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Chronique

Idée géniale : Baseball Canada profite de l’oisiveté des cerveaux de la MLB

Il dirige ses joueurs sur le terrain.

L'entraîneur des lanceurs des Reds Derek Johnson (au centre) a participé à une conférence en ligne organisée par Baseball Canada.

Photo : Associated Press / Kareem Elgazzar

BILLET - Les situations de crise forcent les gens et les organisations à faire preuve d’ingéniosité. C’est ainsi que cette semaine, bien installé dans mon salon par un beau soir de confinement, j’ai eu la chance de profiter des enseignements de Derek Johnson, l’un des meilleurs entraîneurs des lanceurs du baseball majeur.

En temps normal, la saison de baseball serait sur le point de commencer. Et partout au pays, les entraîneurs seraient en train de profiter des essentielles cliniques de formation offertes par les diverses fédérations provinciales ou par Baseball Canada.

Cette année, afin de contourner les inconvénients occasionnés par la propagation de la COVID-19, Baseball Canada a formé 50 facilitateurs qui offriront en ligne tous les stages de formation nécessaires à compter de la semaine prochaine.

Et pour complémenter le tout, le directeur des opérations baseball de la Fédération nationale, André Lachance, a eu la brillante idée de profiter de l’oisiveté forcée des meilleurs cerveaux de la MLB pour contribuer au perfectionnement de son monde.

Il a donc mis sur pied un rendez-vous hebdomadaire, en ligne, au cours duquel des sommités partagent leur savoir avec les entraîneurs intéressés, peu importe leur niveau.


Cette semaine, c’était Derek Johnson, l’entraîneur des lanceurs des Red de Cincinnati, qui était au rendez-vous. Et ce dernier n’est pas n’importe qui : il a été proclamé l’entraîneur par excellence de la MLB en 2019.

Johnson fait partie d’une toute nouvelle mouture d’entraîneurs qui obtiennent des postes dans les ligues majeures après avoir obtenu des résultats impressionnants dans les rangs universitaires.

Dès le moment où il a commencé à enseigner aux lanceurs de l’Université Vanderbilt au début des années 2000, cette institution d’enseignement (dont le programme de baseball était alors peu reconnu) s’est mise à développer des choix de premier tour au repêchage de la MLB et à participer régulièrement à la Série mondiale du baseball universitaire.

Les Cubs l’ont embauché à titre de coordonnateur des lanceurs de leur réseau de filiales en 2012, et les Brewers lui ont permis de faire le saut dans les majeures en 2015. Récemment, la revue Baseball America rappelait que lorsque Derek Johnson avait été embauché à Milwaukee, les Brewers affichaient la 11e moyenne de points mérités de la Ligue nationale, et que lors des trois saisons subséquentes, leurs lanceurs avaient successivement grimpé aux 7e, 5e et 4e rangs de la ligue.

Les Reds de Cincinnati ont greffé Derek Johnson à leur personnel d’entraîneurs la saison dernière et ils ont vu leurs lanceurs récolter le plus grand nombre de retraits sur des prises de l’histoire de l’organisation (1552).

Par ailleurs, les Reds ont affiché le 4e ratio de retraits sur des prises (9,7 par 9 manches lancées) des majeures la saison passée, alors qu’ils occupaient le 23e rang à ce chapitre en 2018. Les lanceurs des Reds ont aussi présenté la 4e moyenne de points mérités de la Ligue nationale en 2019, alors qu’ils se situaient parmi les équipes les moins performantes de la ligue lors des cinq saisons précédentes.


Lundi soir, c’était époustouflant d’écouter Johnson sur l’art d’éviter les bâtons de baseball.

Il a notamment insisté sur le fait qu’il est primordial qu’un entraîneur des lanceurs accorde une grande importance aux rétroactions offertes par ses receveurs. Mais aussi, et surtout, sur l’importance que les lanceurs et receveurs reçoivent une formation commune quant à la manière d’analyser les frappeurs qui se présentent à la plaque. C’est très innovateur.

Ne serait-ce que par la position qu’il adopte au marbre, un frappeur refile une tonne d’information quant à ses forces et ses préférences, a-t-il expliqué.

Un gars comme Anthony Rizzo (Cubs) qui se colle sur la plaque vous indique que son élan est compact et qu’il se sent à l’aise à l’idée de recevoir des tirs à l’intérieur […] Par ailleurs, un frappeur adoptant une position accroupie n’aura pas le choix de se redresser pour frapper la balle. Il sera plus difficile pour lui de frapper un lancer dans la partie inférieure de la zone des prises...

Pour déstabiliser les frappeurs, Johnson préconise l’établissement d’un plan diagonal. Il recommande à ses lanceurs d’attaquer rapidement la partie extérieure/inférieure de la zone des prises ainsi que la partie intérieure/supérieure, tout en tenant compte de la position adoptée par le frappeur.

Par la suite, le lanceur et le receveur peuvent travailler de concert pour agrandir la zone des prises en sortant du plan diagonal et en forçant le frappeur à décider s’il doit ou non se compromettre sur des lancers se situant au-dessus ou à l’extérieur de la zone des prises.

Cela a été une heure de pur plaisir!


On essaie de tout faire ce qui est possible pour maintenir l’intérêt de nos entraîneurs et pour leur permettre d’être à l’affût des nouvelles tendances. Je fais appel à des gens que j’ai rencontrés au fil des ans (lui et Derek Johnson avaient participé ensemble à une conférence en Allemagne il y a plusieurs années) et avec qui j’ai conservé des liens, explique André Lachance.

Je dis à nos invités que nous n’avons pas de budget pour les rémunérer en raison de la crise qui nous frappe. Ils comprennent la situation. Ils sont comme tout le monde, isolés chez eux avec famille et enfants. Et visiblement, ils ont envie de parler de baseball!

Ces rencontres ont lieu tous les lundis à 20 h. Toutes les personnes qui détiennent un compte d’entraîneur auprès de Baseball Canada, peu importe leur niveau, peuvent s’inscrire pour bénéficier des enseignements d’un expert.

La semaine dernière, le conférencier invité était un ancien préparateur physique des Blue Jays de Toronto. Lundi prochain, les entraîneurs canadiens auront l’occasion de bénéficier des connaissances de Kai Correa (entraîneur des joueurs d’intérieur et coordonateur de la défense des Giants de San Francisco), qui est l’un des entraîneurs les plus innovateurs de la MLB.

Lors des semaines subséquentes, Jerry Weinstein, une éminence grise des Rockies du Colorado, sera en ligne. D’ici la fin du programme (prévue dans six semaines), les entraîneurs auront même droit à une conférence offerte par Ryan Harrison, un renommé spécialiste de l’entraînement visuel pour les athlètes de haut niveau.

Harrison et moi participions à une conférence à Cuba il y a quelques années et sa présentation m’avait littéralement renversé. C’était absolument fascinant, raconte André Lachance.

Quelle belle initiative! D’autres fédérations pourraient certainement s’en inspirer.

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