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Les Jeux de Tokyo dans l’œil de Walter Sieber

Ils sont installés dans un parc.

Les anneaux olympiques devant le stade olympique de Tokyo

Photo : Getty Images / Toshifumi Kitamura

Walter Sieber a dirigé pendant plus de 20 ans le Comité olympique canadien (COC). Il fait partie de la commission des programmes du Comité international olympique (CIO) qui étudie les candidatures olympiques, en plus d’agir comme conseiller spécial à la toute puissante FIFA, qui dirige le soccer mondial. Il a bien voulu faire le point avec Radio-Canada Sports sur des sujets olympiques chauds, à commencer par le report des Jeux de Tokyo.


Q. - Selon vous, est-ce que c’est la position du Comité olympique canadien qui a été déterminante pour que le CIO annonce le report des Jeux de Tokyo?

R. C’est possible, ça se peut. Sauf que je pense que le CIO, deux ou trois semaines avant, commençait sérieusement à réfléchir à la question. Je peux me tromper, mais il est évident que le CIO avait énormément de pression pour retarder la décision le plus tard possible de la part de Tokyo 2020, et quand je dis Tokyo 2020, je pense au gouvernement, à la Ville de Tokyo et au comité organisateur des Jeux.

On voulait au Japon que les Jeux puissent se tenir cette année. Mais quand on a vu que les qualifications, les 50 % qui restaient, tombaient les unes après les autres, le CIO a pris la sage décision d’en parler avec toutes les fédérations concernées, tous les CNO (comités nationaux olympiques). Tout le monde était unanime de soutenir le CIO pour retarder une quelconque décision.

Mais cela devenait de plus en plus complexe pour le CIO d’organiser des qualifications alors que la pandémie prenait des proportions mondiales. Et devant la pression des gens du sport à l’extérieur et à l’intérieur du CIO, il n’était plus possible de tenir les Jeux olympiques cette année.

Il se promène sur un terrain de soccer.

Walter Sieber en 2005

Photo : Getty Images / China Photos


Q. - Que pensez-vous de l’appel lancé par la championne olympique canadienne Hayley Wickenheiser, la première à s’opposer au CIO et la première au sein de l’organisation olympique (elle est membre de la commission des athlètes) à réclamer un report des Jeux?

R. Je l’ai trouvée courageuse et je la soutiens à 100 %! D’autant qu’elle étudie en médecine, je crois qu’elle est en dernière année actuellement à Toronto. Elle était dans les hôpitaux, elle a vu cela en première ligne et elle ne pouvait pas se retenir.

D’habitude, dans la commission des athlètes, qui sont 11 à représenter le monde entier, dans des circonstances normales, c’est la présidence qui prend la parole. Mais là, elle n’en pouvait plus. Elle a dit : Là, il faut faire quelque chose, je ne peux plus vivre avec cela, il faut que le monde entier le sache. Et en ce qui me concerne, elle a vraiment bien fait.


Q. - Vous étiez au Japon au début de l’année pour voir où en étaient les préparatifs et vous avez même assisté à un test olympique en soccer dans un stade de plus de 60 000 personnes. En tant que membre de la commission des programmes du CIO, vous étudiez également tous les aspects des candidatures des villes hôtesses avant de donner votre point de vue. Avec ce report d’un an, qu’est-ce qui va être le plus difficile pour les organisateurs japonais?

R. Dans un premier temps, la première préoccupation, c’est le village des athlètes. Comme vous le savez, avec l’ajout de cinq sports, on devrait atteindre le nombre de 11 000 athlètes, ce qui ne s’est jamais vu. Un record absolu. On sait qu’un certain nombre d’appartements ont déjà été vendus et doivent être livrés au mois de décembre prochain. Donc, le village des athlètes est un problème majeur en partant.

Ensuite, les 43 lieux de compétitions et de savoir quand et comment on pourra de nouveau y avoir accès. Il faut également penser que quand les Jeux sont terminés, tous ces stades et bâtiments tentent de conclure des ententes pour les rentabiliser et tout cela n’est plus possible et va être retardé d’une année.

Pour ce qui est des télévisions, j’ai moins peur, car les Jeux sont reportés à la même date, cela ne devrait pas changer grand-chose l’année prochaine. Il faut savoir ce qu’on va faire des 3700 employés qui travaillaient à plein temps à l’organisation des Jeux.

Et finalement, pour les hôtels, il y aura un manque à gagner, mais qui pourra se combler dans un an. Il y a quand même 40 000 chambres qui sont réservées par le mouvement olympique. Il faudra voir aussi ce qu’on décidera avec les billets déjà vendus.


Q. - Et la population, elle? Est-elle toujours chaude à l’idée d’accueillir le monde?

R.  Ça, c’est la question. Mais elle ne concerne pas seulement les Japonais, elle concerne le monde entier et pas seulement les Jeux olympiques. Est-ce que les gens après la pandémie vont vouloir venir assister à l’événement? Est-ce qu’on va vouloir se retrouver dans des stades pleins? Est-ce que tout simplement les gens auront de nouveau l’envie de voyager? Je peux imaginer qu’il y a une certaine peur et on ne sait comment va évoluer le virus. Si le virus continue, les Jeux eux-mêmes ne pourraient pas avoir lieu.


Q. - Êtes-vous en train de dire qu’une annulation serait possible?

R.  Oui. Pour moi, c’est encore possible. Le président l’a dit lui-même : la santé avant toute chose. Le CIO ne pourrait pas prendre le risque. Écoutez, j’ai été très près du président Samaranch, puis de Rogge, et maintenant de Bach. Je peux vous confier que parmi les trois, Bach est sans doute celui qui est le plus proche des athlètes et il écoute toujours certainement l’avis de la commission des athlètes. Ça, j’en suis sûr.


Q - Vous êtes à la commission des programmes du CIO. C’est vous qui étudiez les candidatures et leur pertinence. Est-ce qu'à l’avenir, les pays et les villes seront trop craintifs pour accueillir les Jeux?

C’est évident que, maintenant, c’est une autre joute qui commence. Il n’y a pas si longtemps, c’était le problème du financement des Jeux qui pouvait rebuter certaines candidatures. J’ai toujours dit qu’il y a une énorme différence entre les Jeux d’hiver et les Jeux d’été. Aux Jeux d’hiver, c’est encore faisable, on peut encore faire des profits. Mais pour les Jeux d’été, c’est de moins en moins possible. Alors, aujourd’hui, il faut ajouter cette nouvelle donnée. Évidemment, tout le monde va vouloir des assurances à condition qu’il existe des assureurs qui voudront prendre le risque.

Je suis tout de même content de la récente initiative du CIO, qui a mis sur pied deux commissions d’études : une pour les Jeux d’été et une pour les Jeux d’hiver, pour entamer le dialogue avec les futures villes candidates. Il faudra maintenant ajouter les problèmes de pandémie dans le cahier de charges. Aujourd’hui, tout le monde est confronté à cette situation unique et il va falloir tous ensemble trouver la manière de s’y prendre pour trouver les meilleures solutions possibles.

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