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Quand Guy Lafleur survolait la LNH

Il y a 40 ans, Guy Lafleur inscrivait un 50e but dans une sixième saison d’affilée, un record à l’époque.

Guy Lafleur, le 4 mars 1981, reçoit une ovation au Forum après avoir inscrit son 1000e point dans la LNH

Photo : The Canadian Press / Doug Ball

Alexandre Gascon
Alexandre Coupal

Qu’a-t-on bien pu omettre à propos de Guy Lafleur? Quelle anecdote oubliée, quel éclairage nouveau peut-on jeter sur ce monstre sacré de ce qu’on appelait justement, à l’époque, la Sainte-Flanelle?

Son record de six saisons de suite avec au moins 50 buts, probablement parce que très éphémère, est, ironiquement, souvent occulté lorsqu’on chante les louanges du numéro 10 du Tricolore encore aujourd’hui.

En fait, pendant que Lafleur parachevait son œuvre, un autre impitoyable buteur, originaire de Montréal celui-là, mais vêtu de l’uniforme des Islanders de New York, Mike Bossy, avait déjà amorcé une séquence qui briserait celle de l’ailier droit du CH.

Quatre ans après Flower, Bossy réussirait une septième saison d’affilée dépassant la cinquantaine et s’arrêterait à neuf de suite. Wayne Gretzky en totalise aussi neuf, dont huit consécutives, toutes réussies dans les années 1980.

Autrement dit, l’exploit est survenu au moment où le jeu devenait de plus en plus ouvert, que les équipes marquaient des buts à la tonne.

Ce n’était pas un record si exceptionnel. Il était le premier à le faire. C’est sûr et certain que ça avait un certain éclat. Mais à l’époque, il y avait aussi beaucoup de marqueurs de 60 buts, dit Bernard Brisset, qui couvrait le Canadien pour La Presse pendant les années 1970.

Maurice Richard a été le premier à atteindre le mythique plateau des 50 buts en 1945. Il aura fallu attendre 15 ans avant que ça se reproduise. Au cours des années 1960, on dénombre seulement cinq saisons de 50 buts et plus, dont quatre par Bobby Hull. C’est réellement à partir de la décennie suivante que les buteurs ont pu exprimer leur plein potentiel jusqu’à l’explosion offensive des années 1980 combinée au léger retard technique qu’accusaient les gardiens.

Cent quatre-vingt-onze saisons de 50 buts et plus ont été enregistrées depuis 1970, dont 75 au cours des seules années 1980.

Cela dit, ce n’est pas comparable, selon Réjean Houle, coéquipier de Lafleur pendant la dernière dynastie du Bleu-blanc-rouge.

Le comparable est injuste pour tous les joueurs de toutes les époques, renchérit-il.

Si l'on se prêtait à ce jeu d'ailleurs, probablement qu'Alexander Ovechkin, sur le point de conclure sa neuvième saison du genre avant que frappe la pandémie, remporterait les honneurs du buteur le plus habile de l'histoire.

N’empêche, il y a eu une brève période où Lafleur régnait sur le monde. Voici pourquoi.

Sa spécificité

Où résidait la force du joueur? Qu’est-ce qui en faisait un attaquant si exceptionnel? La vitesse certes, tous les intervenants consultés nous l’ont vantée à moult reprises, mais encore.

Pour l’un, c’était le tir.

Son lancer frappé touchait le filet de partout. Aujourd’hui, plusieurs joueurs font ça. Mais à l’époque, pas grands gars avait un lancer comme ça en pleine vitesse, se souvient le gardien Gilles Meloche, qui l’a affronté plus souvent qu'il l’aurait souhaité.

J’ai joué toute ma carrière dans l’Ouest, je ne le voyais pas trop souvent. Une bonne affaire. Si tu donnais cinq buts contre le Canadien, t’avais une bonne soirée. Quand j’allais au Forum, je savais que j’allais avoir de l’ouvrage. La ligne à Guy passait les trois quarts du temps dans la zone, enchaîne Meloche, qui a malgré tout mis fin à la séquence de quatre Coupes Stanley d’affilée du CH en 1980 avec les North Stars du Minnesota.

Quand Guy Lafleur est arrivé, il a fait de l'ombre à Maurice Richard.

Bernard Brisset, ancien journaliste
La photo est en noir et blanc.

Jean Béliveau, Guy Lafleur et Maurice Richard au Forum en 1979

Photo : La Presse canadienne / Doug Ball

Pour d’autres, c’était son petit côté fallacieux, inatteignable, qui le distançait de ses plus proches rivaux.

L’improvisation. Il pouvait te surprendre, sauter à gauche, à droite. Ce n’était pas un joueur de système, selon Pierre Bouchard, fier belligérant et coéquipier du Démon blond.

Pendant que Scotty [Bowman] expliquait le plan de match sur le tableau, Guy ouvrait son courrier des partisans dans la chambre des joueurs. Bowman ne disait pas un mot.

Pierre Bouchard, ancien coéquipier de Guy Lafleur

C’est vrai, confirme le principal intéressé.

Il était le meilleur joueur dans les années 70, tranche Scotty Bowman depuis son domicile floridien où il passe son temps cloîtré. J’ai été chanceux d’avoir un joueur comme lui. Ce n’était pas facile au début de remplacer un leader comme Jean Béliveau. Il a prouvé qu’il était à la hauteur de toutes ces étoiles.

Réjean Houle fait la même analyse.

Sa vitesse et ses changements de direction. Il changeait de direction, même lui ne le savait pas, je pense. Quand il rentrait dans la zone offensive, il faisait des moves qu’il ne savait pas et laissait partir sa shot. Comment il faisait pour laisser partir la rondelle en se tournant comme ça? J’ai pas besoin de te dire que j’étais loin de ça, raconte l’ancien centre.

Certes Lafleur a bénéficié d’une conjoncture favorable pour réussir son exploit. Au bon endroit, au bon moment, pourrait-on dire.

Les années 1980 ont réécrit le livre des records en attaque probablement à jamais. De 1979-1980 à 1991-1992, les équipes marquaient en moyenne 301 buts par année. L’an dernier, seul le Lightning de Tampa Bay a dépassé la barre des 300.

À l’époque de Lafleur, la moyenne était plutôt de 275, soit près de 10 % moins de buts, même si le Canadien a frôlé les 400 à quelques reprises. Une arme à double tranchant, précise Bowman, entraîneur de la dynastie tricolore.

Contrairement aux formations moins bien nanties, le CH avait déjà instauré un système de rotation à quatre trios, probablement la seule équipe de la LNH à le faire de façon constante. Lafleur devait donc remplir les filets en jouant souvent 17, 18 minutes par match selon son ancien entraîneur.

Lafleur a donc terrorisé ses contemporains pendant de nombreuses années, mais jamais autant que cette séquence gargantuesque de six saisons. Ses propres coéquipiers le craignaient.

Dans certaines de nos pratiques, Bowman faisait du 5 contre 5, puis du 4 contre 4 et, finalement, du 3 contre 3, raconte Réjean Houle. Lorsqu’on tombait à trois contre trois, les gars ne voulaient pas embarquer contre lui. Les gars sautaient sur le banc pour ne pas être sur la glace. Il passait à côté de toi, t’avais l’air d’un pee-wee.

Tout a été dit sur Guy Lafleur. Ce n’est pas une raison pour ne pas se le répéter de temps à autre. Surtout maintenant.

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