coup de Purell sur la carte et sur les mains et on rentre à la maison, non sans avoir salué le pompiste qui prend soin de lui rendre son salut.

Ce sera sa vie sociale pour aujourd’hui. Pour cette semaine.

On aime bien M. Talbot à Trois-Rivières.

Je dis Monsieur parce que, désormais, il n’y a plus beaucoup de monde pour l’appeler Jean-Guy. Vient un jour où on passe résolument chez les monsieurs. C’est d’abord une affaire de convenance et une question de respect. Un respect habilement entretenu pour éviter de passer à l’étape suivante : le désagréable p’tit mossieu.

Le petit héros

La COVID-19 et la prudence ont forcé Jean-Guy Talbot à rater les funérailles de son vieil ami Henri Richard le 16 mars. Ça l’a beaucoup peiné.

Les Richard et les Talbot ont été des amis proches. Lise et Pierrette s’entendaient à merveille. Henri et Jean-Guy aussi. Golf, théâtre, voyages, soupers chez les uns ou les autres, ils ont partagé de beaux moments ensemble avant que la maladie d’Alzheimer ne vienne leur voler Henri, jour après jour, un souvenir à la fois.

Ça a été dur parce que j’étais proche d’Henri depuis les années 50, avoue-t-il.

Les deux hommes ont porté l’uniforme du Canadien ensemble pendant 12 saisons. Ils étaient de cette équipe extraordinaire qui a gagné la Coupe Stanley cinq fois de 1956 à 1960. Un record qui ne sera jamais battu.

Ni Jean-Guy ni Henri n’avaient les premiers rôles. Les projecteurs étaient tournés vers Maurice Richard, Jean Béliveau, Jacques Plante ou Doug Harvey.

C’est en 1961-1962 que Jean-Guy Talbot a connu sa meilleure saison. Il a amassé 5 buts et 42 passes. Il a dominé les défenseurs de la Ligue nationale cette année-là. Il a été le seul arrière à terminer la saison parmi les 25 meilleurs pointeurs du circuit. Mais on a quand même décerné le trophée Norris à Doug Harvey, passé aux Rangers. Harvey s’était pourtant contenté d’une production de 36 points, dont 6 buts.

C’était son septième en huit ans. Le Norris, on le donnait quasiment à Doug par habitude, de dire Jean-Guy, avec un sourire et un clin d’œil.

Un gardien de but tend le bras pour faire l'arrêt devant un coéquipier et un adversaire.

Bobby Baun, des Maple Leafs, voit le gardien du Canadien Gump Worsley faire un arrêt devant Jean-Guy Talbot, lors d'un match Canadien-Maple Leafs à Montréal en 1966.

Photo : La Presse canadienne

Sans peur

Les personnes âgées sont celles qui sont les plus menacées par la COVID-19.

Jean-Guy Talbot refuse la peur. Il garde le contact avec tous ses proches. Ils ont été épargnés jusqu'ici.

Il a deux fils et une fille qui vivent aux États-Unis. L'un de ses fils est dans le domaine des finances et travaille depuis la maison. Sa fille possède un ranch au Texas. Les nouvelles sont bonnes de part et d’autre. Ils sont en confinement. Son autre fils est plombier. Il doit répondre à des situations d’urgence.

Il demande aux gens s’ils sont malades avant d’intervenir, explique M. Talbot ,qui n’est pas sans savoir qu’il peut arriver qu’on soit un peu moins sincère quand on patauge dans 10 centimètres d’eau…

Donner sa vie

Il donnerait sa vie pour ses enfants. S’il ne restait qu’un respirateur, c’est à eux qu’il le donnerait avant de l’utiliser pour lui-même.

Il ajoute d’ailleurs que c’est dans sa nature. J’ai toujours aimé aider. Et même pour un étranger, je pense que je choisirais quand même d’aider. Je suis fait comme ça, dit-il dans un soupir.

La relative normalité avec laquelle on considère la disparition des personnes âgées l’agace un peu. Les vieux sont des statistiques prévisibles qu’on ne s’étonne plus de trouver dans la colonne « décès ». Parmi eux, il y a la mère de 9 enfants qui a enduré un mari violent pendant plus de 40 ans, le professeur qui a donné un sens à la vie de bien des jeunes à son époque. De petits héros devenus des numéros que personne ne songe à accrocher au plafond des arénas.

Ça me peine. Il y a de l’ingratitude, mais j’imagine que le monde est comme ça, ajoute Jean-Guy.

Mais il retrouve aussitôt sa bonhomie : On va s’en sortir, clame-t-il!

Et on a envie de le croire.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Hockey

Sports